Un cas d’école : l’hypocrisie du dogme pro proxo de cette gauche qui se prétend féministe

Amnesty International appelle à la décriminalisation des activités des proxénètes, des acheteurs et de ceux profitant de l’exploitation dans le commerce du sexe. Une telle approche est inattentive aux personnes les plus vulnérables. 

« J’aime aussi la façon dont tu les traites comme des esclaves frère, j’aime ton travail » lance un jeune père australien sur Facebook. Il envoie un message texte à Tim « Sharky » Ward, un célèbre proxénète australien vivant à Pattaya en Thaïlande.

Le très lucratif commerce du sexe de Pattaya a explosé dans les années 60 avec l’arrivée de l’armée Américaine qui fréquentait la ville pour un peu de « repos et de détente ». Le commerce se poursuit à ce jour, renforcé par une politique économique favorable et les cohortes de touristes sexuels. 

La réponse à la demande des acheteurs de sexe qui se rendent à Pattaya pour consommer des jeunes femmes est particulièrement positive grâce à l’exclusion continue des minorités et des groupes ethniques de la région des sphères régulières d’emploi.

Sharky, un proxénète résidant à Pattaya, se vante en ligne auprès de plusieurs centaines de milliers de fans qui se pressent pour visionner ses images explicites de jeunes femmes. Il partage également des histoires sur la façon dont il impose le respect et utilise la violence si les « filles » ne paient pas par exemple, il a rendu une femme inconsciente avec une « prise du sommeil » afin de récupérer son argent. Ses fans applaudissent. 

On pourrait s’attendre à ce que des proxénètes comme Sharky ne soient louangés que par les bons à rien de ce monde. Étonnamment, Sharky trouve en fait ses plus grands fans chez ceux se considérant comme progressistes. À partir de leur bastion de supporteurs soi-disant de gauche et féministes, ils réclament que les proxénètes comme Sharky soient reconnus comme des gestionnaires légitimes et des professionnels. 

Tel est le cas dans la nouvelle politique adoptée par l’une des plus célèbres organisations progressistes du monde, Amnesty International. 

Au cours des derniers jours, le débat s’est enflammé concernant l’appel d’Amnesty à la décriminalisation complète des activités des proxénètes, des acheteurs et de ceux qui profitent de l’exploitation dans le commerce du sexe. Les médias féministes australiens ont rapidement répondu avec des déclarations de soutien à Amnesty et à leurs camarades proxénètes.

Mamamia fut l’un des premiers à exposer une étude de cas justifiant pourquoi la politique d’Amnesty mérite d’être soutenue. Un autre média de gauche, Destroy the Joint emboîta ensuite le pas. Pourtant, chacun a ignoré les nombreux organismes dont les recherches et l’expérience s’opposent à la politique d’Amnesty, y compris le Parlement de l’UE, le Lobby européen des femmes, sans parler des centaines associations de terrain qui aident les personnes à l’intérieur de l’industrie du sexe et celles qui en sortent.

Le Daily Life a publié un article d’Eurydice Aroney affirmant que les opposants à Amnistie veulent « criminaliser le travail du sexe ». Cette accusation a été reprise par Rebecca Hiscock dans The Conversation. Les deux articles sont manifestement faux, étant donné que les pétitions dénonçant la politique d’Amnesty stipulaient clairement qu’elles étaient contre la criminalisation de toute personne vendant du sexe. Hiscock a présenté l’opposition à Amnesty comme une sorte de porno tragique sursimplifié qui ignore la voix de celles impliquées dans le travail du sexe, et ce faisant, lui a échappé des nuances importantes sur la question. Au contraire, une approche voulant décriminaliser tous les aspects du proxénétisme offre une réponse simpliste qui n’est ni adaptée au contexte, ni à l’écoute de la voix des personnes les plus exploitées par les proxénètes.

Dans le Daily Life, Aroney régurgite des revendications invalidées sur comment le proxénétisme et la tenue de bordel sont nécessaires à la sécurité des travailleuses du sexe, et elle soutient que toute personne en désaccord doit être trop « privilégiée, riche et blanche » pour comprendre. Je suppose néanmoins que ce sont plutôt les proxénètes privilégiés, riches et blancs comme Sharky et ses semblables qui comprennent le mieux ce commerce.

Malheureusement, Aroney échoue à suivre ses propres conseils : au lieu de consulter les associations de terrain qui s’occupent des femmes marginalisées, elle cite plutôt une femme qui affirme « Je n’ai jamais rencontré un proxénète, je n’ai jamais été sous la contrainte. Si quelqu’un essaie de me dire quoi faire, je lui dis d’aller se faire voir ailleurs ».

Bien qu’il soit certainement important que les femmes exerçant un libre choix dans le commerce du sexe aient accès à une plate-forme dans les médias australiens, Aroney reproduit la même approche aveugle et ignorante qu’elle condamne elle-même : Où sont les voix des femmes ayant moins de choix ou n’ayant pas de choix du tout ? Esohe Aghatise travaille avec des femmes nigérianes trafiquées. Elle fait remarquer : 

« La grande majorité des femmes entrent dans l’industrie du sexe par absence de véritables choix. Nombreuses sont des enfants ou étaient des enfants lorsqu’elles ont soi-disant consenti à y entrer… La légalisation de l’industrie du sexe a échoué spectaculairement où elle a été introduite. En Allemagne et aux Pays-Bas, la violence et la traite ont énormément augmenté. Les deux pays tentent maintenant de revenir à leurs politiques antérieures. »

Le Daily Life a lhabitude de se dire féministe, tout en ignorant délibérément les femmes ayant le moins de possibilités de s’exprimer. Par exemple, dans un article récent intitulé « Est-ce que limiter la publicité pour adultes permet de mettre fin au trafic sexuel ? » (Would intervening with adult advertising actually stop sex trafficking?), Clementine Ford examine Backpage.com, un marché en ligne qui a interdit les paiements pour du sexe en raison du grand nombre de jeunes filles ayant été trafiquées sur leur site. Chose remarquable, toutefois, Ford parvient à éviter la question du trafic sexuel et de qui en est le plus profondément affecté. Sans aucune considération pour l’un des groupes les plus maltraités et vulnérables, Ford cite exclusivement des femmes qui ont choisi librement l’industrie du sexe et qui s’inquiètent de l’incidence sur leurs revenus de l’interdiction des paiements sur Backpage.com. 

Le besoin d’accès à un revenu régulier est la logique apparente derrière la promotion de l’industrie du sexe. Pourtant, cette logique n’est appliquée à aucune autre industrie sur terre. Il y a des appels pour mettre fin aux usines de charbon et aux chaînes d’approvisionnement mondiales – « détruire l’état » était même un sujet exploré lors de la récente conférence féministe All About Women. Peu d’inquiétudes sont exprimées pour les travailleurs d’aucune de ces industries. Évidemment contre le libre-échange, et pourtant étrangement pro-commerce du sexe, la gauche féministe cherche à saper les industries capitalistes, à l’exception de l’industrie responsable des violations des droits humains les plus graves sur la terre, et ce, tout en déclarant fièrement sa bonne foi morale irréprochable.

La défense habituelle pour cette position hypocrite repose sur l’idée que « toute exploitation est mauvaise, l’exploitation sexuelle n’étant pas différente ». Cela fait écho à la version plus explicitement socialiste « tout travail est une forme d’exploitation sous le capitalisme, le travail impliquant le sexe n’étant pas différent ». Amnesty Internationale s’appuie sur cette notion pour expliquer que toutes les formes d’exploitation du travail sont mauvaises de manière égale. Pourtant, il n’est pas nécessaire d’être un thérapeute traumatologue ou un avocat pénaliste pour savoir que les crimes sexuels sont traités différemment des infractions non sexuelles pour de bonnes raisons. Il y a un monde de différences entre le fait d’être obligée de laver la vaisselle contre sa volonté et le fait d’être forcée à avoir des relations sexuelles contre son gré, généralement pendant des années ou des décennies.

Amnesty et ses supporteurs dans les médias féministes australiens font valoir qu’il existe suffisamment de lois pour faire face à l’exploitation sexuelle et à la traite, y compris l’abus sexuel des enfants. Ils affirment aussi que toute les formes de prostitution n’impliquent pas le trafic sexuel.

Or, tout trafic sexuel aboutit à de la prostitution et tout développement de l’industrie influe sur le phénomène de la traite. Les recherches menées dans divers États européens, y compris par la très libérale London School of Economics, ont montré que toute légalisation du commerce du sexe augmente de manière significative les flux de trafics sexuels. Une étude internationale sur les acheteurs de sexe masculin a constaté que le quart d’entre eux préféraient les femmes de moins de 18 ans, avec une préférence mondiale pour les jeunes femmes (à lire ici.) Cela se constate dans les données thaïlandaises démontrant que l’industrie du sexe implique environ 40% d’enfants. Une recherche montre que plus de la moitié des femmes dans l’industrie du sexe de Sydney sont d’outre-mer et beaucoup ne comprennent pas l’anglais.

Les médias « féministes » australiens négligent non seulement un grand nombre de ces questions, mais répriment efficacement les parcours de ces femmes en se concentrant seulement sur les Australiennes entrées dans l’industrie « de leur propre gré ».

Bien que les causes et les solutions à l’exploitation sexuelle soient complexes et variées, la gauche féministe en Australie et ailleurs laisse peu de place à toute perspective autre que la sienne, c’est-à-dire une position privilégiée et naïve, qu’elle méprise tant par ailleurs, l’embrassant de façon acharnée dans une égale mesure. Après tout, l’auteur qui prétend avoir rédigé la politique pro-proxénètes d’Amnesty n’est autre que Douglas Fox, un proxénète ayant des intérêts directs dans les bordels du Royaume-Uni. L’approbation des exploiteurs sexuels se veut maintenant du ressort des progressistes dits féministes ! On trouve parfois des amis dans les endroits les plus étranges, n’est-ce pas Sharky ?

Laura McNally

Laura McNally est psychologue, chercheuse, autrice et candidate au doctorat. Sa recherche doctorale porte sur les implications politiques et sociales de la responsabilité sociale globale des entreprises. Elle est présidente de la branche australienne de Endangered Bodies et elle fournit un commentaire social sur les questions liées à l’inégalité entre les sexes. Vous pouvez l’écouter en conversation avec Waleed Aly et Scott Stephens demain à l’émission The Minefield sur RN.

son site internet : https://lauramcnally.com/

La suivre sur Twitter : https://twitter.com/LauraGeneM

TRADUCTION : B. pour le Collectif Ressources Prostitution

https://ressourcesprostitution.wordpress.com/2017/12/30/cette-gauche-soit-disant-feministe-qui-defend-les-proxos/

De l’autrice :

Pornographie, violence et appropriation sexuelle : une réalité indicible, pornographie-violence-et-appropriation-sexuelle-une-realite-indicible/

Votre porno est féministe… Et alors ?, votre-porno-est-feministe-et-alors/

Pourquoi des féministes ignorent-elles les femmes exploitées sexuellement ?, pourquoi-des-feministes-ignorent-elles-les-femmes-exploitees-sexuellement/

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.