Solidarité avec les Universitaires pour la Paix et défense des droits humains en Turquie

Le silence quasi absolu des dirigeants européens face aux violations des droits humains en Turquie permet au président Erdogan d’ intensifier ses actes de répression en définissant comme « terroristes » tous ceux qui ne cèdent pas et qui s’opposent à sa dérive autoritaire. Le 19 mars dernier, le régime a pris pour cibles les étudiants de l’Université de Bogazici, à Istanbul, qui disaient « NON » à la distribution de loukoums pour célébrer  les massacres de l’invasion d’Afrin. Nous, membres du bureau de Solidarité avec les Universitaires pour la Paix et défense des droits humains en Turquie (SUP-DDHT), serons Place de la Sorbonne, le 30 Mars 2018, à 14h30, pour dénoncer une répression qui menace nos valeurs démocratiques et nous appelons les enseignant.e.s et étudiant.e.s et leurs syndicats à nous rejoindre.

Répression à l’université Boğaziçi : 

la guerre avance, la démocratie recule

En Turquie, la politique guerrière étouffe de plus en plus les libertés démocratiques. Le 19 mars, à Istanbul, une vingtaine d’étudiants de la prestigieuse université Boğaziçi ont distribué des loukoums (Turkish delight) pour célébrer la victoire militaire turque d’Afrin contre les populations kurdes en Syrie. En réponse, environ vingt-cinq étudiants ont organisé une contre-manifestation pacifique avec des banderoles comme : « le palais veut la guerre, le peuple veut la paix », ou « pas de loukoums pour les massacres de l’invasion ! ». 

Le président de l’université Boğaziçi a dénoncé cette contre-manifestation comme une atteinte à la liberté d’expression des soutiens de la guerre. Le 24 mars, le président Erdoğan est allé plus loin : pour lui, ces « communistes » sont des « terroristes » et « des traîtres à la nation » ; et de menacer : « Nous n’allons pas donner le droit à ces jeunes terroristes d’étudier à l’université ! » 

La plupart de ces étudiants ont été arrêtés à l’aube, chez eux ou dans les dortoirs universitaires, d’autres ensuite lors d’une manifestation de soutien. Au moment de leur arrestation et pendant leur détention, la police n’a pas hésité à recourir à la violence. Actuellement, onze sont toujours en prison. 

Cette attaque contre la liberté d’expression au sein de l’université vient après beaucoup d’autres. Déjà, fin 2016, il y avait plus de 6  000 étudiants emprisonnés en Turquie. Les chiffres ont beaucoup augmenté depuis lors. Aujourd’hui, 262 procès sont en cours contre les Universitaires pour la paix (BAK). Trois condamnations (à 15 mois de prison avec sursis) sont déjà tombées. Et deux collègues sont en prison : Serdar Başçetin et Onur Hamzaoğlu.

En janvier 2016, ceux-ci avaient publié un texte contre la guerre intérieure sur le territoire de la Turquie : « nous ne serons pas complices de ce crime ! » Depuis, le régime a enclenché en janvier la guerre en Syrie ; il a annoncé le 25 mars que des opérations étaient engagées en Iraq, à Sinjar ; le même jour, la Grèce a exprimé son inquiétude devant l’expansionnisme de la Turquie. 

En même temps que la guerre avance, la démocratie recule. Les élus d’opposition, les syndicalistes, les journalistes, les avocats, les universitaires, et tant d’autres qui expriment ou sont susceptibles d’exprimer des désaccords avec la politique du régime sont menacés. La répression contre les étudiants de l’université Boğaziçi marque une nouvelle étape : les universités internationalement les plus reconnues ont longtemps été épargnées. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. Au nom de la lutte contre le « terrorisme », tout est permis pour le régime, et rien pour qui voudrait le contester – ni liberté d’expression, ni droit de manifester.

Notre association, Solidarité avec les universitaires pour la paix et défense des droits humains en Turquie (SUP-DDHT), conformément à sa mission, exprime sa solidarité avec les étudiants de l’université Boğaziçi : nous demandons aux autorités de respecter les libertés de pensée, d’expression et de manifestation qui fondent la légitimité universitaire, en Turquie comme partout dans le monde.

Nous condamnons les atteintes aux droits humains en Turquie dont cette répression n’est que l’exemple le plus récent. Nous alertons l’opinion publique sur les menaces que fait peser aujourd’hui cet expansionnisme, en Turquie et dans toute la région. Et nous interpellons le gouvernement français, mais aussi les responsables de l’Union européenne, à l’heure où celle-ci finance des opérations militaires de la Turquie pour rejeter les Syriens à ses frontières. Pour notre part, nous refusons d’être complices d’un régime autoritaire dont la politique met en danger et la paix et la démocratie.

 

Invitation à la conférence de presse

SUP-DDHT

Rassemblement et conférence de presse, Vendredi 30 Mars 2018, Place de la Sorbonne

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