La souveraineté alimentaire ne peut être réduite à la sécurité ou la suffisance alimentaire

« La souveraineté alimentaire – « Un concept en action »

La souveraineté alimentaire constitue un processus de construction de mouvements sociaux et permet aux individus d’organiser leurs sociétés de manière à transcender la vision néolibérale d’un monde de marchandises, de marchés et d’acteur.rice.s économiques égoïstes. Il n’existe pas de solution universelle à une myriade de problèmes complexes auxquels nous faisons face actuellement. Au contraire, le processus de souveraineté alimentaire s’adapte aux individus et aux lieux où il est mis en pratique. La souveraineté alimentaire est synonyme de solidarité, et non de concurrence. Elle permet de construire un monde plus juste de la base vers le haut.

L’accès à la nourriture est essentiel à la survie humaine et il s’agit d’un droit humain fondamental. Dans notre société actuelle, nous observons d’une part un déni de ce droit, et une « évidence » d’autre part – pour beaucoup dans le monde surdéveloppé, la nourriture semble abondante, or cette abondance repose sur les structures fragiles d’un système alimentaire et agricole très néfaste et contrôlé.

La nourriture est également politique – sa production, son accès et sa distribution sont essentiels au fonctionnement de notre société, et la maîtrise de notre système alimentaire confère du pouvoir. Les forces politiques travaillent depuis de nombreuses années pour maîtriser tous les aspects de nos systèmes de production alimentaire et placer le cycle de production, les semences, les intrants et autres nécessités, sous un contrôle de plus en plus privatisé. Le commerce de denrées alimentaires – l’échange et le transport de nourriture d’une population humaine à l’autre – est également un processus hautement politisé et complexe. La maîtrise des lois et règlements légiférant le commerce international et inter-régional donne encore davantage de pouvoir et de poids.

Malgré les pressions politiques et économiques auxquels nous faisons face, nous continuons à gérer et à nourrir les écosystèmes qui nous entourent pour assurer un approvisionnement alimentaire. Depuis des milliers d’années, des paysan.ne.s, éleveur.se.s et autres individus vivant de la terre et de la mer développent et améliorent des systèmes alimentaires et hydriques résistants ainsi que des espèces de plantes et d’animaux pour assurer la pérennité de ces dernières.

Le XXe siècle a été marqué la mécanisation et par l’industrialisation effrénées de la production alimentaire. L’utilisation d’intrants arti ciels et chimiques dans l’agriculture et la transformation alimentaires a proliféré, et de grandes entreprises agricoles, États et régions néocoloniaux ont accru leurs parts de marché et leur pouvoir.

C’est dans ce contexte que la souveraineté alimentaire a émergé. Les organisations paysannes l’ont portée au niveau transnational pour proposer à l’humanité de repenser la manière dont nous organisons la production alimentaire et agricole, la distribution et le commerce, dont nous utilisons la terre et les ressources aquatiques, ainsi que la manière dont nous interagissons, échangeons et nous organisons. La souveraineté alimentaire n’est pas une série de solutions techniques immuables, ni une formule s’appliquant de la même manière à toutes sortes de situations ; il s’agit plutôt d’un « processus en action », une invitation pour que nous, les citoyen.ne.s, nous organisions et pensions ensemble à l’amélioration de nos conditions de vie et de notre société.

Le concept de souveraineté alimentaire a émané des personnes les plus menacées par les processus de consolidation de pouvoir dans les systèmes alimentaires et agricoles : les paysans et paysannes. Plutôt que d’accepter la fatalité historique, ils.elles avancent une proposition pour solutionner les crises multiples auxquelles l’humanité fait face.

La souveraineté alimentaire, c’est un changement systémique – des êtres humains qui ont une maîtrise démocratique des éléments les plus importants de leur société –, c’est la manière dont nous nourrissons, dont nous utilisons et maintenons la terre, l’eau et autres ressources environnantes pour le bien des générations présentes et futures, c’est la manière dont nous interagissons avec d’autres groupes, personnes et cultures. Ce guide vise à exposer le contexte dans lequel la souveraineté alimentaire a émergé et la manière dont elle a été développée. Il s’adresse à la fois à celles et ceux qui découvrent la souveraineté alimentaire et à celles et ceux qui tentent de l’appliquer à leurs réalités, qu’elles soient locales, régionales ou mondiales.

La souveraineté alimentaire ne peut être réduite à la sécurité alimentaire. « La souveraineté alimentaire comprend des mouvements de défense de l’agroécologie paysanne, de la justice climatique et environnementale, des droits des paysan.ne.s, de la réforme agraire, et de la dignité et des droits des migrant.e.s et travailleur.se.s salarié.e.s, des pêcheur.se.s et autres ». Il s’agit donc d’envisager « un lien intrinsèque entre l’alimentation et l’agriculture, les écosystèmes et les cultures ». Et de lutter contre l’expansion des monocultures, la destructions des agricultures locales, l’industrialisation de l’agriculture et de la distribution de l’alimentaire.

« Le droit à l’alimentation est un droit humain. Il protège le droit de tous les êtres humains de vivre dignement, sans souffrir de la faim, de l’insécurité alimentaire ou de la malnutrition »

Sont abordés dans cette petite brochure, entre autres, la place des femmes et l’égalité des sexes, les alliances et les solidarités, les piliers de la souveraineté alimentaire (priorité donnée à l’alimentation des populations, valorisation des producteurs et productrices d’aliments, établissement de systèmes locaux de production, renforce du contrôle local, construction des savoirs et des savoir-faire, travail avec la nature), les réalités de la politique agricole commune (PAC) en Europe (dont les orientations géopolitiques et mondialisées, l’industrialisation de la production, l’accaparement des parts de marchés, la surproduction de viande et de produits laitiers, la dépendance aux importations de soja génétiquement modifié pour l’alimentation animale, l’utilisation de produits chimiques), le développement dans chaque pays de programmes alimentaires adéquats « sans dumping ni ingérence extérieure », les denrées alimentaires hautement transformées, la privatisation des données génétiques, l’accaparement des terres, les menaces sur les moyens de subsistance des paysan·nes, les subventions pour soutenir l’expansion agro-alimentaire « au détriment de l’économie et du tissu local »…

Les auteur·es insistent sur les processus de prise de décision « plus démocratique, social et centré sur les citoyen·es », l’agro-écologie, « le droit de définir un système agricole et alimentaire et l’obligation de ne pas interférer dans les systèmes agricoles d’autres pays ou régions », la transformation de nos économies et sociétés, notre humanité collective…

Européan coordination Via Campesina : La souveraineté alimentaire TOUT DE SUITE !

http://www.eurovia.org/wp-content/uploads/2018/02/FR-FoodSov-A5-rev1.pdf

2018, 32 pages

Didier Epsztajn

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