Les junkies de la « réforme »…

Les éditocrates et « La réforme », l’unanimité presque sans faille, les conseils au gouvernement pour « muscler » la pédagogie, l’absence de critique, le monde lisse des bien-pensant·es payé·es par de grands patrons de presse, « les chefferies éditoriales mobilisent toutes leurs ressources et leur savoir-faire : unanimité sans faille pour vanter les vertus de la concurrence, railler l’archaïsme du statut des cheminots et marteler l’urgence et inéluctabilité des mesures gouvernementales ». Nous sommes ici loin du journalisme, de l’indépendance, de l’investigation, du pluralisme…

 Saint Valentin, Le figaro et la promotion de marques, les publicités et « publi-reportages », sans oublier un bonne « dose de sexisme », la promotion publicitaire déguisée en journalisme, « Comme toujours, et sous couvert de liberté et de « refus des diktats », les injonctions renforcent les stéréotypes en véhiculant des images de corps parfaitement normés, en promouvant des marques de lingerie de luxe et en adoptant un ton culpabilisateur qui épouse le point de vue masculin »…

 La surreprésentation des chefs d’entreprise ou des représentants du patronat dans « l’Eco » de France Info et l’invisibilité des travailleuses et travailleurs, des chômeurs et des chômeuses ou des précaires, incapables aux yeux des éditocrates de dire quelque chose sur les entreprises ou sur l’économie. Entre expert·es auto-proclamé·es et représentants de la propriété lucrative des moyens de production, le service de la soupe libérale est assuré même sur ce qui devrait-être le service public. L’actualité économique est une chasse gardée et le « parti pris bien peu respectueux du public pour traiter l’information économique ! »

 Le déchaînement médiatique autour de la « réforme » de la SNCF. Un soutien offensif pour la « libéralisation » du rail, l’affichage renforcé de la « nécessité » et de l’« inéluctabilité » de la « réforme », l’étendard brandi la dette et de la dépense publique, le « bon sens »… bref des arguments marchands et l’« arsenal langagier néolibéral », sans oublier les mensonges ouvertement distillés sur le rail en Allemagne. Les formes éditocrates du « débat libre et non faussé ».

 Le numéro se termine par une analyse des causes et de la portée des dérives de l’information, du « pouvoir » des médias « entre fantasme, déni et réalité ».

Sont abordés, la notion de quatrième pouvoir, la non autonomie des médias et la non-indépendances des journalistes, « la plupart des grands médias et des producteurs d’information (pris collectivement) se trouvent dans des situations d’interdépendance étroite à l’égard des pouvoirs politique et économique vis-à-vis desquels ils ne sont donc pas en position de jouer le moindre rôle de contre-pouvoir », la place marginale du journalisme d’investigation, le recours à des techniques de propagande et de désinformation, « la propagande n’existe pas que dans les dictatures », le fantasme de médias omnipotents reposant « sur un mélange de déterminisme technique et de panique morale », la sociologie de la réception et des croyances, l’habituelle confrontation à des messages ne heurtant pas les opinions pré-constituées, les sondages et l’« opinion », l’« attention oblique », les pouvoirs d’influence, « Il n’en demeure pas moins que leurs formes d’organisation et le recrutement social des journalistes, les modalités de production de l’information, les formats qu’ils imposent à l’expression des acteurs sociaux, ou encore les relations asymétriques qu’ils entretiennent avec les différents secteurs du monde social – et tout ce que cela génère de distorsions de l’information –, concourent à structurer l’espace public, à sélectionner ceux qui y participent et à définir les limites de ce qui y est pensable et discutable, ainsi que les formes requises pour y intervenir » ou « Des pouvoirs qu’ils s’arrogent de façon indue ou dont ils font un usage qui outrepasse régulièrement le rôle qui leur est a priori dévolu ». 

Les auteurs détaillent ainsi, un pouvoir d’agenda, unpouvoir de problématisation et de cadrage, un pouvoir de consécration et de stigmatisation, un pouvoir de révélation et d’occultation, la réduction du périmètre du politiquement pensable, la relégation disqualifiante des voix contestant l’ordre dominant, l’imposition des thèses et solutions néolibérales comme évidences non discutables. Sans oublier que « La plupart des journalistes n’exercent pas le même métier que les professionnels du commentaire. »

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Sommaire :

La Saint-Valentin, le Figaro et les annonceurs

« L’Eco » de France Info ou les patrons à la maison

DOSSIER :

Le Parisien et la réforme de l’audiovisuel public

Réforme de la SNCF (1) : premiers tirs de barrage

SNCF (2) : débats télévisés ou guets-apens ?

SNCF (3) : Le cas de Pascal Perri

SNCF (4) : L’éternel retour des gardiens du consensus

« 24H Pujadas », quintessence du bavardage médiatique

Le pouvoir des médias

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Une nouvelle fois, l’œil et l’oreille de la critique sur des médias dominants. Nécessaire.

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Médiacritique(s) N°27 – avril – juin 2018

Le magazine trimestriel de l’association Acrimed

32 pages, 4 euros

Didier Epsztajn

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