Création et gestions d’une « crise » des migrant·es

En prélude, le parcours d’une famille syrienne de Damas à Dortmund (octobre 2014 – février 2016). Parcours et dettes, travail mal rémunéré, nostalgie…

« Dans le mouvement migratoire que nous vivons depuis 2015, c’est dans les villes et au niveau des villes que se pose la question de l’accueil ou du non-accueil. Mais qui est « la ville » ? Est-ce la mairie ? Les habitants ? »

En introduction, les auteur·es parlent des villes comme « échelle d’action, actrices, lieux et espaces de l’accueil des migrants », des politiques publiques, des pratiques d’accueil ou de rejet, de « la gestion sécuritaire et restrictive des mobilités à l’échelle européenne », de la mobilité construite « comme un bien monopolisé par des circuits criminels », des effets de mort pour les migrant·es, des nouvelles frontières externalisées, des logiques de transit, du provisoire et des temporalités.

« C’est dans ce contexte que cet ouvrage propose de réfléchir à l’enjeu émergeant des villes comme échelle d’action, actrices, lieu et espace de l’accueil »

Il convient donc de réinscrire les parcours migratoires dans le temps et l’espace, parler de socialisation, de voisinage, d’inclusions ou d’exclusions spatiales, de dispositifs de contrôle, d’hébergement, des formes de citoyenneté, du concept d’hospitalité (en complément possible, L’humanité de demain se construit par l’accueil des migrants aujourd’hui, lhumanite-de-demain-se-construit-par-laccueil-des-migrants-aujourdhui/ ; Marie-Claire Caloz-Tschopp : L’évidence de l’asile. Essai de philosophie dys-topique du mouvement, les-politiques-d-humains-superflus/ ; Appel du PEROU : La France peut accueillir toute l’hospitalité du monde, la-france-peut-accueillir-toute-lhospitalite-du-monde/), des « villes sanctuaires », des techniques visant « à rendre physiquement impossible l’usage de certains espaces urbains par les migrants », de la notion d’« habitant amical », des discours institutionnels xénophobes ou racistes, de l’organisation du non-accueil, des formes spontanées ou organisées de soutien, « comment l’enjeu de l’accueil refaçonne les liens sociaux, les valeurs et les émotions collectives, et interrogent les définitions pratiques de ce qu’est la citoyenneté prise dans un jeu de frontières »…

Je n’aborde que de certains thèmes et articles.

Paris, les évacuations des migrant·es, des centaines de délogé·es et des effets personnels jetés dans des bennes à ordure, des centres d’hébergement loin du centre ville, le cycle du non accueil, l’économie de la pénurie, le surinvestissement policier et sécuritaire, les débouté·es toujours plus nombreuses et nombreux du droit d’asile, l’insuffisance des hébergements, les maillons de l’exclusion, les dédales administratifs, les entreprises de sécurité privée et la privatisation de la gestion des espaces, les dénis institutionnels…

Le Danemark et les « habitants bienveillants », le mouvement Venligboerne et les « personnes amicales », bienveillance et hospitalité citoyenne, l’inclusion des nouveaux et des nouvelles arrivant·es dans la société danoise, altruisme et regard souvent dépolitisé…

Berlin, les ambivalences de la politique d’hospitalité, les assignations racialisantes, le non traitement des réfugié·es et des demandeur/esse·s d’asile comme des égales/égaux…

J’ai notamment été intéressé par l’article sur les réfugié·es syrien·nes à Istambul, dans le quartier Sultanbeyli, les discours d’hospitalité et d’assistance.

Je souligne celui sur les villes, dont Barcelone, qui s’opposent à l’Etat en Espagne, et s’affirment comme « ville-refuge », les pratiques de solidarité dans les quartiers.

Les discours des gouvernants jouent trop souvent sur la peur, la soit-disante vague migratoire, les fantasmées différences essentialisées, en oubliant à la fois les personnes et leurs droits, en « occultant notamment la responsabilité des Etats de l’Union européenne comme pays intervenant dans les conflits qui participent à produire ces migrations, tout comme la persistance et le renforcement des inégalités économique ». J’ajoute la migration – nommée expatriation – de millions d’européen·es dans d’autres pays…

Face aux crispations « identitaires » ou sécuritaires, aux différentes formes de coercition envers les femmes et les hommes en migration, des solidarités en construction, des nouvelles définitions de l’hospitalité, une citoyenneté ouverte à toutes celles et tous ceux qui aspirent à vivre ici ou qui traversent nos villes. Je regrette cependant que la situation des femmes migrantes n’ait pas donné lieu à traitement spécifique.

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Dans la même collection :

De Lesbos à Calais. Comment l’Europe fabrique des camps : 

mises-en-suspens-dexistence-au-mepris-du-droit-international/

La mort aux frontières de l’Europe : retrouver, identifier, commémorer : rendre-visible-la-face-obscure-et-mortifere-des-frontieres/

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Entre accueil et rejet : Ce que les villes font aux migrants 

Le passager clandestin / Bibliothèque des frontières, Lyon 2018, 160 pages, 10 euros

Didier Epsztajn

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