Quelle Kanaky souveraine et indépendante ?

La situation en Nouvelle-Calédonie demeure, aujourd’hui, celle d’une domination coloniale. Pour ceux qui pensent qu’une « décolonisation douce » est possible par un processus électoral référendaire au sein de la République Française, ce qui est la stratégie négociatrice des accords Oudinot-Matignon de 1988 et de l’accord de Nouméa en 1998, la nomination de Manuel Valls et Christian Jacob à la tête d’une mission parlementaire sur l’avenir institutionnel de la Nouvelle-Calédonie s’est traduite, dès le premier jour de leur mission, par une déclaration de Valls pour le maintien dans la République Française, contre toute idée d’indépendance. Le mouvement indépendantiste est donc confronté au sens réel des négociations avec le gouvernement français sur la question qui sera posée au référendum : soit le vote est centré sur la souveraineté indépendante, et cela pose la question du rassemblement du mouvement indépendantiste pour le OUI, soit il ne l’est pas et se pose alors la question d’un boycott, qui à l’heure actuelle divise entre organisations et au sein de chacune d’elle. Ce choix ne peut-être que celui des indépendantistes.

Ce texte tente de rassembler les éléments d’information qui permette un débat sur notre position de soutien, en fonction des décisions du mouvement indépendantiste, tout en affirmant notre histoire de lutte anticoloniale.

Quelques données sur la colonisation de peuplement en Nouvelle-Calédonie

La prise de possession par l’Empire Français de la Nouvelle-Calédonie en 1853 met en place dès 1864 une colonisation de peuplement. D’abord colonie pénitentiaire (transportés de droits communs, déportés de la Commune déportés, relégués du soulèvement algérien d’El Mokhrani), celle-ci va servir de main- d’œuvre à l’installation d’une bourgeoisie coloniale ; elle est une première colonisation brutale qui expulse les populations kanak de leurs terres et les regroupe dans des réserves, et réprime de façon sanglante ses révoltes (Altaï en 1878, 1917 à Koné). Elle se traduit par la réduction de moitié de la population kanak sur la Grande terre ; celle-ci correspond également à une baisse drastique des naissances (résistance liée à la perte de la terre qui fixe l’origine, nombre de viols qui entrainent des avortements).

Une deuxième vague d’émigration de travail forcé est la migration de travailleurs colonisés issus de la région Asie-Pacifique, en particulier du Tonkin, jusqu’en 1920, avec l’exploitation de la découverte du nickel en 1864. Elle s’accompagne, à la fin du 19ème siècle d’un début de colonisation de peuplement par des colons européens libres qui s’établissent, exploitent les terres et commercent ; elle devient un projet central de gestion de population du colonisateur.

La deuxième guerre mondiale est le moment d’une présence américaine massive ; ce qui transforme la condition salariale des travailleurs locaux (les salaires américains sont le triple du salaire colonial), mais c’est le gouvernement de la Libération qui met fin du statut de l’indigénat en 1946, ce qui donne le droit de vote aux kanak, l’accès des enfants kanak à l’école commune républicaine, la reconnaissance de la propriété des terres coutumière par un code foncier coutumier. La gestion de listes électorales devient un enjeu de la colonisation de peuplement. Elle garde cette dimension avec une nouvelle vague d’arrivée de vietnamiens après Dien-bien-Phu. Elle prend sa forme actuelle avec la migration liée au « boom du nickel » des années 60-70, qui concerne les wallisiens futuniens et tahitiens et massivement les « Métros » européens. La colonisation participe de l’accompagnement de l’industrie du nickel avec des statuts de présence déterminés par les intérêts liés à l’extension d’un capitalisme financier mondialisé et de ses services.

Le mouvement indépendantiste kanak

Après 1946 se créent dans les années 50, l’Union Calédonienne (UC), qui optera pour l’indépendance en 1977, et l’Union progressiste en Mélanésie (UPM) en 1974. Le Palika (Parti de libération kanak) est fondé en 1975 comme parti indépendantiste, à partir du mouvement des Foulards rouges et du groupe 1878. Ces partis fondent en 1979 le Front indépendantiste (FI) pour la participation aux élections territoriales du 18 juin 1982 ; ils obtiennent 34,4% des voix et 14 députés sur 56. Participant au gouvernement territorial, il participe, après le rapport Lemoine de 1982 demandé par Mitterand, à une première négociation lors de la rencontre de Nainville-les-Roches en 1983. Celle-ci échoue à mettre en place une logique qui repose sur le principe d’autodétermination par le droit de vote à un référendum. Le mouvement indépendantiste est alors quotidiennement confronté à la violence des colons « caldoches » et à la répression d’Etat qui assassine Pierre Declercq, un des leaders de l’Union Calédonienne, le 19 septembre 1981. Le gouvernement calédonien est dissous en septembre 84. Le FI devient FLNKS (Front de libération national de kanaky socialiste) après la dissolution du Congrès, qui lance le boycott des élections de Décembre 1984. Le FLNKS est l’animateur des luttes des années 1984-1986, avec occupations de terre, barrages routiers, destruction de matériel électoral par Eloi Machoro, jusqu’au choc politique des morts de la Grotte d’Ouvéa en 1987 (19 kanak tués par le GIGN et 2 gendarmes).

Deux autres partis indépendantistes restent en dehors du FLNKS : Le LKS (Libération kanak socialiste) qui est une scission du Palika en 1981 sur le refus de voter pour Mitterand. Il en est de même pour le Parti Travailliste, créé en 1981 comme représentant politique de l’USTKE (Union Syndicale des Travailleurs Kanak et Exploités) syndicat indépendantiste et révolutionnaire avec une minorité d’européens. Son programme est anticapitaliste, autogestionnaire et écologiste (présence de José Bové à sa fondation), il défend la protection de l’emploi local et la limitation de l’immigration des « métros ». Il porte aujourd’hui la mémoire d’Eloi Machoro et de son adjoint Marcel Nonnaro, assassinés en 1985.

Les accords Oudinot-Matignon de 1988 et de Nouméa de 1998

Ces « évènements » qui sont une lutte anticoloniale déterminée entrainent la reprise des négociations ; elle aboutissent par les accords Oudinot-Matignon en 1988 qui reconnaissent l’existence politique du mouvement indépendantiste, organise une nouvelle répartition institutionnelle avec la création de 3 provinces autonomes, un congrès central. La création d’un Sénat coutumier et l’achèvement de la restitution des terres spoliées aux kanak commencée après 1946 sous la conduite de l’ADRAF (Agence de développement rural et d’aménagement foncier). Un comité de signataires est mis en place pour préparer un référendum d’autodétermination en 1998. Un des points centraux de ces accords est la mise en négociation des conditions strictes pour établir la notion de « citoyenneté calédonienne » permettant l’inscription sur une liste électorale référendaire. La coexistence de trois listes : générale pour les élections françaises, provinciale pour les assemblées de province et du congrès, et une nouvelle liste référendaire, introduit la nécessité d’être inscrit sur la liste générale pour s’inscrire sur la liste référendaire, mais avec des critères restrictifs. Pour les non-natifs il faut être arrivé avant le 31 décembre 1994 pour avoir 20 ans de résidence continue. Or une majorité d’électeurs kanak n’étaient pas inscrits sur la liste générale. Le référendum ayant été reporté à 2014-2018 aux accords de Nouméa de 1998, c’est donc le comité des signataires du 2 novembre 2017 qui a dégage un compromis sur les électeurs non-répertoriés avec l’inscription de 7 000 de statut coutumier et 4 000 de statut civil commun. Le projet de loi organique dérogatoire qui en est issu, présenté au sénat et voté, inscrit d’office sur la liste générale tous ceux qui ont domicile en Nouvelle-Calédonie depuis 6 mois. Mais pour être sur la liste référendaire la loi crée un statut particulier celui d’avoir « des intérêts matériels et moraux » et être domicilié depuis 3 ans. Il n’y a donc plus automaticité de l’inscription, car nécessite d’être validée par une commission administrative spéciale. Cela laisse incertaine l’inscription de 12 000 à 20 000 kanak et la contestation de ces accords. Cet accord rencontre donc des oppositions politiques au sein du mouvement indépendantiste que ce soit du Parti travailliste ou de la base des différentes organisations. Ce point ouvre un débat sur le boycott1 ou de non-participation au vote.

L’importance institutionnelle de ce processus présenté comme « décolonisation douce », ou « indépendance au présent » dit Paul Néaoutine (président du Palika), pose donc la question de la finalité du référendum, qui sera renouvelé deux fois en 2019 et 2020 si le non à l’indépendance l’emporte, puis soumis à la décision de l’Etat colonisateur en cas de triple non. Le risque majeur des accords de 1988 et 1998 est l’enfermement du mouvement indépendantiste dans son institutionnalisation de stricte représentation élective dans la Nord et les iles Loyautés, qui laisse le sud aux loyalistes (67% des habitants et des emplois). Il laisse une souveraineté partielle, institutionnelle, au sein de la colonisation sans la remettre fondamentalement en cause, qui montre les limites d’un possible « état associé » à la France.

Dans ce contexte se réactualisent des divergences entre les différentes composantes du mouvement indépendantiste, en particulier entre et au sein du Palika et de l’UC sur quel type de société à construire avec la souveraineté indépendante. Il oppose le Palika qui s’inscrit dans la dimension institutionnelle de « la réalité de la capacité à gérer les compétences de demain » ouverte à d’autres communautés exploitées (position qui est également celle du RDO et de l’UPM), à l’Union Calédonienne qui prône l’accès pur et simple à la pleine souveraineté kanak avec des liens privilégiés avec la France. Le 36ème congrès du FLNKS début février a, semble-t-il, abouti au compromis de laisser le débat ouvert, en se recentrant sur la préparation de la campagne pour le vote au référendum de 2018, avec une double équation : renforcer l’unité du Front mais aussi trancher les divergences quant à l’actualisation du projet de Constitution déposé en 1987 à l’ONU, dont l’ambition est la naissance d’une nation pluriculturelle, d’un Etat démocratique, laïc et solidaire. Ce processus initial vers l’indépendance reste donc une « décolonisation douce », qui ne tranche pas sur quelle indépendance : Etat associé ou non à l’ancien colonisateur ? Comment parler d’une seule voix ? Deux propositions s’opposent : le Président de l’UC Daniel Goa demande l’élection d’un Président du FLNKS car il y a « nécessité de disposer d’une structure qui soit pilotée afin que notre parole soit forte, claire, sans ambiguïté » ; le Palika et l’UPM n’en voient pas la nécessité et prône un bureau politique collégial. L’UC propose également d’élargir le front nationaliste au Parti Travailliste, l’USTKE, la Dynamik Unitaire Sud, les églises et les associations, ce que refusent le Palika et l’UPM. Un compromis possible semble être la proposition de constituer une plateforme au côté du FLNKS. Autre source de débat est le nombre de consultations auxquelles les membres du Front participeront. Le Palika et l’UPM reste dans le strict fil de l’accord de Nouméa, l’UC propose de répondre « oui » au référendum de 2018, mais pas de consignes de vote pour les 2ème et 3ème référendums prévus par ces accords : « On a répondu Oui. Pour nous, cette réponse, une fois, suffit. ».

Le Parti travailliste qui n’appartient pas au FLNKS réclame une indépendance immédiate et s’oppose à cette double stratégie qu’il dénonce depuis les accords Oudinot-Matignon comme une « trahison » du FLNKS.

Les rencontres de terrain font apparaitre

Que nombre de kanak des comités de base des organisations indépendantistes montrent leur adhésion à une indépendance, dont les objectifs sociaux sont la fin des inégalités à l’école, au logement, à la santé et au travail (30% de chômeurs chez les 18-25 ans), sans s’approprier l’importance du vote référendaire comme moyen d’émancipation. Elles font apparaitre la crainte du retour aux affrontements violents et le sentiment de ne pas avoir été associés aux accords de Paris du 2 novembre. Nombreux souhaite son ceux qui mettent en avant l’accompagnement d’une indépendance par l’Etat français, car le mouvement indépendantiste n’a pas les moyens d’une indépendance sans la France.

Ces questions se retrouvent dans les rencontres avec les associations de femmes qui se sont créées localement dans les régions et en milieu rural, après l’échec à constituer un groupe féministe le GFKEL (Groupe de femmes kanak et exploitées en lutte) dans les années 2000 autour de Dewé Gorodé et de Suzanne Ounei, Elles organisent la vie concrète et revendiquent le droit à la parole dans les instances des mouvements indépendantistes, en particulier sur les violences patriarcales et sexuelles. Elles expriment souvent leur inquiétude sur l’inconnu des suites de l’indépendance, car revendiquent les avancées du droit français de protection.

Il faut ici souligner que les rencontres avec des « loyalistes » anti-indépendantistes (caldoches, migrants de travail européens ou autres installés depuis les années 60-70), témoignent de la situation coloniale et d’un front du refus à toute solution de souveraineté de la Kanaky en dehors de la République Française.

Commentaires

Dans l’approche que nous avons du camp indépendantiste, nous ne devons pas oublier que nous avons changé de période depuis les années 1980. La colonisation a pris de nouvelles formes institutionnelles, l’Etat français accordant aux kanak la gestion des deux régions où ils sont majoritaires, organisant la restitution de la majorité des terres spoliées et favorisant une industrie du nickel dans la province Nord. Elle intègre aujourd’hui les cadres du mouvement indépendantiste dans ce maillage institutionnel, dont le souci n’est pas d’aller à l’affrontement mais de le préserver et le faire évoluer dans une forme de « décolonisation douce » et de « destin commun » avec les autres ethnies présentes.

Nous ne devons pas oublier également combien les valeurs traditionnelles d’un droit coutumier de l’attachement à la terre des ancêtres déterminent fondamentalement la référence à la richesse de l’industrie du nickel comme base du développement, de la défense d’une économie de subsistance et de la nature. La défense est d’une la terre commune au collectif de la tribu.

Les divergences entre organisations indépendantistes sont donc aussi référées aux valeurs coutumières, tout en étant institutionnalisées dans des appareils de gestion et de pouvoir politique dans chaque province, sans faire cesser la situation coloniale où les inégalités raciales restent la règle dans toutes les sphères de la vie quotidienne et où la majorité des européens refusent toute évolution vers l’indépendance. Elles s’expriment :

1- dans une approche coutumière concernant le nickel qui a évolué avec des préoccupations de valorisation technique et de marché avec le soutien de Dang auto-entrepreneur vietnamien qui a conseillé les dirigeants indépendantistes de la Région Nord. Elle a produit des divisions au sein même du FLNKS. Ainsi le rassemblement dans l’Union nationale indépendantiste (UNI), animé par le Palika est en opposition à l’UC. Le Palika, majoritaire dans la province Nord, défend l’élargissement du vote pour les forces indépendantistes aux travailleurs du nickel océaniens (20000 wallisiens et futuniens) et pour le développement des échanges industriels avec l’Asie qui soustraite et finance les alliances financières et la modernisation du circuit de production, avec la Corée du Sud, le Canada et aujourd’hui la Chine. Il institutionnalise comme projet d’indépendance qui s’inscrit dans la mondialisation, ce qui est également le cas du colonisateur dans le sud aux alliances avec des capitaux brésiliens et canadiens pour l’usine Goro-Nickel). L’UC implantée à Nouméa et sur les Loyautés, mais mise en minorité dans le Nord, est moins attachée à cette notion d’indépendance par l’économie du nickel qui renvoie à la domination du colonisateur. Il en a résulté son appui récent à la grève des « rouleurs » syndicat d’auto-entrepreneurs qui transporte le minerais vers les lieux de son transport vers les usines de traitement, alors que le Palika au Nord le dénonçait. Sur la question des inégalités sociales coloniales, le Parti travailliste reste centré sur le syndicat l’USTKE, l’UC défend une indépendance kanak d’emblée qui traite les inégalités sociales et la priorité aux travailleurs locaux, enjeu de négociations à venir avec la France, l’indépendance institutionnelle votée.

2- Ce sont donc deux projets de société qui s’affrontent au sein du FLNKS, où l’UC tente de mettre en place une plateforme ouverte au Parti travailliste, aux associations de femmes ou issues de l’action humaniste des organisations religieuses (Catholiques et protestants). Si l’UC a dès les années 80 reconnu les Européens « victimes de l’histoire » comme participants d’une solution indépendantiste, mettant en avant l’appellation Kanaky Calédonie, elle semble plus restrictive concernant les océaniens et asiatiques du nickel. L’UC apparait également plus engagée dans les luttes de l’écologie. Ces divisions se retrouvent au sein de la base de chaque organisation, mais elles cessent quand il s’agit du rejet de l’émancipation des femmes pour la défense d’une société patriarcale coutumière.

3- La revendication de décolonisation est aussi celle, concrète, de la transmission de son histoire de tradition orale et de ses langues maternelles non écrites. Déniée et combattue par l’école coloniale, elle est une des sources majeure de l’échec des premiers apprentissages d’accès à l’écriture des enfants kanak. Elle rassemble l’inquiétude des parents kanak de ne pas voir leurs enfants apprendre correctement le français, langue écrite internationale pour l’avenir. Ceux-ci se mobilisent donc pour un premier apprentissage de l’écriture à partir des langues orales qui sont les leurs, le français devenant langue seconde ou langue étrangère selon ses lieux d’usage dominant.

4- La demande explicite de la population kanak est une reconnaissance explicite de ses droits « communs », et d’un accompagnement de l’Etat dans la lutte contre la violence et les inégalités sociales, chacun exprimant son désir de paix et sa peur de la guerre civile mais aussi des revendications sociétales concrètes pour l’avenir (contre les violences patriarcales subies par les femmes, de jeunes sans perspective d’accès à l’emploi lié aux diplômes acquis, de justice et de réappropriation démocratique locale de la vie économique, de l’accès au logement et aux structures de santé). Ces luttes rejoignent celles de la défense de l’emploi local, portées en particulier par l’ISTKE et le Parti travailliste, mais dans le refus de méthodes violentes qui concerne autant ces derniers que les dérives délinquantes de groupes de jeunes. Tous sont pour une indépendance mais un grand nombre refusent de prendre position quant au référendum à venir car ces luttes et actions émancipatrices locales, autant d’expériences de construction d’un mouvement indépendantiste démocratique local, peinent à se retrouver dans les négociations menées par les différents mouvements indépendantistes actuels.

Une autre question sous-jacente reste posée par nombre de kanak : le lien avec la France protège face à l’Australie, la Nouvelle-Zélande et la Chine.

Quelle position à prendre pour Ensemble ?

L’inconnu du référendum reste la question qui sera posée. Elle est l’objet d’un comité des sages mis en place par le gouvernement français qui réunit indépendantistes et anti-indépendantistes. Une convention du FLNKS doit se tenir en avril pour lancer la campagne référendaire, moment concret de la nécessité d’un appui. Nous avons donc un peu de temps pour se saisir des débats de fond, dans un contexte colonial très différent de la situation corse (autonomie) ou de la Catalogne (Indépendance au sein de l’Union Européenne), mais qui a des points communs avec la Guadeloupe et la Guyane.

Il ne faut pas oublier également que le représentant de LR local (Frogier) est en rupture avec la décision du RCPR de signer les accords de 1988 et tient des positions qui sont proches de celles des colons qui votent FN, remake de l’Algérie dans un contexte différent ? Nous devons affirmer notre soutien à tous les indépendantistes qui pourraient être victimes de violences des partisans de la colonisation est à penser dès maintenant, afin de ne pas voir réapparaitre les assassinats par des colons ou les forces de l’ordre.

Ce que nous pouvons également affirmer dès maintenant est notre soutien au vote pour une réelle indépendance de rupture avec la colonisation, et sur la dimension démocratique immédiate, l’inscription d’office de tous les électeurs kanak sur la liste référendaire. La question du boycott reste compliquée car n’a pas de réelle lisibilité politique des raisons du boycott comme appel indépendantiste et ne rassemble pas. Nous pouvons soutenir que si la question posée au référendum est bien centré sur la souveraineté indépendante, alors que les sondages aujourd’hui sont défavorables au camp indépendantiste, accéder à un taux supérieur à 45% serait déjà une première victoire lisible pour la suite.

Nous devons également affirmer que l’avenir de la société kanak lui appartient, et que notre soutien est celui de toutes les luttes contre les inégalités sociales dans l’accès au monde du travail et dans la vie quotidienne. Décoloniser est écrire l’histoire de la colonisation de la Nouvelle-Calédonie, pour reconnaitre l’existence du monde kanak avec ses traditions de culture orale et aussi ses évolutions émancipatrices de dépassement d’une société patriarcale conservatrice. Un relevé des études avec les travaux de recherche universitaire internationale est à faire. Dans cette perspective, deux questions demeurent essentielles : le mouvement d’auto-organisation des femmes de sortie de toutes les formes de patriarcat et la défense écologique d’une nature endémique exceptionnelle. Notre soutien à l’indépendance doit se pense avec ces actions multiples locales du peuple kanak comme réappropriation d’un destin kanak avec ses alliances.

Jean-Pierre Martin



1 Le parti travailliste a dénoncé les accords de Nouméa de 1988 et 1998, mais également a comme adhérent la famille Wéa, dont un des membres a assassiné Jean-Marie Tjibaou et Yéweiné Yéweiné en 1989. Cependant l’UC accepte une plateforme où serait présent le Parti travailliste, ce qui est contesté par le Palika. Le congrès du FLNKS des 2-3 février 2018 a entériné l’idée de la plateforme.

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