Tribune pour une PArentalité Féministe

Puisque M. Macron se félicite d’écouter la voix des « mamans », parlons de celles que nous préférons appeler – dans un langage adulte – les mères, et de la maternité comme expérience face à laquelle toutes les femmes sont sommées de se positionner.

Il y a, quand les femmes approchent de la trentaine, cette question posée sans détours dans les cercles familial ou professionnel : « Alors les enfants, c’est pour quand ? »

Tout le long de la grossesse, ce regard porté sur ce qu’elles mangent, boivent, font ou ne font pas « pour le bébé ».

Cette incroyable solitude du congé maternité, quand l’autre parent travaille et que le nouveau-né ne laisse aucun répit, ni pour se doucher, ni pour déjeuner.

Ces collègues qui s’étonnent de les voir demander une promotion alors qu’elles rentrent de congé maternité.

A l’inverse, il a ces femmes qui doivent régulièrement se justifier de ne pas avoir eu d’enfant.

Depuis l’inscription dans la loi du droit à la contraception et à l’IVG, on pourrait croire que les femmes en France choisissent librement d’être mère ou non, au moment qui leur convient. À ces avancées législatives fondamentales, il manque la mise en œuvre des changements nécessaires pour obtenir l’égalité des sexes : nous vivons dans un monde où la parentalité est toujours considérée comme une histoire de (bonnes) femmes. Et où, en miroir, on ne pourrait atteindre l’essence de la « féminité » (sans qu’on sache exactement ce à quoi ce terme renvoie…) qu’à condition d’avoir mis des enfants au monde.

La maternité est pourtant une expérience plurielle que chaque femme devrait pouvoir investir de pratiques et d’affects différents.

Elle ne doit pas être un frein à notre émancipation, a fortiori pour celles d’entre nous qui, en plus du sexisme, vivent des injustices liées à d’autres expériences : femmes des classes populaires, racisées, migrantes, à l’orientation sexuelle autre qu’hétéro, et/ou dont les corps et le psychisme n’entrent dans les canons socialement admis.

Dès lors, les grossesses ne doivent plus priver les femmes enceintes et les parturientes de leur pouvoir d’agir et de décider quant à leur intégrité physique. Elles doivent pouvoir accoucher dans le respect.

Il ne faut plus que, faute d’un congé obligatoire et suffisamment long pour permettre une implication réelle du deuxième parent, les femmes hypothèquent leur santé mentale et physique en accomplissant, seules ou presque, le travail qui consiste à prendre soin d’un petit humain. Avec la directive actuellement en discussion sur l’équilibre vie professionnelle – vie privée des parents et des aidants proches, concédons que l’Union Européenne fait preuve d’un certain progressisme sur le congé parental. Mais ce texte est pour le moment insuffisant. Quant à la position de blocage adoptée par le gouvernement français sur ce point, elle est tout bonnement incompréhensible.

Les femmes n’ont pas à être seules après la naissance, en proie au doute et à la culpabilité, intériorisés malgré elles tant on leur laisse croire que le bien-être physique et émotionnel des jeunes enfants – et particulièrement des bébés – dépend tout entier des mères et d’elles seulement.

Nous ne voulons plus de cette fausse évidence selon laquelle, la présence des mères (mais seulement une à la fois !) serait naturellement plus nécessaire que celle des pères.

D’autant que les études le prouvent : cette prise en charge essentiellement monoparentale du nourrisson fait le lit d’inégalités de genre dans la sphère domestique. Pour quelles raisons logiques, celles qui peuvent porter 9 mois leur enfant devraient-elles prendre en charge matériellement, émotionnellement et mentalement une vie de famille qui dure des années ? Pourquoi devraient-elles assumer le rôle de « manageuses du foyer » ?

Les femmes n’ont pas à accomplir la majorité de ces tâches qui les épuisent comme elles ont épuisé leur mère et leurs grands-mères. Ce travail gratuit, peu valorisé car considéré comme « naturel », détermine leur parcours professionnel, et par conséquent, conditionne leur nécessaire autonomie financière. Lorsqu’il est rémunéré, il est encore réalisé par des femmes, sous-payées, peu reconnues, en horaires décalés. Au mépris de leur vie personnelle.

Les injonctions qui pèsent sur la maternité sont tellement contradictoires, que toutes les mères finissent par se sentir mauvaises : elles ne font jamais comme il faut, jamais suffisamment ou toujours trop.

Elles demandent de l’aide ? C’est un signe qu’elles sont faibles.

Elles n’en demandent pas ? C’est qu’elles ne mesurent pas l’ampleur de leur responsabilité.

Elles décident se consacrer fortement à leurs enfants ? Quelle marque suprême d’aliénation.

Elles réclament du temps pour elles ? Quelle monstrueuse manifestation d’égoïsme.

Mauvaises mères, elles sont aussi mauvaises travailleuses : tantôt on leur conteste, au motif de leurs occupations familiales, l’accès aux activités pour lesquelles elles ont les compétences ; tantôt on les suspecte, parce qu’elles ont décidé d’investir fortement la sphère professionnelle, d’être des femmes dénaturées.

La vie des femmes ne doit pas être entravée par une parentalité qui ne pèse que sur elles.

Les changements à initier sont politiques et sociaux. Il est temps d’ouvrir un large débat pour repenser et refonder les conditions sociales de la maternité. Les mères sont des sujets politiques comme les autres : nous prenons la parole, il est temps de nous entendre.

Cette tribune est le fruit d’un travail collectif.
Elle a été publiée sur le 
site du Monde le dimanche 27 mai 2018.

Pour signer cette tribune : tribune@lepaf.fr

Pour poursuivre la réflexion et participer à nos prochaines actions, contactez le PA.F – collectif pour une PArentalité Féministe : contact@lepaf.fr

https://lecollectifpaf.tumblr.com

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.