La Bataille de Ferrovia 

La Bataille de Gergovia, certains disent de Gergovie, en 52 av. J.-C., une des batailles principales de la Guerre des Gaules vit les forces gauloises rassemblées sous le commandement de Vercingétorix mettre en échec et repousser victorieusement les assauts des légions romaines de Jules César qui comptait enlever l’oppidum de Gergovie, Gergovie voisin du Clermont-Ferrand d’aujourd’hui.

Vous nous pardonnerez l’usage de cette relative homonymie. Non de Gergovia, c’est de la Bataille de Ferrovia dont nous vous parlerons aujourd’hui.

Dans les grandes académies militaires, celle de Saint-Cyr, de West Point, de Sandhurst et de bien d’autres, la Bataille de Ferrovia est toujours étudiée avec la plus grande attention. Comme celle d’Issos, des guerres d’Alexandre contre le grand roi Darius, celle de Cannes, victoire d’Hannibal contre les Romains, ou, plus proches de nous, celle d’Austerlitz ou celle des deux géantes, Verdun et Stalingrad.

Les polémologues considèrent cette bataille comme l’archétype central du conflit opposant la guerre-éclair à l’assaut d’une citadelle assiégée et la résistance victorieuse de cette dernière.

(La polémologie, littéralement science de la guerre, tire son nom du grec polemos, « la guerre », et logos, « l’étude ». La polémologie met l’accent sur la compréhension des conflits, de leurs causes, de leurs origines, leur déroulement et surtout, des raisons d’un camp de l’avoir emporté sur l’autre.)

La Bataille de Ferrovia est un épisode célèbre, considéré comme la mère des batailles macroniques, rapportent les historiens. Elle se déroula au Printemps de l’année 2018 après J.-C. Le pharaon Amonc-Râ soucieux alors de montrer à l’Empire et à l’Europe réunie sa toute-puissance décidait de prendre la citadelle de Ferrovia, présentée par tous ses thuriféraires d’alors comme l’Himalaya du Nouveau Monde.

Un commentateur de la période compara ce sommet de l’hubris à celui de Lafcadio, ce personnage du roman d’André Gide, Les Caves du Vatican, se mettant en tête dans un train de nuit de jeter un vieux monsieur par la portière. Pour rien. Pour prouver qu’il pouvait le faire. Pour exercer sa puissance par un acte gratuit. En dehors de toute raison. Tel était l’état d’esprit d’Amonc-Râ en ce début de 2018. Mais peut-être, nous le verrons, ce projet en préparait-il d’autres.

Alors que l’ensemble du peuple de l’Empire était dans la plus grande détresse, frappé par une toute récente invasion de sauterelles CSG, Amonc-Râ décidait de faire tomber Ferrovia et de punir ces habitants, présentés, eux et leurs statues, comme responsables de tous les méfaits et de la dette colossale du pays. Ils n’étaient pas rentables, les accusait Amonc-Râ.

Qui étaient donc les Ferroviens, les habitants de Ferrovia, antique cité, fondée en 1937 après J.-C., cité du haut bassin du Nil, bien loin de la Pyramide de Gélizéeh, dans le Faubourg Saint-Honoré, lieu de résidence du cruel Amonc-Râ ?

Encore appelés « chemineaux », puis par la suite « cheminots », les habitants de Ferrovia avaient la charge de la construction, de l’entretien et de la circulation sur les chemins de fer de l’Empire. Des chemins de fer ? Oui, car lorsque la roue fut inventée, on s’aperçut vite qu’il était plus aisé et de moindre effort de la pousser sur un rail de bois, et encore mieux de fer.

Le peuple de Ferrovia était un peuple fier et assuré de son rôle primordial dans les destinées de l’Empire. Ses métiers étaient divers et par tous les temps, qu’il neige, qu’il pleuve ou qu’il vente. Conducteurs de locomotives, aiguilleurs, agents des voies et des gares, ouvriers d’atelier, contrôleurs, guichetiers, tous métiers valorisant l’autonomie, la compétence et la fierté professionnelle. Grâce aux Ferroviens, le territoire entier de la vallée du Nil était assuré d’échanges réguliers en marchandises et en passagers. On saluait chez eux cette régularité, supérieure à celle des bateliers, tributaires, eux, du régime des vents. Enfin, ce n’était pas le moindre de leurs mérites et de l’avantage à les choyer, leur activité, de tous les moyens de transport, était réputée la moins polluante et la moins génératrice de gaz à effet de serre. Tel l’affirmaient les savants climatologues de l’époque.

 Au nom de la Concurrence et pour s’en tenir aux préceptes du Dieu hiéracocéphale Gattazus, Amonc-Râ avait décidé la mise en esclavage des habitants de Ferrovia, et pour cela, de briser leurs statues. Après Ivan le Terrible, il se voulait Amonc-Râ l’Iconoclaste.

(L’iconoclasme, du grec eikon « image », et klaô « briser », était, déjà dans l’Égypte pharaonique, une doctrine religieuse et politique visant à la destruction des statues et des statuts, des normes et des Codes ou autres valeurs réputées « intouchables ». Il s’opposerait à l’iconodulie, leur respect et leur vénération.)

Les historiens pensent aujourd’hui que par cette offensive éclair, l’enlèvement de Ferrovia, le bris de ses statues et la mise en esclavage concurrentiel de ses habitants, Amonc-Râ poursuivait en réalité un autre projet, celui de porter la guerre dans une autre cité voisine de Ferrovia, Fonctionna Publica.

Mère des batailles, car d’elle dépendait contradictoirement, d’une part l’avenir du règne d’Amonc-Râ, de l’autre, la pérennité des statues ferroviennes, comme dans le reste de l’Empire, la Bataille de Ferrovia fut menée avec un acharnement redoutable.

Les papyro-medias, tous acquis à Amonc-Râ, à part L’Humanité – trop peu la lisaient – cherchaient à présenter aux pauvres fellahs de la vallée du Nil accablés par les sauterelles CSG, la situation des Ferroviens comme celle de la « vie de château », masquant par là les fastes de la Cour, le train de vie des grands prêtres et les coûteuses dépenses de maquillage de Nefertigitte, l’épouse d’Amonc-Râ.

En vain. Au bout de trois mois de siège, l’Empire ayant sombré dans l’anarchie, les services de transport n’étant plus assurés par les Ferroviens, ses phalanges mises en échec, Amonc-Râ devait regagner Gélizéeh. Sa manœuvre iconoclaste échouée, son discrédit grandissait chez les grands prêtres du Marché.

Les historiens datent de ce moment-là le début de la fin de son empire sur les âmes simples.

Jean Casanova

Une réponse à “La Bataille de Ferrovia 

  1. Le texte de J. Casanova sur la « bataille de ferroviaire » est absolument génial. Amitiés. B. L.

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