Sabbatarisme

Avant lecture j’étais certain de faire une note sur le bouquin de Bernard Le Calloc’h « Les Sabbataires de Transylvanie » (Éditions Armeline, 2009, Collection « Peuples en péril ») mais sauf à écrire qu’un beau sujet est traité de façon lamentable j’y renonce. Un beau sujet les Sabbataires ? Une « hérésie » (du point de vue des autres églises chrétiennes) née dans les années 1580 en Transylvanie (région autonome sous la domination ottomane, qui historiquement se situe à l’est de la Hongrie ou à l’ouest de la Roumanie) qui y prospéra pendant un demi-siècle et vécue ensuite de façon clandestine. La Transylvanie offrant par ailleurs la particularité (pour l’époque) d’être un état reconnaissant légalement trois « nations » : la Hongroise, la Sicule (hungarophones non-magyar) et la saxonne (germanophone) et quatre religions : catholicisme, luthéranisme, calvinisme et unitarisme (protestants refusant le dogme de la « trinité ») auquel s’ajoutera ultérieurement l’orthodoxie des roumanophones. C’est au sein des districts sicules (centre de la Transylvanie) que nait, se développe et se maintient clandestinement le sabbatarisme. Il s’agit d’une poursuite radicale de la recherche de la pureté originelle du christianisme en supprimant les « ajouts » progressifs qui l’ont dénaturée : partant de l’idée que le Christ ne s’est jamais défini autrement que comme juif, les sabbataires rejettent tout autre dogme que ce qui est contenu dans l’Ancien Testament (donc rejet du Nouveau Testament, des actes des conciles etc… et adoption stricto sensu des normes du Pentateuque : repos hebdomadaire du sabbat, interdits alimentaires, calendrier lunaire, fêtes de Pessah, Roch Hachana et Yom Kippour – mais ni Hanoukka (instituée au IIème siècle, ni Pourim).

Bien évidemment dès qu’ils gagnent en influence les religions dominantes (d’abord le calvinisme de la Transylvanie « indépendante » puis la catholicisme lorsque celle-ci au XVIIIème tombe dans l’orbite autrichienne) mènent des politiques répressives de conversions forcées qui, en retour, aboutissent soit à « l’exil » en Turquie ottomane, soit au développement d’un marranisme balkanique. Pour « finir », les derniers sabbataires se convertiront au judaïsme au XIXème siècle (symboliquement en adoptant le circoncision jusque là refusée) aussi bien en Transylvanie qu’en Turquie (pour les premiers ils furent victimes des déportations organisées par les « Croix Fléchées » hongroises).

On voit ainsi les thèmes qui suscitent l’intérêt, au delà du caractère limité (géographiquement et historiquement) du sabbatarisme : pourquoi la Transylvanie ? Pourquoi quasi-uniquement dans sa composante « sicule » ?

Quelles formes et significations particulières du marranisme ?, Quelle interprétation de la conversion au judaïsme?  Pourquoi par exemple cette conversion se traduit-elle par l’adoption – selon un modèle vu dans d’autres pays – par l’adoption de « coutumes comportementales » (habillement etc…) issues du judaïsme polonais (en rompant ainsi avec l’influence jusque-là dominante de la culture judéo-espagnole) ?

Malheureusement lorsqu’ils sont abordés ces thèmes le sont du point de vue de l’histoire événementielle à connotation psychologisante (si Georges Rakoczi Prince de Transylvanie ordonne la conversion forcée c’est parce qu’il est avare et l’accompagne de la confiscation des biens, si Ceaucescu « ce personnage ubuesque, bête et pervers (…) ridicule et mégalomaniaque » fait construire un barrage qui noie la vallée où se trouve le dernier village à composante sabbataire c’est « (parce qu’il) cherche tous les prétextes pour éliminer (…) les Sicules (…) dont la présence au cœur de son royaume l’empêche de dormir », etc …) qui plus est truffé de « réflexions de bon sens » (si le sabbatarisme nait c’est « parce qu’un radical trouve toujours plus radical que soi »…).

Le seul intérêt finalement réside dans l’accès aux sources hongroises et dans les pages sur les œuvres littéraires laissées par les fondateurs du sabbatarisme.

Bon, ça fait une note de lecture, mais plutôt « à charge » !

Dominique Gérardin

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