Notre corps précieux ne peut être réduit aux attentes des autres

Je n’ai pas de connaissances particulières en biologie. Je n’aborderai donc pas ici les chapitres axés sur cela, même si je ne pense pas que des éléments décrits puissent se réduire aux simples fonctionnements hormonaux.

Avec simplicité – mais non simplisme – et beaucoup d’humour, les autrices proposent une étude sur le sexe féminin : l’appareil génital, les sécrétions vaginales, règles et autres glaires, le sexe, la contraception, le rififi dans le bas-ventre.

« C’est donc pour vous que nous avons écrit ce livre, pour vous les femmes qui n’êtes pas sûres de fonctionner comme, il faut, vous qui pensez que vous devriez avoir une autre apparence ». Nina Brochmann et Ellen Stokken Dahl expliquent en avant-propos leur parcours, soulignent des éléments de nos cultures qui, par exemple, gomment « la distinction entre relation sexuelle consentie et agression sexuelle », proposent de « démystifier la sexualité et prendre possession de notre corps » ou de mettre à jour des tabous, des mensonges et autres constructions plus imaginatives que réelles… Elles rappellent que « le monde de la recherche médicale a été bien trop longtemps un monde d’hommes ».

Sans volonté exhaustive, quelques éléments présentés et quelques critiques. Ainsi, je ne pense pas qu’il soit possible d’aborder l’ensemble « Tout sur le sexe féminin » sans parler des rapports sociaux de sexe (système de genre), de l’organisation dichotomique et hiérarchisée des sexes, des rapports de domination.

L’appareil génital, la partie visible et les organes internes, le clitoris – avant tout un organe souterrain – les joies et les plaisirs possibles, l’hymen – fantasme de sceau de chasteté – et la virginité, « les hommes se sont concertés afin d’élaborer des moyens pour contrôler la femme, limiter sa sexualité et sa capacité à disposer de son corps », l’autre trou…

S’il est juste d’indiquer que les pratiques et les regards envers la pilosité furent variables dans l’histoire, aborder la « mode des vulves lisses » sans se référer aux modèles pornographiques ne me semble pas satisfaisant.

Les autrices parlent des « trois sexes », le sexe génétique, le sexe anatomique et le sexe psychologique, sans lien avec les rapports sociaux. Tout semble donc « inné » ! Ce qui amènent les autrices à accepter les réassignations chirurgicales des enfants intersexué·es et les ré-attributions sexuelles à l’aide de traitements hormonaux et d’opérations pour les enfants désigné·es comme trans.

Nous nous somme opposé·es, à juste titre, à la médicalisation de l’« orientation sexuelle », aux soins « thérapeutiques » des personnes considéré·es comme homosexuelles. Et il nous faudrait, aujourd’hui, accepter la médicalisation des corps d’enfant ? Iels méritent mieux que cela.

Les sécrétions vaginales, règles et autres glaires. Les fluides considérés socialement comme sales ou tabou. Les autrices soulignent que « Le principal est que vous sachiez ce qui l’est pour vous ». Elle rappellent qu’à l’échelle mondiale, « les menstruations restent un défi de taille » et que de nombreuses femmes n’ont pas accès au nécessaire sanitaire. Elles soulignent, entre autres, les grandes variations individuelles, la place des règles dans les imaginaires sociaux, le mythe des spermatozoïdes seuls actifs dans le processus de fécondation… Reste cette curieuse expression « tomber enceinte » !

Le sexe. Ce qui est entouré de mystères et de doute, sans oublier le coté honteux. Le sexe comme expérience solitaire. L’utilisation de la pornographie (en absence de critique sur la chosification des femmes et les violences, le sexe réduit au plaisir masculin, le centrage sur la bite, les « scripts », etc…), la première fois (pourquoi indiquer la « position du missionnaire » peu susceptible de donner des possibilités de plaisir aux deux partenaire) et les attentes, « Il n’y a pas de sexe « bon » ou « mauvais », encore moins de « vrai » ou de « faux » sexe », la bienveillance envers la/le partenaire et soi-même, le plaisir et non la performance… Pourquoi  parler de « préliminaires » ?, préliminaires à ce qui serait le « vrai » sexe, la pénétration ?

Il me semble impossible de parler des pratiques et des désirs sans prise en compte des rapports sociaux de sexe, de la domination. Les désirs n’existent pas hors sol, hors histoire… D’autant que les autrices indiquent que « Le mythe selon lequel l’être humain naîtrait avec une pulsion sexuelle est une autre source de confusion », parlent de sexe « récompense » et rappellent que « on ne naît pas excités sexuellement, on le devient » ou soulignent la place du cerveau dans l’excitation sexuelle. Je reste très dubitatif sur les liens possibles entre agressions sexuelles et excitation. Le désir est une construction dont il est bien difficile de séparer les éléments. Contre les justifications « biologiques » des violences sexuelles, il faut insister sur ce non-déjà-préexistant, sur les possibles jouissances de l’égalité et de l’empathie…

Orgasme et clitoris, faible sensibilité du vagin, mythologie masculiniste de l’orgasme vaginal, sexe réduit à la pénétration vaginal et au pénis dressé, oubli ou déni du plaisir des femmes, « Pour les femmes aussi, l’orgasme devrait être la règle », place de la masturbation, freins liés aux rapports sociaux de sexe et aux places assignées des femmes, apprentissage et éducation sexuelle…

La contraception. Le retrait et le suivi des températures ne peuvent-être considérés, à mes yeux, comme des méthodes fiables de contraception. Les mythes et les légendes. Ne plus avoir la hantise de la grossesse. Nina Brochmann et Ellen Stokken Dahl détaillent les différentes formes de contraception possible. Elles indiquent « En conclusion, le premier facteur de fiabilité d’un moyen de contraception est relatif à son utilisation et non au contraceptif en lui-même ». Le droit des femmes à des informations fiables et au choix. La maitrise de son corps et l’égalité. Et quant est-il de la contraception masculine ?

Droit à l’avortement. Si les autrices défendent incontestablement ce droit, certaines formulation me semblent plus que discutables. Le fœtus n’est pas un enfant et il ne peut avoir de droits qui limiteraient ceux de la femmes « des droits que cet enfant potentiel devrait avoir au moment où il est conçu ». Il en est de même du « père de l’enfant potentiel ». C’est aux femmes seules à décider. (lire par exemple : Les filles des 343 : J’ai avorté et je vais bien merci, lavortement-est-notre-liberte-et-non-un-drame/). Choix des femmes et non acte médical prescrit, amas de cellules et non être viable, encore une fois la notion d’« enfant potentiel » pose une limitation au droit des femmes…

Le dernier chapitre concerne le rififi dans le bas ventre dont les maladies sexuellement transmissibles et autres troubles localisés. Les autrices soulignent le manque d’informations des femmes – en particulier sur l’endométriose -, les conséquences sur la santé de l’association sexualité / honte, (mais pourquoi parler de « prestations sexuelles » pour des rapports prostitutionnels ?), l’assimilation des fausses couches à une faute, l’interdiction des mutilations sexuelles et la dénonciation de la tyrannie de la beauté (et des opérations que subissent les femmes pour s’y conformer, souvent sous le poids de la pornographie), la sexualisation de la nudité…

« Dans notre quotidien sexualisé, on a vite fait d’oublier que le corps est bien plus que des apparences ou une machine à produire des performances »

J’ai souligné des désaccords. Ceux-ci restent marginaux en regard de l’ensemble des informations et des analyses fournies. A quand un « Tout sur le sexe masculin ». Il est en effet illusoire de croire que les hommes se connaissent… Il n’est qu’à voir les mythes sur leurs désirs soit-disant irrépressibles, la surévaluation de leur sexualité limitée au pénis et à la bandaison, leurs pratiques pornographiques et prostitutionnelles, pour ne pas parler des violences systémiques qu’ils exercent sur les femmes…

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Nina Brochmann & Ellen Stokken Dahl : Les joies d’en bas

Tout sur le sexe féminin

Illustré par Tegnehanne

Traduit du norvégien par Céline Romand-Monnier

Actes Sud, Arles 2018, 448 pages, 22,50 euros

Didier Epsztajn

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