Une question politique que certain·es voudraient maintenir en fait divers

Le président de la République et sa volonté de « réformer » l’audiovisuel public. Des « fake news » et « la solution proposée, qui consiste à rogner sur les libertés publiques et à confier à une quelconque autorité administrative le pouvoir d’édicter le vrai et de censurer le faux ». Comme le souligne l’édito « cette initiative revient en réalité à dédouaner les médias dominants de toute forme de responsabilité dans la « mal information » du public ». Qui distillent une profusion de nouvelles « biaisées », des sondages frelatés, des reportages relevant de la publicité ? Le revue propose un statut de média à but non lucratif, l’indépendance des sociétés de rédacteurs/rédactrices, un véritable service public de l’information et de la culture…

Les déclarations méprisantes et provocatrices d’Emmanuel Macron contre l’audiovisuel public préparent une « purge supplémentaire » après des années de rigueur. Le dogme libéral et la réduction des « dépenses publiques » – sauf pour assister le patronat ou les actionnaires – et le périmètre de l’action publique.

Réduction des budgets et des effectifs, ponctions sur la grille des programmes et des moyens techniques, diminution du maillage territorial, rabougrissement du périmètre des missions, baisse des productions propres, mises en cause de rédactions…

Information ou propagande. Les éditocrates ont fait campagne pour la « loi travail ». Publi-reportage sur la ministre du travail, bla-bla sur la nécessité de réformes, condamnations des corporatismes – mais non ceux des éditocrates ou ceux du patronat -, tout cela dans le contournement des rapports sociaux, de la subordination induite par le contrat de travail, du despotisme d’entreprise, de l’invisibilisation des salarié·es … et au nom de l’entreprise véritable cache-sexe des actionnaires et de leur extraordinaire droit de propriété…

Je suis toujours surpris lorsqu’un organe de presse promotionne un produit commercial, confondant information et publicité, promotion de l’inutile et du discutable socio-économique. Il s’agit bien d’« un matraquage techno-consumériste », renforçant « la notoriété de l’objet et celle de son fabricant », dans l’oubli, entre autres, des milliards de bénéfices générés et de la faible imposition de ceux-ci (Vous avez dit fraude fiscale ?). L’interdiction de l’aide aux entreprise privée à vendre ses produits (en dehors des espaces réservés aux annonceurs bien sûr…) est clairement formulée dans la charte de Munich. Refuser de faire la distinction entre information et publicité est bien dans la logique libérale de la marchandisation de tous les éléments de nos vies. Mais Le Monde, de manière lucrative ou non, semble faire de iphone X un indispensable de l’existence de chacun·e…

Une émission de service public au service de l’optimisation fiscale, une promotion pour les riches contribuables des divers moyens de minimiser leur imposition en toute légalité. Une émission au service des plus fortuné·es… La promotion d’une certaine conception libérale…

#BalanceTonPorc. « Le traitement médiatique – massif – de ce mouvement interroge à bien des titres : de quoi parlent les médias depuis le lancement du hashtag ? Comment parlent-ils des violences ? A qui donnent-ils la parole ? Comment les journalistes traitent-ils des cas de violences et de harcèlement mis en lumière dans leurs propres rédactions ou dans les structures « concurrentes » ? Comment les journalistes enquêtent-ils sur le sujet ? Nous reviendrons ici sur les traits et les biais les plus récurrents et les plus critiquables de la couverture par les médias dominants des révélations qui, depuis plusieurs semaines, mettent en évidence l’ampleur et le caractère structurel des violences et du harcèlement sexistes. » Des violences enfin passées de « faits divers » à « fait social », la focalisation sur la forme de la dénonciation pour faire silence sur le fond, la parole des hommes privilégiée à celle des femmes, les analogies douteuses en termes de « délation » (lire sur ce sujet, le beau texte de Saratoga : Je ne suis pas une balance, mes agresseurs ne sont pas des porcs, je-ne-suis-pas-une-balance-mes-agresseurs-ne-sont-pas-des-porcs/), la marginalisation de la parole des féministes, le déni au nom de la soi-disante « égalité déjà là » ou du fantasmatique « libertinage à la française ». Il me semble important d’analyser les traductions médiatiques du refus de considérer le problème politique des violences – et de leur caractère systémique – exercées par des hommes sur des femmes…

Un féminicide transformé une fois de plus en « drame familial », les travestissements de réalité et les mensonges savamment assénés, les crimes sexistes « renvoyés à la singularité des relations intrafamiliales », un système de violences réduit à des événements « uniques et isolés », le quotidien travesti en « exceptionnel », la négation des victimes…

Le sexisme à la télévision, la complaisances envers les propos et les actes sexistes, le déni au nom de la « blague », du « jeu », du « geste déplacé », les femmes chosifiées, la valorisation de certains corps ou de certaines parties du corps de femmes…

Il ne faudrait pas oublier les éditocrates réactionnaires, de Causeur à Valeurs actuelles, d’Alain Finkielkraut à Gilles-William Goldnadel, d’Elisabeth lévy à Eric Zemmour. Les campagnes de diversion, de négation, de minimisation systématique de l’« ampleur des phénomènes de harcèlement et de violences sexistes »…

Et celles et ceux qui jouent les supplétifs de la gendarmerie au sujet de Notre-dame-des-landes. Attention le péril zadiste menace l’ordre ! Les zadistes un couteau entre les dents !…

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Sommaire :

France Télévisions : en attendant l’apocalypse ?

Le Parisien en campagne pour la loi Travail

Le Monde et la promotion de l’Iphone X

France Info et l’optimisation patrimoniale

Dossier : Médias et sexisme 

Libération de la parole sous caution médiatique

La mémoire courte des journalistes

« Salut les sexistes ! »

Le festival des éditocrates réactionnaires

Notre-Dame-des-Landes : des médias au garde-à-vous

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Une nouvelle fois, l’œil et l’oreille de la critique sur des médias dominants. Nécessaire.

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Médiacritique(s) N°25 – janv. – mars 2018

Le magazine trimestriel de l’association Acrimed

32 pages, 4 euros

Didier Epsztajn

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