Des moments d’ouverture à l’inouï, au merveilleux, à la liberté d’être et de désirer

« Le MLF a changé ma vie. Oui, nous autres filles du MLF avons changé le monde et l’aventure n’a été ni austère ni ennuyeuse. On se devait d’être drôles, impertinentes, imaginatives, radicales, les slogans fusaient comme des feux d’artifice : « Une femme sans homme, c’est comme un poisson sans bicyclette », « il y a plus inconnu que le soldat inconnu, sa femme ! » Des Gouines Rouges à la Spirale, en passant par le groupe d’études féministes de l’université Paris VII et bien d’autres collectifs fondés dans le feu de l’action, j’ai participé aux grands combats de toute une génération. La liberté des femmes est une conquête récente, on est prié de s’en souvenir et de la défendre. Avis aux jeunes générations ! » Marie-Jo Bonnet, quatrième de couverture

Je souligne en premier lieu, le souffle chaud de ce livre, cette tornade féministe et cette volonté de briser toutes les chaines, de construire l’égalité et la liberté, de plonger dans l’horizon souhaitable de l’émancipation, cette disponibilité « pour atteindre l’inespéré »

Quelques éléments choisis subjectivement.

Le Torchon brûle, les parents et leurs projections sur nos vies, « Ce que j’étais, ce que je désirais devenir, ne rentrait pas ses cases », l’insolence et l’audace, entendre pour la première fois parler d’avortement, « Et ce que j’ai fait est probablement plus tabou que l’avortement »…

Le MLF, des réunions, des rencontres, les Polymorphes perverses, l’Hymne des femmes (http://8mars.info/l-hymne-des-femmes), la Mutualité des médecins opposés à l’avortement thérapeutique et le commando saucisson, « Avortement , contraception libres et gratuits », l’émission de Ménie Grégoire « L’homosexualité, ce douloureux problème », la sexualité féminine comme continent noir, « il n’y a pas de détermination sexuelle autre que sociale », la liberté pour toustes, le Front homosexuel d’action révolutionnaire FHAR…

Le Manifeste des 343 (le-manifeste-des-343-05041971/), « Notre ventre nous appartient », le Mouvement pour la liberté de l’avortement (MLA) puis le MLAC (Mouvement pour la liberté de l’avortement et de la contraception), « Lutter contre notre oppression, c’est faire éclater toutes les structures de la société et en particulier les plus quotidiennes », les revendications du MLF et du FHAR volontairement associées.

« Le sujet brûlant, trop brulant du corps, du plaisir et de la normalité », les hommes et le « jouir sans entraves », la débandade du phallus, le modèle masculin et le coté des femmes, les lesbiennes…

Défilé du premier mai, les services d’ordre, « notre comportement joyeux », Partisans et « Libération des femmes, année zéro », faire entrer les utopies dans les quotidiens, le désir d’être, « Votre révolution sexuelle n’est pas la notre », tourner le regard vers soi-même, l’ordre symbolique fondé sur le primat du Phallus, construire un sororité nouvelle…

Les journées de dénonciation des crimes contre les femmes (mai 1972), la non-mixité et des hommes s’occupant de la crèche, « Femmes qui refusons les rôles d’épouse et de mère, l’heure est venue où du fond du silence il nous faut parler », la double oppression comme femme et comme homosexuelle, les Gouines rouges, celles qui sont traitées de « femmes sans homme » alors que les garçons ne sont jamais traités d’« hommes sans femme », l’hétérosexualité et l’homosexualité comme constructions sociales, « Notre corps et nous-mêmes »

Le « nous », le « je », , la pari de la non-mixité, Musidora, « Grrrêve des femmes », l’espérance pour atteindre l’inespéré, « Le soir, une manifestation de nuit organisée boulevard Sébastopol. Nous marchons sur le trottoir en tenant une banderole très longue sur laquelle est écrit : « Nous voulons sortir la nuit sans risque »…

Le militantisme au MLAC et l’ouverture des « horizons insoupçonnés », la libre disposition de son corps, le Self Help, « ce sont les femmes qui décident », Histoire d’A et son interdiction, les projections clandestines, la transgression ouverte de la loi interdisant l’avortement, les maisons de femmes, « La parole se libère partout, menant à l’auto-organisation des femmes au sein mêmes de leurs lieux d’action politique et syndicale »…

Les sorcières, Les Chants roux, la petite voix intérieure, « Parler, c’est donc briser le sceau, libérer le souffle et s’engager dans une métamorphose de l’être qui mène à un retour vers l’origine des nombres »…

Le groupe d’Etudes féministes de Paris-VII, « Pour ma thèse j’ai choisi d’étudier un sujet qui me concerne de près : les relations amoureuses entre les femmes. Relations, et non homosexualité, concept psychiatrique qui fige la recherche dans un essentialisme identitaire étranger à Eros. La relation amoureuse est quelque chose de vivant, de mouvant, soumise à d’autres influences que ses propres choix conscients », les ponts entre le dedans et le dehors…

Faire l’histoire du féminisme, nos grands-mères féministes, la Journée internationale des femmes, le 8 mars 1975, le Festival international de films de femmes à la FNAC, l’utopie entre femmes, un monde créé par et pour les femmes…

Ras le viol – « Quand une femme dit non, ce n’est pas oui, c’est non », la tolérance sociale autour du viol, sortir le viol de la qualification de coups et blessures, la parole contestée d’une femme violée « On ne l’écoute pas, on ne la respecte pas », encore des heurts avec le service d’ordre de la CGT, les alibis de « la misère sexuelle », la haine des femmes traduite en acte, « la répression, c’est le problème des violeurs », des centres anti-viol ouverts le jour et la nuit, le viol enfin qualifié comme crime.

L’amour, le lâcher prise, Utopie et féminisme, les conflits avec « Antoinette et son groupe psychanalyse et Politique », l’éthique des relations entre femmes, et plus tard l’appropriation privée du sigle MLF…

Contre la répression de l’homosexualité, « La tendance du mouvement homosexuel masculin est de s’émanciper des femmes pour se concentrer sur ses tropismes communautaires », Pénélope, le développement de la presse féministe, la marche du 6 octobre 1979…

« La liberté n’est ni occidentale, ni orientale, elle est universelle », le renversement du shah d’Iran, « Les Iraniennes sont consternées et en colère. Elles ont pris l’habitude de la liberté et n’ont pas fait la révolution pour se trouver emprisonnées dans un hijab », le soulèvement de femmes et les égarements de certains…

« Apprendre à défendre ses désirs, écouter ses rêves, s’accepter dans sa différence et faire corps avec d’autres femmes pour prendre place dans le monde »

Marie-Jo Bonnet : Mon MLF

Albin Michel, Paris 2018, 416 pages, 21,50 euros

Didier Epsztajn

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