Le fusil est toujours derrière notre nuque

Je ne reprends pas ici le contenu de ma note de lecture « Nous sommes les héritières et les héritiers d’un long effort pour masculiniser notre langue » écrite en 2014 lors de la première édition de ce livre. nous-sommes-les-heritieres-et-les-heritiers-dun-long-effort-pour-masculiniser-notre-langue/

Je souligne certains éléments du dernier chapitre : « Les enjeux actuels »

Eliane Viennot revient sur la violence imposée à langue française, l’énergie déployée par ceux qui voulaient que « le masculin l’emporte sur le féminin », les masculinistes et leur refus des avancées vers l’égalité, on se saurait trop insister sur l’« importance de cette entreprise de masculinisation de la langue », et l’ampleur des résistances des utilisateurs/utilisatrices.

Comme le dit justement l’autrice, la langue est aussi un terrain de guerre du savoir, « le savoir comme clé du pouvoir ». Il n’est donc ni futile ni secondaire de « batailler aussi sur le terrain du langage ». Aucun domaine de la domination des hommes sur les femmes ne peut-être considéré comme accessoire.

« Toute femme exerçant une activité doit pouvoir être nommée d’un mot féminin ». Eliane Viennot fournit des exemples, reprend des termes oubliés, discute des nominations possibles, indique que « Dans l’état d’inégalité actuel, l’usage des épicènes reconduit donc une discrimination, et l’impression que les activités en question sont naturellement faites pour les hommes, pas pour les femmes ».

Elle propose, entre autres, d’éveiller les enfants « aux multiples possibilités de la langue française », de « promouvoir la culture de la réflexion sur la langue », d’adopter l’accord de proximité lorsqu’il n’y a pas d’ambiguïté, de renouer avec l’accord des participes antéposés et de leur agent (par ex « vue ma fatigue »), de préférer l’ordre alphabétique, de rompre avec un certain élitisme masculiniste imposé à la langue, d’arrêter d’employer l’expression « droits de l’homme » avec ou non le « h » majuscule pour « droits de la personne humaine » ou « droits humains ».

Eliane Viennot regarde aussi des innovations possibles (par exemple sur les pronoms communs elles/ils/iels, celles/ceux/ciels), le toustes employé par nos ami·es belges…. Il faut donc ouvrir le chantier de la dé-masculinisation des énoncés ordinaires.

Je souligne enfin son analyse du terme « fraternité » qui continue de faire illusion. Pourquoi ne pas utiliser adelphité comme le propose Florence Montreynaud ou solidarité.

Puis viendra peut-être le temps de l’indifférence…

 

Eliane Viennot : non, le masculin ne l’emporte pas sur le féminin

petite histoire des résistance de la langue française

Editions iXe, http://www.editions-ixe.fr/, Donnemarie-Dontilly réédition augmentée 2017, 144 pages, 14 euros

Didier Epsztajn

 

De l’autrice :

L’Académie contre la langue française. Le dossier « féminisation », Ouvrage publié sous la direction d’Eliane Viennotfaire-entendre-donc-comprendre-que-les-femmes-existent/

Éliane Viennot : « Mme le président » : l’Académie persiste et signe… mollement mme-le-president-lacademie-persiste-et-signe-mollement/

En complément possible :

Florence Montreynaud : Le roi des cons. Quand la langue française fait mal aux femmes, certains-mots-donnent-du-pouvoir-dautres-en-otent/

Sous la direction de Suzanne Zaccour & Michaël Lessard : Dictionnaire critique du sexisme linguistique, le-deguisement-des-mots-et-les-mots-aiguises-pour-euphemiser-les-realites/

Dirigé par Raphaël Haddad : Manuel d’écriture inclusive. Faites progresser l’égalité femmes·hommes dans votre manière d’écrire, faites-progresser-legalite-femmes·hommes-dans-votre-maniere-decrire/

« Nous n’enseignerons plus que « le masculin l’emporte sur le féminin » » – et la Pétition, nous-nenseignerons-plus-que-le-masculin-lemporte-sur-le-feminin-et-la-petition/

Que l’Académie tienne sa langue, pas la nôtre, que-lacademie-tienne-sa-langue-pas-la-notre/

Appliquons la règle de proximité, pour que le masculin ne l’emporte plus sur le féminin ! : appliquons-la-regle-de-proximite-pour-que-le-masculin-ne-lemporte-plus-sur-le-feminin/

Katy Barasc, Michèle Causse : requiem pour il et elle se-nommer-sans-renoncer-a-sa-posture-singuliere-et-sans-pour-autant-la-figer-en-essence-normative/

3 réponses à “Le fusil est toujours derrière notre nuque

  1. Pourquoi vouloir tout sexualiser ? Ne peut-on exercer une fonction, un métier sans voir d’abord le sexe de celui qui l’exerce ?

  2. merci, Didier, pour ta remarque sur adelphité !

    Florence

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