Cette « question nationale » sans cesse reposée

Quelques éléments pour contribuer au débat à l’occasion de la réunion sur « la question de la Catalogne », CEDETIM 5 décembre 2017.

Un « peuple », une « nation », un « Etat-Nation », des « droits nationaux » et un droit à l’autodétermination, de quoi parle-ton ? On ne sait plus très bien.

Examinons d’abord le vocabulaire…

Les grecs anciens distinguaient le genos (la famille, le clan, la tribu), l’ethnos (les gens de même origine), le laos (le peuple assemblé, la masse populaire), le demos (le peuple citoyen).

Peuple : Dans de nombreuse langues le mot à un double sens : 1° un Peuple, groupe plus ou moins défini par un certain nombre de critères historiques, politiques, culturels ; on parle du peuple au sens ethnos (cf. ci-dessous), ou au sens demos selon l’étymologie latine populus)… 2° Le peuple, groupe social, « masse populaire », opposé aux « élites » (plutôt laos)1.

Ethnie : le mot, en référence à l’ethnos, utilisé d’abord par des anthropologues, concerne un groupe qui peut compter des centaines de millions (comme les Hans chinois) ou quelques dizaines d’individus… partageant un patrimoine culturel commun (dont la langue et/ou la religion), se réclamant souvent d’une ascendance et/ou d’une mythologie commune, parfois d’un rôle social particulier.

Nation : Le mot, depuis la Révolution Française, fait référence à une entité politique (constitué par un ou des peuples) L’étymologie nous laisse entendre qu’il s’agit des gens « nés quelque part », tandis que la patrie serait plutôt des gens « nés de quelque pères ». Remarquons toutefois que dans le vocabulaire contemporain c’est plutôt le « nationalisme » qui a un sens restrictif (au nom du groupe « homogène ») tandis que le « patriotisme » a pris un sens positif (l’amour du pays où l’on vit).

Communautés imaginées (mais pas imaginaires), nations, Etats…

Nous aurions donc des groupes qui se reconnaissent comme particuliers (et/ou qui sont reconnu comme tel par d’autres groupes). Au-delà de la famille, de la confrérie, du clan, de la tribu, de la confession, etc. Des groupes qui se considèrent comme Peuple et aspirent à former Nation ?

En 1983 Benedikt Anderson (1936-2015, américain spécialiste de l’Indonésie) a parlé de ces communautés imaginées2, c’est-à-dire de groupe qui réunissent des gens qui ne se connaissent pas et qui ne se croiseront jamais mais qui éprouvent un fort sentiment d’appartenance à une communauté. Et sur lequel peut se construire un « sentiment national ».

Quel rapport entre l’Etat et cette communauté imaginée qui se considère comme Peuple ? Faut-il un Etat pour faire Nation ? Ernest Gellner (1925-1995, britannique d’origine tchèque) a magistralement résumé en 19833 l’histoire de la construction des Etats européens moderne. En France et au Royaume Uni, l’Etat précède la Nation, il unifie culturellement (y compris par la contrainte) les peuples en un même Etat-Nation (dont la France est le prototype) ; ce processus étant non achevé en Espagne. En Italie et en Allemagne le processus d’unification culturelle précède la construction de l’Etat unifié. En Europe centrale ces processus (unification culturelle et/ou politique) sont beaucoup plus fragiles et instables4.

Au XIXe et au début du XXe siècle, libéraux comme socialistes, constatent que se construisent dans le contexte du capitalisme triomphant, des Etats modernes bourgeois, et que chaque bourgeoisie se développe dans son espace « national » protégé – avec si possible un espace d’hégémonie, impérial et/ou colonial périphérique et subordonné. C’est la première phase historique de l’impérialisme5

Rappels de quelques débats historiques et instructifs

Allemands et Français ?

Au XIXe siècle se sont affrontés des conceptions de la Nation « allemande » ou « française ». La conception « allemande » – parce que défendue par des penseurs allemands, mais aussi souvent français, dans la lignée de Johan Gottfried von Herder (en 1774), autour de l’idée de l’esprit d’un peuple (volksgeist), qui serait naturel et immuable, « génie » propre à chaque nation. Ce « génie » est culturel (linguistique en particulier), historico-physique (la terre sacrée), voire « biologique », par la filiation. Cette conception, radicalisée fin XIXe, va impliquer des relations de supériorité de certains « génies » par rapport à d’autres, et justifier la domination des « grandes nations » et le colonialisme. Mais beaucoup de « petits » nationalismes qui apparaissent au XIXe siècle vont s’y référer, par exemple le fondateur du nationalisme basque au XIXe, Sabino Arama s’en réclame explicitement.

Comme, au nom de cette conception, l’Alsace-Moselle est « naturellement » allemande, une autre conception va s’y opposer, dite « française » (même si elle est défendue aussi par des allemands), explicitée par Ernest Renan, qui considère la Nation comme résultat d’un processus volontaire et objectif, un plébiscite de tous les jours (ce qui permet de justifier l’adhésion des alsaciens et mosellans à la France, par leur volonté propre). La Nation n’est pas un concept « naturel » mais politique et historique (et donc pas immanent et éternel). Toutefois ces nationaux doivent partager des « racines », et Renan précise à l’époque par exemple que les juifs d’Algérie peuvent « s’enraciner » dans la nation française à condition de se « dé-sémitiser », ce qui lui parait impossible pour les Musulmans.

Question nationale et mouvement socialiste

Tout de suite les mouvements socialistes sont confrontés au « fait national ». Ce sujet est majeur au sein de la IIe internationale, avec des implications très pratiques. Par exemple, au nom du primat de la lutte des classes et de la nécessité de l’internationalisme, certains considèrent que le fait national doit être combattu ou secondarisé, d’autre au contraire qu’il faut en tenir compte y compris dans les formes de l’organisation socialiste, d’autres enfin vont faire du socialisme un vecteur du nationalisme (les divers avatars historiques des social-nationalismes)6. Lénine (alors au parti ouvrier social-démocrate de Russie POSDR) et Rosa Luxemburg polémiquent sur la légitimité des socialistes de s’exprimer sur la sécession de la Norvège par rapport à la Suède en 19057. Lénine considère que s’ils le souhaitent, les norvégiens (quelque soient leur classe sociale) peuvent se séparer des suédois, ce qui est une impasse petite-bourgeoise pour Rosa. Notons qu’à cette époque, quand elle est à Varsovie, Rosa appartient au parti social-démocrate polono-lithuanien, entité autonome au sein de la social-démocratie de l’empire Russe8, mais quand elle est à Berlin, il n’y a qu’un seul parti socialiste dans l’empire, le SPD.

La question nationale a été soulevée par de nombreux leader socialistes depuis Marx ou Jaurès9, et notamment des marxistes, dont par exemple l’irlandais James Connolly (1868-1916), ou le catalan Andreu Nin (1992-1937)10. Une conception particulière dite « austro-marxiste » est développée par la social-démocratie de l’Autriche Hongrie, et son leader Otto Bauer (1881-1938)11. Constatant que tout caractère national n’est rien d’autre que le sédiment de processus historiques passés, qui sera transformé à son tour par des processus historiques à venir, il en déduit que la multi-nationalité est fréquente au sein d’un Etat que chaque citoyen majeur doit avoir le droit de décider lui-même à quelle nationalité il veut appartenir, et qu’il faut en Autriche-Hongrie : une constitution qui donne à chaque nation le pouvoir de développer sa culture ; une constitution qui ne contraigne aucune nation à reconquérir et réaffirmer sans cesse ce pouvoir en luttant pour la puissance étatique, une constitution qui ne fonde le pouvoir d’aucune nation sur la domination de la majorité par la minorité. Otto Bauer va plus loin que la conception « volontaire » de Renan et dissocie deux notions, citoyenneté (garantie pour tous) et nationalité (chacun peut choisir).

Un peuple, une nationalité ?

Mais qui a droit à se constituer en nationalité ? Chaque peuple ? Quels critères distinguent un peuple d’une ethnie ? L’histoire, la renommée, le nombre ? … En 1913 Staline, sur demande à l’époque de Lénine, synthétise la position des bolcheviks en considérant qu’un Peuple est une Nation s’il forme une communauté humaine stable, historiquement constituée, née sur la base d’une communauté de langue, de territoire, de vie économique et de formation psychique, qui se traduit en une communauté de culture12. Il en résultera sous une forme plus ou moins rigide ou instrumentalisée, une « politique de nationalité » avec ses conséquences juridiques et politiques en URSS (et en Russie actuelle), mais aussi en Tchécoslovaquie, en Yougoslavie, en Chine… Selon qu’il est reconnu comme Peuple constitutif, Peuple, ou minorité nationale, tel ou tel groupe aura plus ou moins de droits et de pouvoirs13.

Après la Première guerre mondiale, le Président américain Wilson d’une part, la IIIe internationale d’autre part, mettent en avant le principe de l’auto-détermination pour chaque peuple. Y compris, explicitement pour les communistes, l’autodétermination interne au sein d’Etats constitués (par exemple en Yougoslavie ou en Grèce pour la Macédoine). Mais à partir des années 30 les partis communistes vont sérieusement atténuer cette position, par exemple le PCF se refusera à défendre le mot d’ordre de l’autodétermination de l’Algérie au motif que la « nation » y est encore « en formation » selon l’expression de Maurice Thorez.

Peuples opprimés, libération nationale

Les empires coloniaux se sont constitués par la force, notamment par la conquête d’Etats (au sens moderne du terme) comme en Inde, en Annam, en Egypte, en Tunisie, au Maroc, etc. Et les mouvements de résistances, dans des situations diverses, se sont très vite définis comme menant des luttes de libération nationale, en Irlande, en Inde, en Indochine, dans le Monde arabe, etc. L’objectif est l’indépendance, donc la création d’un nouvel Etat ou la reconquête de son indépendance perdue.

Deux questions se posent pourtant. Peut-on parler de libération nationale dans les Etats post-coloniaux indépendants (essentiellement en Amérique latine) ou post-impériaux (en Europe centrale) ? Les entités administratives aux frontières délimitées par les puissances coloniales sont-elles le cadre des futurs Etats indépendants quand bien même plusieurs peuples/ethnies y vivent et souvent s’y entremêlent (par exemple avec des compositions ethniques différentes dans les villes et dans les campagnes) ?

Le mot d’ordre « Prolétaire de tous les pays, Nations et Peuples opprimés, Unissez-vous ! », lie à partir du congrès des peuples d’Orient organisé par la IIIe internationale à Bakou (1920) les libérations des oppressions, sociales et nationales. Zhou en Lai (à Bandung), précise « Les pays veulent l’indépendance, les nations veulent la libération, et leurs peuples veulent la révolution ».

La Déclaration universelle des droits des peuples.

Alors que le processus d’accession à l’indépendance des anciennes colonies est quasi achevé, la Ligue internationale pour le droit et la libération des peuples proclame à Alger, le 4 juillet 1976 sa Déclaration universelle des droits des peuples.

Celle-ci souligne que « tous les peuples du monde ont un droit égal à la liberté, le droit de s’affranchir de toute ingérence étrangère et de se donner le gouvernement de leur choix, le droit, s’ils sont asservis, de lutter pour leur libération, le droit de bénéficier, dans leur lutte, de l’assistance des autres peuples. Le respect effectif des droits de l’homme implique le respect des droits des peuples ». Toutefois l’autodétermination interne ne saurait autoriser une atteinte à l’intégrité territoriale et à l’unité politique de l’État, dès lors que celui-ci se conduit conformément à tous les principes énoncés dans la présente déclaration ». L’Etat doit donc reconnaitre et respecter les droits (nationaux) des peuples ou minorités qui vivent sur son territoire.

Droits, Etats, souveraineté.

Quels droits nationaux ?

Dans le droit (national), les constitutions ou lois fondamentales, définissent la Nation (les « attributs de la souveraineté » dit la constitution française), à partir d’éléments symboliques, tels que le drapeau, l’hymne, la fête nationale, des références historiques, parfois confessionnelles, et des éléments droit positif concret : par exemple le caractère « un et indivisible » (par exemple en France14 ou en Espagne) ou fédéral et/ou pluraliste, voire « multinational » de l’organisation de l’entité nationale, l’existence d’une – ou plusieurs – langue.s nationale.s (imposée.s dans l’enseignement ou les actes administratifs). Au-delà du cadre juridique existe avec plus ou moins de force, un « récit national » qui est censé incarner la construction de la nation.

En termes de droits collectifs nationaux positifs, les choses deviennent plus précises quand on parle de « minorités nationales », c’est-à-dire selon les critères de l’ONU, de « groupes numériquement inférieurs au reste de la population d’un État, en position non dominante, dont les membres − ressortissants de l’État − possèdent du point de vue ethnique, religieux ou linguistique des caractéristiques qui diffèrent de celles du reste de la population et manifestent même de façon implicite un sentiment de solidarité, à l’effet de préserver leur culture, leurs traditions, leur religion ou leur langue ». Certaines de ces « minorités » sont considérées comme « autochtones » s’il s’agit de « descendants des peuples qui habitaient la terre ou le territoire avant la colonisation ou l’établissement des frontières de l’État, appartenant aux groupes non dominants de la société et s’identifiant eux-mêmes comme des peuples autochtones ».

Les textes onusiens et européens demandent aux Etats de protéger l’existence et l’identité nationale ou ethnique, culturelle, religieuse ou linguistique collective de ces minorités, a fortiori autochtones, et le droit pour chacun de ses membres de jouir de leur propre culture, de professer et de pratiquer leur propre religion et d’utiliser leur propre langue, en privé et en public15.

Peuples sans Etats, Etats sans peuples

Il résulte de ce qui précède qu’un peuple minoritaire dans un Etat qui ne protège pas ses droits, et qui au contraire l’opprime, peut craindre de disparaitre culturellement en tant que collectif (on parle parfois d’ethnocide), et être fondé à demander son autodétermination, et donc son autogouvernement, voire la constitution d’un Etat souverain séparé sur un territoire ou il est historiquement implanté ou majoritaire.

Il y a 197 Etats indépendants identifiés par les Nations Unies16, il y en avait 51 en 1945 (et une quarantaine en 1900). Combien y-a-t-ils de peuples sur cette planète ? On parle parfois de plusieurs milliers d’ethnies…

Des Etats sans peuples ? Dans de très nombreux Etats souverains il n’existe pas, ou pas de manière claire, d’ethnie dominante ou structurante spécifique. D’autant que les ethnies et communautés culturelles sont très souvent diluées et ou réparties dans plusieurs Etats, (par exemple les Peuls en Afrique de l’Ouest, les Amazigh en Afrique du Nord, les Roms en Europe, etc.).

Reste que, à des degrés divers, dans les Etats indépendants aux frontières « artificielles » (mais toutes les frontières ne le sont-elles pas ?) peuvent, ou pas, ou un peu… se créer, au-delà des ethnies, des sentiments d’appartenance nationale commune, ou perçue comme telle par une majorité… Par exemple au « Levant », (comme disaient les géographes français), la majorité des habitants se considéraient au début de XXe siècle comme « Arabes »… et c’est toujours le cas, et le plus souvent spécifiquement comme des Arabes du Bilad al Sham (la grande Syrie), mais aussi ensuite ils se sont considérés, aussi, ou d’abord, comme des Arabes Palestiniens, Libanais, Syriens ou dans une certaine mesure Jordanienne…

A coup sur des peuples sans Etats, plus ou moins opprimés, dans l’exercice de leurs droits collectifs culturels, historiques etc., Kurdes, Roms, Tibétains, Ouighours, Amazigh, Amérindiens, Kanaks, etc. Vivant dans des territoires précis (le Kurdistan en Anatolie orientale, Mésopotamie du nord et ouest iranien) et/ou des diasporas (il y a aujourd’hui plus de Kurdes à Istanbul, Izmir et Berlin qu’au Kurdistan).

Les questions nationales au temps de la globalisation néolibérale et des multinationales

Les mouvements nationalistes et les luttes de libération nationale anticoloniale ont abouti à la création d’un grand nombre d’Etats. Depuis la fin du XXe siècle les cadres étatiques eux-mêmes sont contestés « par en bas », par la revendication démocratique locale, le pouvoir des collectivités locales et forces intra-nationales et « par en haut » par les structures supranationales, mais aussi par les effets disloquant de la globalisation néolibérale, de la domination du capital financier et des multinationales, du libre-échange fondé sur l’échange inégal et l’ajustement structurel, des privatisations et du démantèlement des mécanismes de souveraineté.

Ceci produit plusieurs effets paradoxaux. L’idée qu’il faut construire des entités souveraines étendues pour résister au pouvoir dissolvant de la globalisation financière et des multinationales et répondre aux défis du développement durable, des unités continentales à l’échelle de l’Union Européenne par exemple. L’idée inverse que de telles entités supranationales favorisent au contraire la globalisation néolibérale et qu’il faut, autant que possible, pour résister, revenir au cadre des Nations préexistante, ou peut s’enraciner la souveraineté populaire. L’idée au contraire que ces cadres nationaux anciens ne peuvent être le bon niveau, pour exercer cette souveraineté et qu’il faut arrimer la résistance sur les peuples et/ou les régions, y compris à l’intérieur ou au-delà des délimitation étatiques… On constate en tout cas une vague forte de « souverainismes », qui sont autant de nationalismes s’accrochant aux divers niveaux (et parfois les combinant) le niveau de l’Europe ou l’Occident « civilisé », celui de l’Allemagne ou de la France « profonde », ceux de la soi-disant Padanie ou de la Flandre « travailleuse ».

Pour revenir à la Catalogne, dont nous allons parler plus en détail bientôt, la volonté d’indépendance est parfois perçue comme un « nationalisme de riche », une région prospère qui voudrait par l’indépendance, se dégager du fardeau de la solidarité avec les régions plus pauvres de l’Etat espagnol, comme l’Italie du nord « padanienne » du Mezzo Giorno, la Flandre de la Wallonie, la Croatie et la Slovénie de la Yougoslavie méridionale Musulmane, Serbe, Albanaise ou Macédonienne, la Tchéquie de la Slovaquie, etc…

De plus l’éclatement des Etats-nations existant, en Etats plus petits affaiblirait les capacités de résistance aux attaques de la globalisation et aux politiques régressives et inégalitaire.

A l’inverse beaucoup font valoir que c’est à l’échelle des peuples ou des régions que se construit le mieux cette résistance, et que finalement seule la Wallonie à mis en cause le CETA ! Que dans les années 1970-80 c’est dans le mouvement national que s’est développé la gauche au Québec, le Parti Québécois jouant alors le rôle de la social-démocratie. Que le succès du parti indépendantiste écossais SNP est une réaction aux politiques thatchérienne et blairiste. Que les syndicats nationalistes (et majoritaires) basque (ELA et LAB), ou corse (STC) défendent mieux les travailleurs. Que ce sont les nationalistes écossais et républicains irlandais qui s’opposent au « Hard Brexit » et à ses effets… Etc.

En Catalogne, c’est le Parlement local, dominé par les indépendantistes avec une forte composante de gauche qui a créé une taxe sur les banques, une loi pour protéger les citoyens qui ont été abusés par des hypothèques frauduleuses, une loi pour garantir que les familles pauvres aient accès à la lumière, l’eau et le gaz pendant les mois d’hiver, une taxe pour chaque appartement vide dont les recettes iraient au loyer social, des politiques d’égalité entre les hommes et les femmes, une taxe sur les centrales nucléaires dont les recettes iraient à la protection de l’environnement, une proposition d’interdire le “fracking” (du gaz et pétrole de schiste), l’imposition d’un tarif aux opérateurs Internet pour le soutien de la culture, l’interdiction des corridas, toutes mesures que le Tribunal Constitutionnel espagnol a invalidé.

« Dans une telle perspective », pense Marti Caussa, « la proclamation de la République catalane peut être un instrument d’autodéfense populaire, un symbole de la révolution démocratique et un stimulant de nouvelles luttes pour la démocratie et les droits sociaux en Catalogne, en Espagne et en Europe »17. Et Yannis Varoufakis voit dans la crise catalane, au-delà de la question de « l’indépendance », la nécessité de trouver en Europe un nouveau type de souveraineté18.

Revenons donc en Catalogne

Le cas catalan

Un nationalisme enraciné

Linguistiquement parlant les dialectes catalans ont été ou sont parlés, en Catalogne proprement dite, dans la province catalane du nord du Roussillon (département français des Pyrénées orientales) et aux Baléares. Politiquement parlant ces catalans vivent dans trois Etats, l’Etat Espagnol, la République Française et la principauté d’Andorre (dont la langue officielle est le catalan)19.

Historiquement la péninsule ibérique n’a été unifiée que pendant la brève période de contrôle du royaume d’Espagne sur celui du Portugal (1580-1640), mais certaines provinces périphériques ont gardé des caractéristiques fortes (Galice, Pays Basque, Catalogne…) et des droits particuliers. Mais les fueros basques ont été mis en cause au début du XIXe siècle notamment par les libéraux espagnols (Victor Hugo constate en 1844 que « le Basque n’est ni Français, ni Espagnol, il est Basque » et que la résistance à la remise en cause des fueros, c’est la naissance d’une Nation). Quant à l’autonomie catalane, elle est considérée comme détruite après le siège de Barcelone de 171420. La Diada Nacional de Catalunya, (fête nationale catalane) commémore les défenseurs de la ville chaque 11 septembre21.

Le nationalisme catalan moderne, d’abord culturel, qui s’est développé avant la Ier guerre mondiale (Valentí Almirall), est bourgeois, industrialiste, fédéraliste. Au début du XXe siècle il est aussi populaire et progressiste, dans la petite bourgeoisie, les intellectuels, une partie de la classe ouvrière (la majorité des ouvriers et une bonne partie des paysans sont anarchistes). Le principal parti nationaliste est l’Esquerra Republicana (ERC), la Gauche républicaine catalane, parti indépendantiste crée en 1931, tandis que tous les partis de gauche se voulaient « catalaniste » à commencer par le Parti ouvrier d’unification marxiste (POUM), crée en Catalogne par des dissidents du PCE (PSUC en Catalogne), dont Andreu Nin. Avec l’instauration de la seconde République espagnole, Francesc Macià de l’ERC a proclamé la République Catalane le 15 avril 1931, ce qui n’a pas signifié l’indépendance mais l’autonomie accordée à la Catalogne avec un autogouvernement aux pouvoirs importants, la Generalitat (Généralité).

Sous Franco toute expression catalane, a fortiori de gauche, est totalement interdite.

Après la chute du franquisme, la nouvelle constitution démocratique de 1978 parle de « protéger toutes les Espagnoles et tous les Espagnols et tous les peuples d’Espagne » mais précise que « la souveraineté nationale appartient au peuple espagnol, dont émanent les pouvoirs de l’État » et affirme l’unité indissoluble de la nation espagnole, patrie commune et indivisible de toutes les Espagnoles et tous les Espagnols ». Les « peuples d’Espagne » n’ont donc pas de droit à l’autodétermination en dehors du « peuple espagnol ». Elle reconnaît et garantit cependant « le droit à l’autonomie des nationalités et des régions qui la composent la Nation espagnole, et la solidarité entre elles ». Les régions vont acquérir de larges pouvoirs, notamment le Pays Basque et la Catalogne (dont le droit de la co-officialité de la langue locale), entérinés dans des statuts d’autonomie (en 1979 pour la Catalogne).

Dans les communautés autonomes basques et catalane, les partis nationalistes vont être électoralement plus ou moins majoritaires au fil des scrutins. La Généralité catalane va être contrôlée par la coalition de centre-droit Convergència i Unió (CiU, Convergence et union), de Jordi Pujol de 1980 à 2003 et Arthur Mas après 2010 ; CiU s’est généralement allié avec la droite au niveau national. De 2003 à 2010 ce sont les socialistes, soutenu par la gauche nationaliste qui dirigent la Généralité. Dans l’ensemble les Catalans se situent toujours électoralement plus à gauche que le reste du pays22.

La droite espagnole contre les Catalans

Les nationalistes catalans ont demandé un nouveau statut, approfondissant l’autonomie. Celui-ci, négocié avec le gouvernement central (alors socialiste), a été critiqué d’une part par les nationalistes hispaniolistes, à commencer par le Parti Populaire (PP) et d’autre part par les indépendantistes catalans (dont l’ERC), mais il a été voté en juin 2006 (73,9% de oui mais avec 51% d’abstentions) puis ratifié par le parlement catalan et par le parlement national espagnol (Cortes).

Mais ce nouveau statut a été tout de suite attaqué politiquement et juridiquement par la droite espagnole, principalement le Parti Populaire, et en juin 2010 le Tribunal constitutionnel l’a jugé non conforme. Et le retour au pouvoir en 2011 du PP, avec pour Premier ministre Mariano Rajoy, va signifier une guérilla politico-judiciaire permanente contre la Généralité de Catalogne.

En Catalogne même cette situation provoque une montée des forces nationalistes. En juillet 2010 la plus gigantesque manifestation catalaniste de l’histoire occupe les rues de Barcelone sous le mot d’ordre Som una nació. Nosaltres decidim (Nous sommes une nation. C’est nous qui décidons). Le paysage politique catalan est bouleversé, la CiU est critiquée pour sa politique néolibérale et austéritaire, mais aussi pour des affaires de corruption, le parti mue de l’autonomisme à l’indépendantisme, et va devenir Parti démocrate européen catalan (PDeCAT) en 2016, après le départ d’Arthur Mas, et l’arrivée de Carles Puigdemont.

Dans la perspective d’un référendum pour l’indépendance, a été constitué, avec de puissantes associations catalanistes (Assemblée nationale catalane, Òmnium Cultural et Association des communes pour l’indépendance) et l’ERC (en pleine renaissance), une alliance Junts pel Sí qui obtient une majorité au élections régionales catalanes en 2015, et domine le parlement avec l’appui des membres de la Candidature d’unité populaire (CUP) une coalition d’élus locaux et de militants de gauche radicale et indépendantiste qui s’est développée « par en bas » depuis 1986.

Situation actuelle

La dynamique nationaliste catalane est, au début du XXIe siècle comme d’ailleurs dans les années 1930, double, D’une part une volonté indépendantiste/nationaliste : obtenir la souveraineté de la Nation catalane. D’autre part la volonté républicaine, obtenir des réformes démocratiques et sociales progressistes, refusées par le pouvoir Espagnol, au bénéfice de la population résident en Catalogne, Ce qui signifie pour David Fernandez, un des animateurs de la CUP, à défaut d’une voie démocratique vers l’indépendance, une voie indépendantiste pour accéder à la démocratie mais aussi « en voulant être République, nous avons appris à être peuple ».

Les nationalistes catalans ont voulu provoquer le référendum d’autodétermination que le gouvernement PP de Marion Rajoy, mais aussi les libéraux de Ciudadanos et le PSOE socialiste, ont absolument refusés, contrairement à ce qu’avait fait le Gouvernement conservateur britannique dans le cas écossais en 2012. En choisissant la voie de la répression, le Premier ministre espagnol Mariano Rajoy n’a pas traité la Catalogne comme une composante de la communauté nationale à convaincre, mais comme une province rebelle à soumettre23.

De son coté, le camp nationaliste, en particulier le PDeCAT, semble ne pas avoir préparé sérieusement l’après référendum (sans parler de la préparation d’une éventuelle indépendance).

En Catalogne même, la maire de Barcelone, Ada Colau, tout en « respectant » la consultation du 1er octobre 2017 (le « référendum 1.0 » organisé par la Généralité) et en se mobilisant contre la répression, n’a pas repris à son compte le mot d’ordre d’indépendance, et a constaté la division de la société catalane. A l’échelle de l’Etat espagnol, comme en Catalogne, c’est aussi la position de Podemos : reconnaissance du caractère pluri-national de l’Etat espagnol, « droit de choisir » et dénonciation de la répression et l’emprisonnement des leaders catalans.

Ce texte est écrit avant les élections catalanes prévue le 21 décembre 2017… dont rien ne dit qu’elles vont notablement changer les choses (sinon au sein des nationalistes l’ERC semble devoir dépasser cette fois ci le PdeCAT – ils étaient alliés en 2015)24. Par contre Rajoy espère bénéficier à l’avenir de la montée du nationalisme hispagnoliste dans le reste de l’Etat espagnol.

Quelques mots qui ne sont pas conclusion

Il y eu les nationalismes du XIXe siècle et leurs suites : la construction, ou rêve de construction de plus ou moins vaste Etat-nations autour de groupes agrégateur – comme les prussiens et les piémontais l’avaient fait pour les allemands et les italiens, les serbes l’avaient tenté pour le slaves du Sud les égyptiens, et d’autres, rêvé pour les arabes… Les libérations nationales du XXe siècle, des peuples soumis au colonialisme, et les indépendances d’Etats – essentiellement constitués au sein des frontières administratives imposées par les colonialistes… Puis les mouvements « nationalitaires »25, nationalisme du troisième type, dans le contexte actuel de la mondialisation et de la multiplication des mouvements communautaires et/ou intercommunautaires, des affirmations identitaires et/ou plurielles, de la multiplication des statuts de pluri-nationalité, etc.

« Racines » culturelles pour Renan et génie « spirituel » pour Herder ? Ces notions ont été, et sont, manipulées et instrumentalisées, quand par exemple aujourd’hui on fétichise des « racines chrétiennes de l’Europe » ou des « valeurs républicaines » de la France, dans le but d’exclure de supposés « halogènes » (musulmans, mais aussi par exemple Roms…). En se réclamant dans leurs programmes de la construction de « communautés de destin » inclusives, la majorité de des nationalistes/nationalitaires, kurdes, irlandais, écossais, basques, catalans ou corses d’aujourd’hui se démarquent (ou semblent se démarquer ?), des « identitaires » d’extrême-droite, néo-maurassiens français (au Front National et dans une partie de la droite) et aussi bien sur allemands (AFD), Italiens (Lega), néerlandais, hongrois, polonais, etc.

Il n’y a pas de définition normative et précise d’un Peuple, et de sa volonté de s’affirmer en Nation. Un peuple se définit par lui-même et/ou par les autres. C’est une auto-affirmation collective d’un groupe de s’ériger en Nation. Quelque chose que l’on constate, et qui ne peut être dictée par la nation dominante (par exemple en ce qui concerne la république française, dans le déni officiel de l’existence d’un peuple Corse, ou le temps qu’il a fallu pour reconnaitre le peuple Kanak – avec toutes les limites de cette reconnaissance, un peuple pourtant victime du colonialisme et survivant d’un génocide).

Une Nation se traduit par des droits positifs concrets et symboliques, droits économiques, sociaux et culturels, notamment linguistiques, et plus généralement éducatifs, droits politiques, capacité d’expression et d’organisation démocratique, de gestion et d’action. Les « minorités » ne doivent pas être confinées en toutes choses à rester démocratiquement minoritaires26.

Si ces droits collectifs nationaux, si leur libre exercice par les individus, ne sont pas respectés par l’Etat dominant, alors la question de l’autodétermination du Peuple concerné peut signifier la séparation et la constitution d’un autre Etat souverain sur un territoire donné. On fait souvent valoir aussi qu’un « Etat national » peut contribuer à défendre les droits de ses « nationaux » vivant à l’extérieur (en diaspora ou dans le pays voisin).

A suivre….

Bernard Dreano, 7 décembre 2017

1 Laos, le peuple assemblé, est à l’origine du mot français « laïc », le peuple chrétien par rapport aux clercs, le clergé chrétien… puis le laïc chrétien et devenu le laïc laïque…

2 Benedikt Anderson, Imagined Communities. Reflections on the Origin and Spread of Nationalism, paru en 1983, traduit en français en 1996 L’imaginaire national : réflexions sur l’origine et l’essor du nationalisme, La Découverte).  

4 Cf. aussi Eric-J Hobsbawm : Nations et nationalisme depuis 1780 : Programme, mythe, réalité, Folio, Paris 2001.

5 Le terme, utilisé par l’économiste britannique Hobson en 1902, est repris par les marxistes, Lénine, Hilferding, Rosa Luxemburg, Boukharine, etc.

6 Voir à ce sujet les très intéressantes études de Zeev Sternhell dont : Ni droite ni gauche : l’idéologie fasciste en France, Gallimard – Folio, 1983, 2013, 4e édition, Aux origines d’Israël : entre nationalisme et socialisme, 1996, Gallimard – Folio, 2004.

7 Cf. Lénine : Du droit des nations à disposer d’elles même, Editions sociales 1973, livre reprenant notamment le texte de 1916 écrit au moment du soulèvement irlandais

8 Divers partis nationaux autonomes sont reconnus par le POSDR et l’Internationale : polono-lituaniens, lettons, géorgiens, arméniens et juifs ces derniers (Henchak et Dachnak arméniens, Bund juif, existant aussi en tant que tels dans d’autres Etats (Empire ottoman, Empire austro-hongrois).

9 Madeleine Rebérioux La Deuxième Internationale et l’Orient, (en collaboration avec Georges Haupt), Éditions Cujas, 1967

10 Georges Haupt, Michel Lowy, Claudie Weill, Les marxistes et la question nationale, 1848-1914. Maspero, 1974.

11 Otto Bauer : La question des nationalités, réédition Syllepse, 2017, traduction de Claude Weil

12 Au début de l’URSS Lénine critiquera Staline pour avoir mis sur le même plan la « nation dominante » et la nation dominées et ne pas prendre en compte le « chauvinisme grand-russe ».

13 Les « peuples constitutifs » (par exemples Ukrainien ou Tadjiks en URSS, Slovaque en Tchécoslovaquie, Serbe, Slovène ou Musulman Bosniaque en Yougoslavie) avait un droit théorique d’autodétermination (et donc potentiellement d’Etat indépendant), ce qui n’était pas le cas, des « peuples minoritaires » (par exemple les Albano-Kosovars en Yougoslavie ou les Tchéchènes ou les Ossètes en URSS), les « minorités nationales » n’ayant que des droits culturels (par exemple les Juifs ou les Roms en Yougoslavie et URSS).

14 La République française « une et indivisible » accepte officiellement pourtant l’existence d’un drapeau et d’un hymne particuliers en Polynésie française, mais sans reconnaitre explicitement le peuple Maoi autochtone, elle a par contre reconnu de facto après les accords Matignon et le référendum de novembre 1988 un peuple autochtone Kanak en Nouvelle Calédonie

15 En particulier, le Pacte international relatif aux droits civils et politiques de 1966 et la Déclaration des droits des personnes appartenant à des minorités nationales ou ethniques, religieuses et linguistiques de 1992, les conventions du Conseil de l’Europe : la Convention-cadre pour la protection des minorités nationales de 1991 (non signées par la France et la Turquie) et la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires de 1992 (signée mais le parlement français à « oublié » de la ratifier).

16 193 États membres. Les îles Cook et Niue ne sont ni membres ni observateurs permanents de l’ONU. Le Vatican (par choix) et l’État de la Palestine (à cause du refus des Etats Unis) sont uniquement des États observateurs.

17 Marti Caussa « La République de Catalogne comme autodéfense » Article publié sur le site de Viento Sur, le 23 octobre 2017 ; alencontre.org/europe/espagne/la-republique-de-catalogne-comme-autodefense.html

19 La République d’Andorre est un Etat souverain, « indépendant, démocratique et social », membre de l’ONU et du Conseil de l’Europe depuis 1993, mais dont le « Cap de l’Estat » (chef d’Etat) est le binôme du coprincipat du président de la République française et de l’évêque d’Urgell… souverain juridiquement mais indépendant ?

20 La ville est prise par les armées des Bourbons, roi d’Espagne et roi de France, elle était défendue par les partisans de Charles de Habsbourg, soutenu par les anglais et les portugais.

21 Et depuis quelques années, lors de chaque match de football joué par le Barça à domicile (Camp Nou), on entend à la 17e minute et 14 seconde, les gradins scander « Inde-Inde-Inde-pen-den-cia ! »

22 En 2016, le résultat cumulé des forces allant de la gauche radicale à la social-démocratie y atteignait 60.53 %, soit 13 points de plus que la moyenne nationale.

23 Grégory Mauzé : « L’équation catalane déboussole la gauche » http://www.revuepolitique.be/lequation-catalane-deboussole-la-gauche/, 3 novembre 2017.

24 Les élections catalanes de 2015 avaient donné 40% des voix à la coalition PDeCAT-ERC et autres, 8% à la CUP (soit 48% indépendantistes), 9% à la coalition de gauche « Catalogne en commun » avec la branche locale de Podemos, les Verts, etc., 13% aux socialistes, 18% à Ciudadanos et 8% au PP (soit 39% pour les partis « hispagnolistes »)

25 Le terme nationalitaire, utilisé originellement par Anouar Abdel-Malek ou Maxime Rodinson dans le contexte maghrébin et arabe fait référence à un nationalisme « ouvert » cf.  La pensée politique arabe contemporaine, Paris, Éditions du Seuil 1970. Il est repris à la fin du XXe siècle pour désigner les mouvements nationalistes/culturels régionaux en Espagne, au Royaume Uni ou au Québec mais aussi en France, notamment dans des partis de gauche comme le PSU.

26 Didier Epsztajn, Patrick Le Tréhondat, Patrick Silberstein : Avant-propos à la réédition de l’ouvrage d’Otto Bauer, op. cit.

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