L’audace face à l’adversité

Activisme en faveur des droits LGBT au Moyen-Orient et en Afrique du Nord

Résumé

Des personnalités religieuses, le gouvernement ou vos parents – tous veulent avoir leur mot à dire sur ce que vous faites entre les jambes. Ce que je veux vous dire, c’est que ce n’est pas leur problème, que votre corps, vos désirs, vos idées sont à vous, et à vous seuls. S’ils n’aiment pas ce que vous êtes, ils ont tort. – Rima, femme bisexuelle, Liban

Je suis un être humain comme les autres et j’ai des droits. Je vais défendre ces droits. – Ahmed, homme gay, Libye

Rima et Ahmed ne sont pas seuls. Au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, malgré la répression des États et la stigmatisation sociale, les personnes lesbiennes, gays, bisexuelles et transgenres (LGBT) continuent de trouver des moyens de s’exprimer. Ils racontent leurs histoires, construisent des alliances, établissent des réseaux qui dépassent les frontières, développent des mouvements nationaux et régionaux et adoptent des moyens créatifs pour combattre l’homophobie et la transphobie.

Ce rapport accompagne une série de vidéos produites par Human Rights Watch et la Fondation arabe pour les libertés et l’égalité (AFE). Dans ces vidéos, des activistes délivrent des messages de soutien et d’encouragement en arabe aux personnes LGBT du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord. Le rapport se concentre donc sur les régions où l’arabe est la principale langue parlée.

Le rapport replace les vidéos dans leur contexte, mettant en valeur et détaillant l’existence de mouvements qui promeuvent le changement face à d’importants obstacles, comme la criminalisation du comportement homosexuel (et, dans certains pays, de la non-conformité de genre), les arrestations arbitraires et les mauvais traitements, les examens anaux forcés, la non-reconnaissance du genre des personnes transgenres, la violence des acteurs étatiques et non étatiques, les restrictions du droit à la liberté d’expression et d’association, le rejet de la famille et la stigmatisation au sein des communautés.

Dans tous les pays analysés dans ce rapport, les activistes doivent, à des degrés divers, faire face à l’hostilité de l’État. De nombreux gouvernements de la région rejettent totalement les concepts d’« orientation sexuelle » et d’« identité de genre ». Face à l’intransigeance officielle, certains activistes choisissent de travailler en dehors des structures étatiques : leur activisme se concentre sur le renforcement de la communauté et le changement des attitudes. D’autres ont affronté leurs gouvernements, en faisant pression sur eux pour l’adoption de changements progressifs, sous diverses formes. Au Liban et en Tunisie par exemple, sous la pression de activistes locaux et internationaux et des organes de surveillance des traités, les institutions étatiques ont accepté d’entendre les appels demandant l’interdiction des examens anaux forcés. L’Irak s’est engagé à lutter contre la violence fondée sur l’orientation sexuelle et l’identité de genre (OSIG). Au Liban, les tribunaux ont rejeté une interprétation des « infractions contre nature » incluant les relations sexuelles entre personnes du même sexe (les décisions de justice en l’espèce n’ont cependant pas produit de précédent juridique à caractère contraignant). Au Maroc, des tribunaux ont condamné des auteurs de violences fondées sur l’OSIG.

Les progrès peuvent être laborieux et les revers nombreux. Lors de la rédaction du présent rapport en septembre 2017, les forces de sécurité égyptiennes ont arrêté des dizaines de personnes lors d’une véritable démonstration de force suite au déploiement d’un drapeau arc-en-ciel, qui est un signe de solidarité avec les personnes LGBT, pendant un concert. Ces arrestations s’appuient sur une loi visant à lutter contre la « débauche », déjà utilisée au début des années 2000 contre des hommes gays et femmes transgenres et renforcée suite au coup d’État de 2013, quand le gouvernement, dirigé par le président Abdel Fattah al-Sissi, a semblé adopter une stratégie politique de persécutions des homosexuels et des personnes transgenres. Même au regard du contexte égyptien récent, la sévérité de la répression de septembre ne fait aucun doute et a donné lieu à des dizaines d’arrestations, des examens anaux forcés, et un embargo médiatique visant le discours pro-LGBT. Même dans les contextes les plus difficiles, les activistes savent cependant faire preuve de créativité et de dynamisme, en donnant aux personnes LGBT des moyens pour se protéger de la surveillance en ligne ou des provocations policières, ou encore en mobilisant les forces extérieures pour faire pression sur leur gouvernement au niveau international, un outil qu’ils utilisent d’ailleurs avec prudence, et seulement dans les cas urgents relatifs à des violations de droits humains.

Ce rapport examine comment l’activisme LGBT survit dans les plus sévères conditions, dans des États répressifs et des zones de conflit où les activistes risquent l’exclusion sociale et s’exposent à des peines de prison, aux violences des forces de sécurité et des groupes armés voire même à celles de leurs propres familles. Il révèle également les approches créatives qui sont utilisées dans des contextes moins répressifs pour obtenir le soutien du public, identifier les alliés des gouvernements en place et intégrer les droits des personnes LGBT dans un dialogue élargi sur les droits humains et le genre.

Lors de leurs échanges avec Human Rights Watch, plusieurs activistes LGBT au Moyen-Orient et en Afrique du Nord ont exprimé leurs frustrations concernant la couverture médiatique internationale, qu’ils jugent unidimensionnelle, dépeignant la région comme un trou noir pour les droits des LGBT. Selon eux, cette couverture ne tient pas compte des moyens mis en œuvre par les activistes LGBT de la région pour défendre leur cause, et les rend parfois totalement invisibles. « Nous ne voulons plus de cette image qui nous pose en simples victimes », a ainsi expliqué Zoheir Djazeiri, un activiste algérien, à Human Rights Watch. « Nous voulons parler de réalité, de violence, mais aussi [montrer ce qui est] positif. »

Ce rapport ne cherche pas à passer sous silence les violations graves et omniprésentes des droits humains qui touchent les personnes LGBT dans la majeure partie des pays du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord. Human Rights Watch a documenté de nombreuses violations, qui vont d’exécutions extrajudiciaires à des arrestations collectives en passant par la censure du discours pro-LGBT, et continuera à agir dans ce sens. Le rapport vise plutôt à saisir la complexité d’un mouvement qui ouvre des portes aux personnes LGBT dans toute la région, même si certains gouvernements cherchent ensuite à les refermer. C’est un rapport qui, en solidarité avec les activistes LGBT, se propose d’examiner les voies et options possibles, loin de toute victimisation.

Lire le rapport : https://www.hrw.org/fr/report/2018/04/16/laudace-face-ladversite/activisme-en-faveur-des-droits-lgbt-au-moyen-orient-et-en


En complément possible :

Luiza Toscane :

Les luttes LGBTIQ, mal aimées des processus révolutionnaires arabesles-luttes-lgbtiq-mal-aimees-des-processus-revolutionnaires-arabes/

« Être homophobe n’est pas révolutionnaire » – Les luttes LGBTIQ dans l’orbite du processus révolutionnaire arabe

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