Les Mayas de langue q’eqchi’ du Guatémala continuent leur lutte contre la minière Hudbay minerals

Devant plus de 150 personnes entassées dans la Friend’s House de Toronto, le 23 novembre dernier, Mme Margarita Caal Caal, a fait la déclaration suivante : « Nous nous battons pour nos terres et nous allons les protéger jusqu’à notre mort. Je suis ici pour vous dire la vérité ».

Avis aux lecteurs-trices : il semble y avoir une contradiction de date dans le texte. Je n’ai pas les moyens de la vérifier, je l’ai donc laissée telle quelle. a.c.

Margarita est l’une des 11 femmes de la petite localité de Lote Ocho au Guatémala. Elles sont à l’avant-garde de la lutte contre la minière Hudbay Minerals. Elles sont venues à Toronto pour qu’on valide leur participation à une poursuite déposée en 2010 contre cette compagnie canadienne. La poursuite dénonce le viol de 11 femmes de Lote Ocho par du personnel de sécurité de la compagnie, la police et des militaires durant l’évacuation forcée de leur village, de leurs familles et de leurs terres ancestrales le 17 janvier 2017. On poursuit aussi la compagnie pour le meurtre du leader communautaire, Aldolfo Ich Chamán, et pour avoir attaqué l’allemand Chub Choc, paralysé depuis.

Je suis allée à Lote Ocho en 2009. Toute la communauté était réunie au centre de leurs terres pour partager avec moi, leurs expériences avec la compagnie. La traduction du Q’eqchi’ à l’Espagnol étant assumée par un traducteur. J’ai su comment leurs maisons et les autres édifices de la communauté ont été réduits en cendres par la police et l’armée au cours de l’éviction forcée ; mais ce n’est que lors de rencontres individuelles avec certaines femmes que j’ai appris que plusieurs avaient subi de terribles viols collectifs dont elles souffrent encore. Dire que ces femmes étaient extrêmement stressées en révélant ces choses à une personne de l’extérieur, une Canadienne en plus, est peu dire. De plus, elles craignaient tellement que leur vécu soit sous-estimé. Elles ne parlent que leur langue maternelle et ne sont jamais sorties du Guatémala. Imaginer qu’elles pourraient être installées, quelques années plus tard, au 20e étage d’un gratte-ciel du centre-ville de Toronto pour affronter sans crainte les avocats de la Hudbay, était tout simplement impensable pour elles.

Ces poursuites comportent aussi d’autres aspects. C’est la première fois qu’une compagnie canadienne est poursuivie devant les tribunaux canadiens pour des exactions commises à l’étranger. Jusqu’ici, les juges canadiens ont renvoyé ce genre de causes aux juridictions où le crime présumé a été commis. Toutes les populations touchées par les minières canadiennes dans le monde et l’industrie elle-même sont très sérieusement aux aguets pour voir si un précédent sera ainsi créé. Est-ce que les plaignantes pourront, à la cour, faire établir des éléments juridiques qui marqueraient un véritable tournant dans la responsabilité des entreprises canadiennes (opérant à l’étranger).

Il faudra pourtant attendre des années pour connaître le jugement. Les plaignantes savent très bien que, à leur retour, elles devront encore affronter les mêmes dangers, comme le dit Mme Elvira Choc Chub : « Ce que j’ai subi m’oblige à chercher justice, parce que je recherche la justice, la compagnie va continuer à nous intimider et nous menacer ». À de multiples reprises, ces femmes ont démontré qu’elles étaient menacées et suivies par des hommes qu’elles ne peuvent identifier. Au petit matin du 17 septembre 2016, des coups de feu ont été tirés près de la maison d’Angélica Choc à El Estor, elle y dormait là avec ses enfants. Le lendemain, des marques de coups de feu ont été décelées sur sa maison et des balles de carabines 12 et de 22 ont été trouvées tout près.

Le mari d’Angélica, Adolfo Ich Chamán, a été tué en 2009. Il était le président de la communauté de La Uníon et un dirigeant respecté du groupe maya de langue Q’eqchi’. Il a été assassiné à coups de machette et d’une balle dans la tête parce qu’il défendait les droits de son peuple violés par les minières canadiennes. Ce sont probablement des agents de sécurité de la compagnie Hudbay qui ont fait le coup. Dans la cause Choc contre Hudbay Minerals Inc., c’est Angélica Choc personnellement qui poursuit la compagnie et ses auxiliaires guatémaltèques devant les cours canadiennes, pour la mort de son mari. Elle va aussi entreprendre une démarche comme l’ont fait les femmes de Lote Ocho à Toronto, au début 2018. Il est extrêmement important que tous et toutes ici au Canada, nous leur manifestions notre solidarité dans cette quête de justice.

Rachel Small

Rachel Small, rabble.ca 1er décembre 2017

Traduction : Alexandra Cyr

Publié sur le site Presse-toi à gauche !

http://www.pressegauche.org/Les-Mayas-de-langue-q-eqchi-du-guatemala-continuent-leur-lutte-contre-la

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.