Incorporation de caractère sexuel à un comportement ou à un produit

Sexualisation_editions-petite« De plus en plus, le marché de la mode, de la musique, des magazines et du cinéma cible les filles de 8 à 13 ans comme consommatrices. On assiste simultanément à la sexualisation indue des fillettes qui s’identifient à leurs idoles de la chanson et du cinéma ou des magazines jeunesse, reproduisant des attitudes et des comportements de « femmes sexy ». Pierrette Bouchard et ses collaboratrices analysent le phénomène dans les magazines et s’interrogent sur ses conséquences : vulnérabilité à l’apparence, à la dépendance affective, à la consommation et à l’exploitation sexuelle. Qui profite de cette exploitation des jeunes, sinon l’industrie et le système patriarcal ? »

Les auteures parlent, entre autres, de la publicité, de l’incorporation du besoin d’affirmation, de « formation identitaire centrée sur l’image et la vulnérabilité », de savoir faire sexualisé précoce, de sous-culture de sexe, de situation de dépendance et d’effacement, de culture du rêve, d’insatisfaction par rapport à son corps, de dynamique identitaire, de vêtements aguichants et dénudants, de consommation compulsive, du factice, de double standard dans le domaine de la sexualité…

Elles analysent cette « logique économique de mise en marché », la sexualisation des filles, l’action publicitaire consistant « à donner un caractère sexuel à un produit ou à un comportement qui n’en possède pas en soi », la construction de besoins présentés comme vitaux…

J’ai particulièrement apprécié les paragraphes sur la réduction de la personne à l’image qu’elle projette, la valorisation grâce à des moyens superficiels, les paradoxes (« être soi-même, une mode en soi », « le « style sportif » sans l’activité physique », « des produits pour être « naturelle » »), la recherche d’approbation…

Les auteures dénoncent l’éducation, non pour soi et pour ses besoins, mais pour le service d’autrui ; l’apprentissage du prendre soin de soi, de son corps pour plaire ; la construction d’« identité » à l’extérieur de soi…

Elles soulignent des éléments de la construction sociale de la féminité, la soumission inculquée, l’idée martelée d’une « différence irréductible entre les deux groupes de sexe », le renversement inventé de la domination dans la presse pour jeunes filles (les garçons seraient les victimes ! et il faudrait que les filles préservent et s’effacent devant leur « masculinité »)…

Sans oublier qu’il est important d’analyser les forces sociales et économiques, leurs contradictions, « derrière des actes en apparence personnels et choisis librement ».

Pierrette Bouchard, Natasha Bouchard et Isabelle Boily : La sexualisation précoce des filles

Editions Sisyphe, Montréal (Québec) 2005, 82 pages

Didier Epsztajn

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