Apparition et diversification des migrations transnationales : 1980-2015

La mondialisation par le bas en Europe et ses formes migratoires ethniques et cosmopolite.

La fin des Trente Glorieuses, à l’orée des années 1980, est riche en analyses des deux types de migrations internationales dominantes. Celle, accompagnant l’ère industrielle depuis la seconde moitié du XIXème, captatrice de la mobilisation de la force de travail internationale, d’abord européenne puis coloniale, qui conduit des individus regroupés par bassins d’emploi à parcourir les voies de l’intégration républicaine (Noiriel 1988) ; celle de l’accueil de collectifs identitaires chassés de leurs nations par la guerre, la répression, qui négocieront, dès la Révolution française, leur intégration républicaine individuelle et collective (Schnapper, 1980, 1994, 2006) : il s’agit des diasporas, israélite tout au long du XIXème puis, après les lois sur la laïcité, arménienne, russe blanche, espagnole de la retirada, etc..

Ces années 1980, de claire définition des migrations, sont aussi celles de la mise en évidence de l’hybridation des deux formes dominantes, particulièrement par la spécificité des « mobilisés coloniaux », Algériens de l’après indépendance surtout (Stora 1992) et de leurs enfants les « beurs » (Boubeker, 1982,2003). La sociologie de la domination explore alors la reproduction de la non intégration républicaine des descendants de la mobilisation de la force de travail coloniale (Sayad, 1977, 1999) engendrant les analyses postcoloniales et postfordistes des années 2000 (Bancel, Blanchard, Boubeker et alii, 2010).

Ainsi initié, le débat porté par les milieux scientifiques et politiques français fouillera dans les ressources constitutionnelles (Wahnich 1997, Weil, 1995), dans les évolutions de l’économie nationale et dans l’histoire des dominations coloniales la compréhension des situations migratoires contemporaines.

L’appel à mobilisation pour les « orphelins de la République », deuxième génération des « pères disparus », engage la communauté nationale à tenter de comprendre et de résoudre ce qui apparaît comme un dysfonctionnement majeur du processus républicain d’intégration intergénérationnelle de l’étranger. Dans ce contexte l’apparition publique d’une forme migratoire nouvelle, à l’initiative de ces pères soi-disant disparus, dimensionnée sur une internationalisation européenne des circulations de biens et de personnes, n’est pas perçue : des quartiers centre-urbains en déshérence, à Marseille, Turin, Lyon, Strasbourg, Bruxelles, concentrent en effet, à partir de ces mêmes années 1980, de vastes emplacements commerciaux réservés aux populations des anciennes colonies, notamment maghrébines et turques, tels des comptoirs commerciaux coloniaux à rebours (Raulin, 2000) .

Voir et décrire les manifestations marchandes, mobiles et sédentaires, d’une « mondialisation par le bas » naissante : 1985-1995.

J’eus l’opportunité d’enquêter, en 1985 et 1986, sur celui de Marseille (Tarrius 1987, 1995), animé dans le quartier historique central en déshérence de Belsunce, par plus de 5 000 Maghrébins, surtout Algériens. Ces commerçants, rabatteurs, livreurs, accompagnateurs, étaient les « pères disparus » qui, laissés pour compte des évolutions économiques nationales dès les années 1970, développaient des initiatives à partir de leur dispersion européenne et donc de leurs connaissances des ressources et des mobilités pour y accéder. L’espace métropolitain marseillais et son arrière-pays régional offraient les effectifs commerciaux pour les 350 boutiques, le Maghreb jusqu’à 700 000 clients annuels1. L’Italie fournissait à partir du dispositif industriel piémontais des pièces de voiture contrefaites, passées par des Sénégalais et des Maliens, les Turcs d’Allemagne apportaient l’électroménager, les Marocains de Bruxelles et de Rotterdam les étoffes et les tapis industriels, les Polonais des contrefaçons de cassettes audio-visuelles…

Ainsi, désormais, l’approche des circulations européennes des anciens ou nouveaux migrants coloniaux relevait plus des problématiques des mobilités que des approches immigratoires/émigratoires2. L’approche marxiste des migrations par la mobilisation de la force de travail internationale cédait le pas à la non moins marxiste approche par le fétichisme de la marchandise en mondialisation libérale avancée.

L’existence de ce vaste dispositif « souterrain », autoproduit donc par les immigrants coloniaux, et substitut aux difficultés d’importation de l’Algérie, m’imposa la nécessité de construire des notions à même de le voir, de le décrire, de le comprendre. Je proposai d’abord celle, sociologique, de paradigme de la mobilité (Tarrius, 1989), conjuguant trois niveaux des espace-temps porteurs des initiatives à partir des mobilités liées aux rythmes sociaux de voisinage, puis des mobilités résidentielles à l’échelle d’un segment d’histoire de vie, et enfin des circulations migratoires vues comme mobilités transnationales : de préférence à l’analyse usuelle des juxtapositions des seuls lieux supports d’étapes – « leurs lieux, nos problèmes », selon la critique formulée dès 1974 par Michel Marié -, je reconstituai les continuités des temps sociaux, celles-là même développées méthodologiquement dans l’approche multi scalaire des situations d’interactions liées à leurs contextes sociétaux (Goffman 1983, Winkin 1988), de la transaction de marché au nomadisme migratoire transnational (Glick Schiller, 1994). Les approches de sociétés par les mobilités de leurs membres, théories développées par Georges Gurwitch (1950), Pierre Bourdieu (1963), William Grossin (1974) me permirent d’inscrire une dimension théorique structurante de mes travaux dans une lignée pluri décennale de la recherche sociologique française, en même temps qu’une pratique empirique pragmatique, méthodologie interactionniste dans la mouvance de l’Ecole de Chicago (Tripier, in Thomas et Znaniecki 1998, Goffman 1983) . L’ethnographie dynamique que je développais ainsi me permit d’identifier les liens entre mouvements et ancrages de ces nouveaux acteurs des migrations internationales que je désignais alors comme nomades.

Belsunce, dans son rôle de place marchande internationale, évolua rapidement, sous l’influence d’une part de la grande migration marocaine des années 19903, et d’autre part du repli algérien consécutif aux troubles de la guerre civile larvée. De multiples implantations commerciales en réseau apparurent le long des parcours transnationaux des Marocains, d’Algésiras à Barcelone, Turin, Lyon, Strasbourg, Bruxelles ; à Marseille quelques commerçants d’origine algérienne rejoignirent des marchés péri-urbains locaux ou encore accompagnèrent les Marocains jusqu’à Alicante afin de rejoindre les marchés algériens à partir d’Oran (Tarrius 2000a, 2002).

Cette première notion méthodologique et théorique impliqua celle de territoire circulatoire que je mis en œuvre à partir de 1990 (Tarrius 1992,1993). Echappant aux régulations étatiques, les multiples interactions sociales, affectives et économiques entre commerçants nomades, entre eux et les populations immigrées sédentaires de mêmes origines suggéraient un maillage territorial original support aux routes et réseaux des circulations migratoires européennes : une sorte de société transnationale marocaine avec ses régulations spécifiques, débordant toujours celles des nations traversées par ses fonctions unificatrices des dispersions migratoires précédentes, ses capacités d’accompagnement, d’installation, d’absorption, de relocalisation (fonctions « buvard ») de populations marocaines et de leurs proches. L’expansion des mobilités transnationales et leur incessante production d’interactions économiques et indissociablement affectives et sociales signifiait à chaque Marocain concerné par les échanges constitutifs des territoires circulatoires les nouvelles frontières de sa présence en Europe4. A la façon dont Alain Girard (1965) décrivait dès les années 1960 un territoire portugais, non vu, amnésié par les acteurs nationaux, superposé à la Région parisienne. La réalité même de vastes superpositions de populations aux références et aux usages locaux et internationaux différents sur un espace commun avait été décrite par Maurice Halbwachs (1941) dans son admirable enquête Topographie légendaire des Evangiles en Terre Sainte.

En 1989 et 1990 j’étendis mes investigations aux cadres internationaux circulants entre Londres (New Docklands), Paris, Bruxelles et Milan, afin de vérifier si des attributs typologiques que je prêtais aux nouveaux migrants internationaux marocains étaient partagés par toutes les populations mobilisées par la mondialisation des économies, souterraine comme officielle. En fait, et pour le dire brièvement, la circulation des élites professionnelles est entièrement soumise aux rationalités de grandes entreprises : avion, train, hôtels, loisirs, immeubles professionnels, sont autant de dispositifs rationnellement exploités qui déploient les seules interactions sociales archétypées dans les rituels des rapports de travail des cadres internationaux. Dans les Docklands réaménagées sous l’autorité de Madame Thatcher, les coprésences entre populations étaient lisibles en termes d’instauration de nouveaux rapports de domination entre anciens occupants immigrants irlandais pauvres, et nouveaux venus par débordement des grandes entreprises de la City. Les connexions transnationales entre ces derniers et leurs homologues de La Défense, de Milan et de Bruxelles n’avaient rien à voir avec les territoires circulatoires et leurs porosités entre circulations et ancrages. Il y avait bien deux modèles de mondialisation, celui de l’officialité et « l’autre », souterrain, « par le bas » : dans le premier les rapports sociaux organisés en liens faibles s’encastraient dans les schèmes d’entreprises multinationales (Granovetter 2000), dans le second l’organisation des mobilités et de leurs étapes était afférente aux rapports sociaux et affectifs de proximité, aux liens forts. Plusieurs notions, notamment celles de réseau, d’initiatives, prenaient des sens différents selon que l’on approchait les formes sociales de l’une ou l’autre des mondialisations.

L’histoire des territoires circulatoires européens « entre pauvres » de 1990 aux années 2000 : de l’ethnique au cosmopolite.

J’identifiai, dans les années 1990, l’originalité du territoire circulatoire trans-européen marocain, fort, dès 1994, de plus de 120 000 circulants pour des tournées commerciales de chez soi à chez soi, par l’Andalousie, le Piémont italien, Lyon, Strasbourg et Bruxelles, ses innombrables créations de commerces, d’associations culturelles et cultuelles, le long de ses routes et donc sa mise en relation de plusieurs centaines de milliers de Marocains précédemment dispersés par l’assignation à lieux de la mobilisation coloniale (Tarrius, Missaoui, 1995). Ces routes, ramifications d’un vaste réseau trans-européen, drainaient, outre les nomades des commerces souterrains, des immigrants marocains sédentaires pour la recherche familiale d’emplois, pour une nouvelle implantation migratoire et bien souvent pour d’originales collaborations cosmopolites (Battegay 2003) entre diverses composantes des populations mobilisées par les « trente glorieuses ». Ce territoire des proximités entre personnes et leurs multiples interactions réalise donc autant une fonction de facilitation des mobilités qu’une « fonction buvard » d’absorption et de fixation de populations. En relation avec l’apparition d’autres territoires circulatoires transnationaux les voies marocaines réalisent une concrétisation ouest-européenne d’un système mondial des économies souterraines (Tarrius, Missaoui 1995) qui sont apparues sur un mode proche sur tous les continents (Alioua, 2005, Bensaad 2006, Flores Sara Maria Lara 2012, Ma Mung 2005, Odden Gunhil 2013, Pellerin, Gabriel 2008, Pliez 2019, Yèpez, Gioconda 2008), souvent à partir du support de réseaux religieux (Bava 2003, Berriane J 2015, Demart 2013).

Un phénomène semblable, de construction d’un territoire circulatoire, s’était produit dès les années 1980, à l’initiative des migrants Turcs, en Autriche, en Allemagne et en Belgique, produisant des collaborations avec des Marocains à Bruxelles (Martiniello 1993) et Strasbourg (de Tapia 1994). Par contre la Bulgarie, la Macédoine, la Serbie, Républiques populaires dans les décennies 50 à 80, ne permirent pas aux Turcs de passage de déployer en continuité spatiale et sociale un territoire circulatoire à l’identique des Marocains à l’ouest, alors même que l’antériorité Ottomane avait laissé de fortes traces dans ces nations (Derens 2008).

Enfin, depuis les années 2000, jusqu’à aujourd’hui, c’est un troisième discret et original territoire circulatoire euro-méditerranéen que j’étudie : cosmopolite, mêlant des riverains de la Mer Noire, des Moyen Orientaux et des populations Balkaniques il est vecteur de la distribution de produits électroniques d’entrée de gamme des transnationales industrielles du Sud Est Asiatique par les Emirats du Golfe Persique. Il supporte des réseaux de commercialisation5 à bas prix pour des populations pauvres et, souvent, immigrées : économie souterraine mondiale du poor to poor. ou par les pauvres pour les pauvres. Il s’agit d’un axe majeur d’une mondialisation des économies souterraines (Tarrius, Missaoui 1995) ou d’une mondialisation par le bas (Portes 1999, Tarrius 2002), « rêvée » par les entrepreneurs des majors transnationales du Sud Est Asiatique et réalisée par les migrants pauvres en tournées européennes de chez eux à chez eux. Elle est cosmopolite (Tarrius, Missaoui, 2000-b) et draine, outre les migrants commerciaux, de nombreux clandestins, surtout en zones frontalières nationales (Agier 2013), de telle sorte que les témoins sédentaires des flux de populations commerçantes transmigrantes, à Sofia, Tetovo, Podgorica, Shkodra, Bari ou Turin, comme en écho aux marchés du XVI et XVIIème siècle, décrits par Braudel (1949), ne la désignent jamais par un qualificatif identitaire, à la différence des territoires circulatoires Marocains ou Turcs. Les voies balkaniques de la Mer Noire à la Mer Adriatique (Derens 2008) sont désignées comme « routes des Sultans » puis celles d’Italie, de France, d’Espagne et de Belgique comme « routes en pointillés », reliant les quartiers urbains ségrégés des villes traversées, généralement peuplés d’immigrés maghrébins.

Ces cosmopolitismes d’accompagnement, de partage des activités militantes et marchandes, de métissages résultant des proximités affectives entre circulants, entre eux et les sédentaires (Qacha 2013), produisent une multitude d’interactions, de sorte que la fonction d’absorption, d’agrégation, de ce territoire transnational s’exerce, comme nous allons le voir, à l’avantage des actuels exilés moyen-orientaux.

Le triangle européen des trois territoires circulatoires suggère un « système migratoire mondial » (Simon, 2008) connecté aux mouvements mondiaux de populations6, à condition d’y adjoindre l’originale migration transnationale chinoise (Guillon, Taboada-Leonetti 1986) hybride de diaspora et de mobilisation internationale au regard des critères classificatoires évoqués. Enfin il faut signaler la multiplication d’initiatives collectives originales périphériques aux trois territoires circulatoires, des femmes Marocaines (Arab 2009) et Roumaines (Potot 2005). Et encore, à partir des années 2000, l’amplification des circulations résultant des usages des Techniques Informatiques de Communication (Diminescu, 2005).

Les territoires circulatoires ‘Turc’ et ‘méditerranéen cosmopolite’ comme voies de l’exode moyen-oriental actuel.

Les territoires circulatoires européens, ethniques pour le marocain et le turc, cosmopolite pour le nord méditerranéen transversal ont, chacun, accueilli de façon singulière les exodes moyen-orientaux contemporains le long de leurs routes. Le plus grand désordre, lié aux circulations massives, concerne les itinéraires remontants par la Grèce, la Macédoine, la Serbie et la Hongrie, nations ignorées dans la constitution du territoire circulatoire turc7. Le marocain est peu sollicité par les exodes actuels, et l’euro-méditerranéen cosmopolite exerce, dans la discrétion, cette fonction d’absorption d’environ 20% des réfugiés en exode depuis la Syrie et l’Afghanistan comme en témoignera le cas des 48 exilés rapporté plus avant.

L’originalité de ce territoire circulatoire tient dans l’histoire sociale et politique contemporaine des nations balkaniques qui l’hébergent. La Syrie, pays frère de la Bulgarie du temps du COMECOM, envoyait à Sofia, de préférence à la lointaine Moscou, des étudiants pour des formations scientifiques et des spécialisations médicales et pharmaceutiques. Il s’agissait souvent de jeunes des milieux politiques et commerçants de Damas et d’Alep qui, dans les premières années 1990, après la chute du régime socialiste, implantèrent à Sofia et dans les villes bulgares plusieurs milliers d’entreprises artisanales et commerciales. Outre une présence importante dans le réseau national des pharmacies, des commerces de bijoux liés aux grands bazars syriens, de vêtements des usines de confection de Damas et d’Alep, d’électronique importée des Emirats, les Syriens peuplèrent un quartier central de la capitale. De là, ils contribuèrent fortement à la définition du territoire circulatoire cosmopolite euro-méditerranéen qui drainait, à partir des ports de Burgas et Varna, les transmigrants commerçants ukrainiens, russes, géorgiens et moyen-orientaux, surtout afghans8. Laissées en déshérence par le régime socialiste, qui construisait les grands immeubles sociaux modernes des périphéries, les maisons populaires des années 1930 de ce quartier furent rénovées par les entrepreneurs syriens pour abriter commerces et ateliers, et loger leurs propriétaires. C’est là que trouvèrent refuge des familles bulgares chassées de leurs logements en périphérie par les spéculateurs dans les années 2000 (Tarrius 2006, 2007). C’est dire que la construction sociale de l’étranger, de l’immigré Arabe, fut toute autre que celle prévalant en Europe de l’Ouest : elle est en quelque sorte inversée. Cette figure (Grafmeyer, Joseph, 1983) positive de l’étranger Arabe fut renforcée par le rejet des migrants Géorgiens9 qui servirent d’hommes de main aux milieux criminels bulgares s’accaparant des logements sociaux les plus récents des périphéries de Sofia.

Des familles d’Alep, de Damas et d’autres villes syriennes liées à celles installées à Sofia, Plovdiv, Sliven, …, retrouvèrent lors de l’exode actuel leurs proches, implantés, qui facilitèrent l’accès à la « voie discrète » du poor to poor vers l’Europe de l’Ouest10. De la même façon les Afghans suggérèrent cette image positive de l’étranger Arabe11 lors de la guerre du Kosovo : très tôt dans les années 2000 ils rejoignirent les albanophones de Macédoine, à Tetovo, et d’Albanie dans leur lutte contre les Serbes, épaulés par l’aide et la sympathie des Bulgares. Quant à eux, les Albanais entretenaient un courant migratoire historique avec l’Italie et participaient au déploiement du territoire circulatoire cosmopolite précité. La route était tracée pour des circulations discrètes des exodes moyen-orientaux, surtout syriens et afghans, agrégés aux circulants du poor to poor, récents inventeurs de cette topique transnationale. Le territoire circulatoire cosmopolite euro-méditerranéen exerçait intensément sa fonction « buvard ».…

Les cosmopolitismes multiples, dont le ciment faisant lien commun est, avant les religions et les nationalités, la pauvreté des clients comme des circulants, caractéristiques de ce territoire circulatoire offrent par ailleurs des opportunités aux milieux criminels russes-turcs et italiens, en mutation d’organisations de type familiales12 vers des contours entrepreneuriaux transnationaux assistés d’employés Géorgiens et Albanais, les mercenaires, disent les migrants pour s’en différencier, pour déployer leurs activités des pourtours de la Mer Noire vers le Levant espagnol (Tarrius 2015-a) : la mondialisation par le bas, du poor to poor, héberge ici un segment de la mondialisation criminelle. La Mer Noire et les frontières albano-italienne et franco-espagnole déploient des moral areas, sur le mode de celles définies par Robert Ezra Park à Chicago (Park 1955), qui facilitent les trafics de femmes et de drogues en instituant des porosités transfrontalières (Bernet, Tarrius 2014). D’importants revenus des trafics illicites d’héroïne et de morphine sont « blanchis » lors des achats massifs de produits du SEA, hors taxes et hors contingentement, dans les Emirats : les pertes admises pour le blanchiment de ces sommes sont environ de 30%, permettant autant de bénéfices aux plus habiles circulants du poor to poor . Ironiquement l’un d’entre eux, ingénieur agronome Baloutche à Mechhed (Iran), a créé le concept de « moins-value positive » …positive car, en cas de vente à taux pleins, 10% sont envoyés aux familles ou permettent des baisses supplémentaires de prix, 10% sont consacrés aux frais de voyage et 10% encore à des corruptions aux frontières (achats de visas touristiques notamment).

En guise de conclusion. Un récit d’exode syrien par le territoire circulatoire cosmopolite euro-méditerranéen.

Des enquêtes menées en juillet et septembre 2016 grâce à des étudiants doctoraux en stage méthodologique à Sofia, Durres, Bari et Turin, nous permettent une première évaluation approximative des réfugiés Syriens et Afghans de passage par le territoire circulatoire euro-méditerranéen : 210 000 entrées en 2015 par les ports bulgares, 80 000 sédentarisés en remplacement de travailleurs détachés bulgares en Europe de l’Ouest, et en collaboration avec des Syriens déjà sédentarisés en Bulgarie. 130 000 sorties pour la traversée est-ouest de la Macédoine, 70 000 réfugiés se sédentarisent dans les zones albanophones balkaniques ; puis 40 000 des 60 000 réfugiés passés en Italie se sédentarisent dans les Pouilles, les Abruzzes et le Piémont : le territoire circulatoire jouait intensément son rôle de « buvard ». Les 20 000 restants rejoignirent le territoire circulatoire marocain, dont 5 000 vers le sud et 15 000 vers les nations nordiques européennes ( environ 3000 vers Calais, par Paris).

Nous avons suivi13 31 Syriens d’Alep agrégés à 17 Kurdes syriens fuyant Deir ez Zor, grâce à la description de leur exode faite par Khalid, 53 ans, fédérateur de ce groupe de voisins et de parents. Un vieil autocar, acquis à Van pour 3 500 € et garé à Mardin, en Turquie, près de la frontière, les conduisit jusqu’à Erzurum, où les Kurdes s’arrêtèrent, puis pour les 31 exilés restants, Trabzon où le bus fut revendu pour 2 000 € à une famille syrienne d’Alep immigrée dans cette ville depuis les années 1990. L’intérieur du véhicule fut immédiatement réaménagé : l’avant avec dix places pour des voyageurs, l’arrière en bétaillère à moutons. Khalid, interprète du groupe familial de ses 30 compagnons d’exil restant nous expliqua, lors d’une longue rencontre à Bari14 :

« Les 31, nous venions de la banlieue d’Alep et les 17 Kurdes de Deir ez Zor ; nous nous sommes regroupés près de la frontière : ils nous ont proposé de partager la première étape en achetant ensemble l’autocar. Jusqu’à Trabzon tout s’est déroulé comme prévu. Nos amis Kurdes étaient attendus par des parents d’Erzurum : dès que les 17 sont arrivés dans le bus qui avait été acheté à Van et mis en attente à Mardin, cinq hommes ont commencé dans les champs et l’élevage, un sixième est aide-garagiste, celui qui a retapé l’autocar et, avec son permis de conduire les bus, nous a tous amenés ensuite à Trabzon. Il y avait trois femmes et leurs six enfants, et un couple âgé. Ils ont payé leur quotte part de l’achat du bus, soit 73 euros par personne mais, comme ils étaient tout de suite logés et embauchés à Erzurum, ils ont renoncé à leur part de la revente. Nous avons eu à Trabzon soixante-quatre euros chacun de la revente du bus ; donc cette grande partie du voyage, la traversée de la Turquie, nous revenait à 9 euros. Pour le gazole, c’est insignifiant : nous avions quatre bidons de vente « par côté 15» : en tout moins de deux euros par personne (…). »

Le séjour fut bref dans ce port turc de la Mer Noire. Un jeune de 19 ans trouva une embauche dans le « marché russe » du bord de mer où arrivent tous les produits en plastiques et tissus synthétiques en provenance des républiques russes caucasiennes revendus en Turquie à très bas prix. Les trente Syriens restants, quatre couples, dont celui de Khalid, et leurs sept enfants, cinq garçons et deux filles, puis neuf hommes de 19 à 30 ans, quatre jeunes femmes de 18 à 23 ans et deux « grands parents » de plus de soixante-cinq ans, s’embarquèrent sur un cargo mixte pour Burgas, port bulgare. Les neuf jeunes hommes travaillèrent, requis pour un nettoyage intense du bateau, à bord pour ce voyage de quatre jours lors d’une escale au port turc de Zonguldak, Khalid dit, à propos du jeune demeuré à Trabzon :

« Il a eu raison. Il se sentait bien chez les Turcs qui le ménageaient grâce à son travail. Et puis il parlait arabe, turc et le bon anglais. A Trabzon tu rencontrais dans les cafés et sur les places, des Kurdes, des Arméniens, des gens d’Europe de l’Est, des Italiens, et à la gare routière des bonnes sœurs françaises du monastère Ste Marie, au-dessus du tunnel du port, qui logeaient plein d’exilés qu’elles envoyaient au travail des noisetiers ; et puis d’être employé le jour par les Russes ça lui donnait de l’indépendance et de l’assurance. Les autres, les trente, nous avions l’espoir de retrouver des proches à Sofia : deux d’entre nous avaient passé pendant des années des marchandises pour les commerces syriens en Bulgarie. Sofia était notre destination… on le croyait.»

Le débarquement à Burgas ne pose pas de problème, des Syriens de Sofia, apparentés, ayant fourni des certificats d’hébergement. Il fallait éviter le « camp d’internement ‘américain-européen’ » près de ce port où allaient plutôt des Tchétchènes et des Géorgiens des territoires contrôlés par les Russes.

« A Sofia, on a été reçus par des familles de Syriens mais pas chez nos parents, qui étaient déjà pleins : tout était en « flux tendus », comme ils disaient. Il en arrivait des centaines comme nous certains jours. Ils étaient organisés pour nous héberger, nous conseiller et nous faire partir, pour en accueillir d’autres. Mais nous avons été très déçus pendant deux jours. On pensait s’arrêter au moins quelques mois, puisque les zones de danger étaient franchies. Ils nous ont dit qu’il n’y avait pas de travail : pas de métiers d’Alep ici et que les emplois dans les troupeaux de moutons étaient déjà occupés par des Kurdes proches d’habitants musulmans ; ceux qui pouvaient rester en Bulgarie devaient remplacer des travailleurs bulgares qui partaient à l’Ouest pour de meilleurs salaires. Alors il y a un jeune couple de notre groupe, avec deux petits enfants qui a pu rester ; les autres nous n’avions pas les bonnes formations. Lui était dentiste, diplômé de Damas, et elle faisait son secrétariat. Ils ont réussi à garder avec eux la sœur de l’épouse pour s’occuper des enfants. Nous étions donc vingt-cinq à reprendre la route. Ils nous conseillaient deux régions en Italie, les Pouilles et le Piémont. Ils nous ont fourni gratuitement des papiers pour circuler en Europe pendant six mois. Mais nous étions contents pour tous ceux qui s’étaient arrêtés en cours de route : déjà vingt-trois. Il fallait partir sans attendre : si les routes vers l’Italie étaient envahies par le flot qui passait par la Grèce vers l’Allemagne nous serions bloqués. Les Hongrois avaient déjà fermé les frontières.»

A l’aube du quatrième jour deux camions d’une société de Plovdiv, qui allaient acheter des moutons et des légumes au Kosovo chargèrent les vingt-cinq Syriens sous la bâche. Ils étaient à l’ombre et à l’abri et, la première matinée, quand ils traversèrent Skopje pour aller à Tetovo, dans la zone albanophone de Macédoine, ils se cachèrent en fermant la bâche arrière afin de ne pas être vus par les réfugiés sur la route turque d’Allemagne par la Grèce, la Macédoine et la Serbie.

« Nous avions la chance d’avoir pris les « routes des familles », celles des Syriens voisins ou parents qui avaient fait la migration depuis longtemps et donc qui nous aidaient. A partir de Tetovo nous avons fait la route avec seize Afghans en fuite comme nous. Nous nous sentions proches car nous, les Syriens, avons toujours soutenu les combats des Afghans, pas des Talibans, des autres, ceux qui fuyaient. Nous sommes allés à Prizren, au Kosovo, proche de Tetovo mais par une route de montagne dangereuse. Dans cette ville, les Kosovars et des Afghans installés depuis les années 2000, nous accueillirent avec amitié. Tous les Afghans restèrent : il était prévu qu’ils travailleraient, contre nourriture et hébergement, dans les élevages de chevaux et de moutons, en attendant mieux. Nous tous, les Syriens, nous avons aidé des fermiers dans les derniers traitements des cynorhodons (gratte-culs) pendant trois jours, avec les femmes, contre la nourriture et l’abri de grandes granges. Les Kosovars font une confiture très recherchée. Nous attendions des camions Albanais qui venaient effectuer des livraisons depuis Shkodra et repartaient presque à vide, avec quelques cartons de pots de confiture et quatre ou cinq agneaux. Le premier camion est parti avec un jeune couple et leurs trois enfants, et trois jeunes célibataires. Le lendemain soir les dix-sept restants, nous nous sommes entassés à l’arrière d’un camion non bâché. C’est le moment où la femme du fermier, celle qui organisait le travail, est venue, a désigné deux jeunes célibataires qui avaient bien travaillé et leur a proposé de rester. C’était imprévu : embrassades et larmes, surtout d’une jeune femme. La fermière qui voyait tout lui dit « tu peux rester avec ton ami, je te trouverai du travail ». C’est comme ça que le nouveau couple a été officialisé, sans fête, sans musique, sans parents. Ce que nous ne pouvions voir sans nos coutumes était évident pour cette femme étrangère. Nous mesurions à nouveau notre misère. Donc nous sommes partis de Prizren à quatorze. »

A Shkodra, le surlendemain, le groupe est attendu par un jeune célibataire du premier camion. Il dit à Khalid que le jeune couple, ses trois enfants et les deux autres jeunes hommes sont partis en urgence au sud du lac de Shkodra pour remplacer, dans les usines de conditionnement de poissons, des Albanais qui partaient en Italie.

« Nous ne les verrions même pas car pour nous une occasion de passage en Italie par Durrës se présentait le lendemain. Il fallait partir immédiatement. C’est une de mes filles qui était partie avec son mari et mes trois petits enfants pour les pêcheries. Plus encore qu’à Prizren, nous avons tous ressenti notre abandon, notre solitude, notre profonde misère dans cette fuite. Et si, au bout du voyage il ne restait, abandonnés, que nos vieux parents qui se mourraient d’anxiété. Enfin, nous avions les adresses des uns et des autres : il serait toujours temps de renouer. Bien nous valut d’accepter le destin. A Durrës, dans le fatras des casemates des transitaires, le jeune laissé chez les commerçants russes de Trabzon nous attendait. Il avait travaillé huit jours pour les Russes et connu les marins des bateaux de croisière de la Mer Noire, qui font aussi les allers-retours de Durrës à Bari et à Brindisi. Il faut dire que tous ceux que nous laissons en route ont mon numéro de portable. Il lit, écrit et parle l’arabe, bien sûr, mais aussi se débrouille bien en bon anglais, pas en broken des Pakistanais ou des Afghans. Il a été embauché car il y a beaucoup d’Arabes qui passent depuis Durrës : il est interprète à l’entrée des bateaux et dans les cabanes des vendeurs de billets. Il connait déjà toutes les astuces et nous a bien arrangés, avec l’aide d’autres Arabes amis depuis longtemps. Demain nous allons avec lui à Brindisi : là-bas il y a beaucoup d’amis Albanais, et encore de la place pour nous. Il me restait mes deux fils maçons, et moi aussi, c’est le diable si on ne nous demande pas des bricolages que ne font pas les entreprises. Mais le soir de notre arrivée à Bari, un Albanais naturalisé Italien, qui avait fait la traversée avec nous, proposa à mon aîné, à sa femme et à leur petite, de partir avec lui vers l’Aquila, dans les Abruzzes. Pour travailler dans une savonnerie, comme chez nous, à Alep…

Plus que onze à nous faufiler parmi les Italiens de Brindisi. »

Alain Tarrius. Professeur émérite de Sociologie, Université Jean Jaurès. Toulouse.

D’après la conférence du 13.10.2016 au Colloque de rentrée du Collège de France : « migrations, réfugiés, exodes ».

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1 Selon une enquête de la SEDES, bureau d’études de la Caisse des Dépôts et Consignations, en 1987.

2 Ces années 2010 des recherches sur les salariés déplacés s’apparentent toutefois davantage à celles décrites et analysées par Gérard Noiriel (1988).

3 De 1991 à 2001, 1 200 000 Marocains émigrent vers l’Europe (Centre Hassan II pour l’étude des migrations. Rabat).

4 Lamia Missaoui affirmait, dès (1995), la double présence des migrants maghrébins, « et là-bas et ici », contrepoint de la future (1999) « double absence » d’Abdelmalek Sayad, « ni de là-bas ni d’ici »…

5 En 2005 l’évaluation des flux de « migrants commerciaux » prêts à passer annuellement en Bulgarie était d’environ 110 000 personnes, avec une forte proportion d’Afghans, réparties entre les ports d’Odessa, Sotchi, Poti et Trabzon destinataires de plus de six milliards de dollars de produits électroniques du SEA passés par les Emirats du Golfe, « libres de taxes et de contingentements », c’est-à-dire vendus à moins de 50% dans le marché mondial des pauvres, ou poor to poor.(Tarrius 2014). Enquêtes Nadia Vladimirova, Université d’Economie Nationale et Mondiale de Sofia, et Alain Tarrius (2007).

6 Les transmigrants circulent généralement sous visa touristique de trois ou six mois, soit, en France, quelques dizaines de milliers de visas (consentis en Bulgarie et Italie pour la C.E.) sur les dizaines de millions consentis chaque année…

7 Stéphane de Tapia, signale le caractère essentiellement logistique de ces routes pour la transmigration turque, traversant les Etats socialistes (2012). Notamment les marchandises sont enfermées sous transport douanier (TIR), interdisant les commerces de route.

8 Les premiers résultats d’une enquête en cours (labex ‘Structuration des Mondes Sociaux, Université Fédérale de Toulouse) nous permettent de noter la forte représentation, dans ces populations circulantes, de diplômés et cadres moyens.

9 Après l’assassinat public d’une secrétaire d’Etat, tous les Géorgiens furent interdits de séjour en Bulgarie (2006)

10 L’usage des nouveaux outils de communications électroniques est intense chez les transmigrants, voir les nombreux travaux de Dana Diminescu (google scholar).

11 Les représentations populaires bulgares désignent indifféremment les Afghans comme « Arabes ».

12 Les révoltes des « mères napolitaines » contre les « capos di mafia » à la fin des années 1990, s’accompagnèrent, dans les rues de Naples, d’une chasse aux proches des organisations criminelles, traditionnels familiers populaires. Enfin la mondialisation des trafics des économies criminelles exigeait les cohésions organisationnelles entre mafias, sur le modèle des dispersions et des interconnexions des banques en ligne.

13 Enquêtes menées par des étudiants des Universités de Turin, Bari et Sofia, coordonnées par l’auteur, juin 2016. Des enquêtes menées en juillet et septembre 2016 grâce à des étudiants doctoraux en stage méthodologique à Sofia, Durres, Bari et Turin, nous permettent une première évaluation approximative des réfugiés Syriens et Afghans de passage par le territoire circulatoire euro-méditerranéens transversal.

14 Les 3 et 4 juin 2016. Les échanges se déroulèrent en broken-english élémentaire de type pakistanais. Les noms de personnes sont modifiés.

15 Gazole négocié sur les trafics entre factions en guerre.

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