Les mots, le chant, les mélodies et les dissonances…

Kitami, les circonstances mystérieuses de la disparition d’une célèbre chanteuse. Un « avertissement de l’éditeur » entre dérision et prédiction, une présence, « Alors le long poème, chanté à pleine voix, chuchoté, déclamé, proféré par saccades, psalmodié, hurlé, murmuré, vociféré, vous faisait éprouver, dans les méandres de la voix de Kitami, joie et tristesse, désespoir et espérance, terreur et béatitude, humiliation et délivrance, sanglots et orgasme, déréliction de l’exil et jubilation du retour », une batterie de trois tambours aux histoires différentes qui eurent du mal à s’accorder, la mémoire de la résistance des esclaves…

Une histoire et une version trop lisse pour ne pas être revue et magnifiée. « L’énigme, digne d’un roman policier à l’ancienne, semble surtout attirer des détectives autoproclamés et des romanciers en mal d’inspiration »

Une petite fille solitaire et rêveuse, les vagabondages et les errances, Nyabingui, l’irruption d’un sombre merveilleux, le vie d’écolière, la rumeur montant du marais, le grondement du tambour, « je fus saisie par un chant qui ne m’appartenait pas », le sang des premières règles, la maladie et la guérison, le pouvoir d’ailleurs, La-faiseuse-de-bien, Muguiraneza, les quotas appliqués au Tutsi, la discrimnation institutionnelle (ailleurs, cela serait nommé racisme d’Etat), des pouvoirs de guérison ou de maléfices un nom gravé dans la mémoire, l’inventaire d’une bibliothèque, les rumeurs courant dans les collines, le « foisonnement de mots, comme arrachés, exilés de la langue qui leur insufflait vie et sens »…

Une plongée dans l’histoire et les résistances, être Tutsi, « Nous autres Tutsi, après les massacres de 1959 et 1960, nous savions bien que nous étions en sursis. Mais je n’était pas encore décidée à partir. J’attendais un signe », des Hutu et des filles Tutsi, les tambours et leurs histoires, « Je m’émerveillais et je m’effrayais de tous ces mots inconnus qui devenaient chant, mélodies et dissonances, jubilation et déploration », les secrets des songes et les tambours, les voyages dans le monde…

« Le tambour est-il l’assassin ? »

Une errance magique et poétique du Rwanda à la Jamaïque, du Bronx à Salvador de Bahia, des tambours pour rythmer la légende et l’énigme. Mais un tel secret ne peut être dévoilé…

 

Scholastique Mukasonga : Coeur Tambour

Réédition Folio, Paris 2016, 200 pages

Didier Epsztajn


De l’autrice :

Ce que murmurent les collines. Nouvelles rwandaisesma-riviere-enchantee/

La femme aux pieds nusles-larmes-de-la-lune/

L’Iguifou

Inyenzi ou les Cafards

Notre-Dame du Nil

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