La vivacité de l’exigence démocratique et la réinvention nécessaire de la politique

9782841747290FSDans les limites de mes compétences, je n’aborde que certains points analysés, écartant, entre autres, les considérations sur des situations socio-économiques antérieures au capitalisme et à « son » Etat. (Voir : Antoine Artous, Tran Hai Hac, José Luis Solis Gonzalez, Pierre Salama : Nature de l’Etat capitaliste. Analyses marxistes contemporaines, une-contradiction-politique-fondamentale-inscrite-au-sein-meme-des-rapports-capitalistes-de-production/). Il me semble important de refuser, non les comparaisons, mais les extensions a-historiques des formes spécifiques prises par les rapports sociaux.

Dans son introduction, Etienne Tassin parle, entre autres, des « captations privatives de la puissance publique », des effets de la corruption généralisée, des impositions planétaires du néolibéralisme, de la notion polysémique de corruption, des institutions et des réseaux d’intérêts privés, de secret : « secret fiscal, secret défense et secret des affaires », des marchés publics, du monnayage de services… L’auteur présente les articles répartis dans les trois parties : « République », « Démocratie », « Oligarchies ».

Deux textes me semblent particulièrement importants., celui de Sonia Dayan-Herzbrun et celui de Jean de Maillard.

Dans le premier, l’auteure esquisse une interprétation de la corruption, à partir de différentes théories critiques de l’Etat. Elle parle de « déplier tous les sens dans lesquels ce terme de corruption est utilisé », de corrupteur, de système corrupteur, des failles de structures étatiques, de valeurs (partagées ou non) « d’intérêt public », d’appareils de l’Etat « pris dans des réseaux d’intérêts privés et souvent criminels », de soupçon de financements occultes, de démocratie dont le fonctionnement est modelé sur celui du marché, de mélanges indiscernables entre décisions géopolitiques et mafias de tous poils, de dilution du politique dans le monde de l’argent, d’organismes (BCE, FMI, Commission européenne) n’ayant de « compte à rendre à aucune instance élue »…

Le titre de cette note est inspiré par une phrase de l’auteure.

Dans le second, l’auteur aborde « L’auto-corruption, paradigme du capitalisme financier », parle de contexte dans lequel est apparu et s’est formé le phénomène de corruption, des « évolutions des formes de corruption, qui accompagne une mutation parallèle du système économique et financier ». Il définit l’auto-corruption : « Il s’agira d’un ensemble de distorsions découvertes dans les fonctionnements institutionnels, dont l’effet est de favoriser un management du système politique, économique et financier soit par le contournement frauduleux de ses propres normes, soit par l’introduction de pratiques délibérément délictueuses servant de variables d’ajustement des normes (c’est-à-dire d’alternatives à celles-ci) ». Financiarisation de l’économie, crises et scandales financiers ; atteintes « externes » et atteintes « internes » au système économique ou financier ; fraudes systémiques… et des exemples : falsification des comptes publics de la Grèce, trading à haute fréquence (THF), crise des Savings & Loan aux Etats-Unis, dissimulation de la réalité des manipulations frauduleuses, fraude sur le Libor… L’auteur parle de « crimes-fins-en-soi », de crimes pour faciliter les précédents, de crimes visant à pérenniser les systèmes mafieux…

Un autre magistrat, Eric Alt souligne le brouillage des frontières entre le légal et l’illégal, parle de pathologie du secret (secret fiscal, secret défense, secret des affaires) et de contrôles défaillants, des dispenses de justification de l’usage des indemnités (sénateurs et sénatrices), des associations et fondations hors des comptes consolidés des partis, des partenariat « public-privé », du lobbyisme, du peu de sanctions, des subprimes et de la fraude au crédit hypothécaire, de « République crépusculaire », tout en rappelant que « la crise n’est pas née de l’excès des droits sociaux »…

J’ai aussi été intéressé par les analyses sur l’Etat italien et la corruption, les scandales et la maffia, les dessous-de-table ; ou celles sur le Mexique, les narco-trafiquants, la criminalité et la violence ; ou les luttes sur les déchets (Zambie, Naples). Sur les ordures et les poubelles, mais pas seulement, en complément possible : Pierre Godard, André Donzel : Eboueurs de Marseille. Entre luttes syndicales et pratiques municipales, des-eboueurs-contre-un-systeme-de-gestion-des-dechets-inefficace-antidemocratique-et-anti-ecologique/

Sommaire

Présentation

« République »

Sonia Dayan-Herzbrun : De quoi la corruption est-elle le nom ? Esquisse d’interprétation

Éric Alt : La République à l’épreuve de la corruption

Thierry Ménissier : Quelle philosophie de la corruption dans les républiques d’après la vertu civique ?

« Démocratie »

Domenica Farinella : L’État italien et la corruption. Causes historiques et inflexions contemporaines

Sergio Pérez Cortés : Faiblesses de la démocratie. Le cas du Mexique

Bruno Pepe Russo : Banalité et complexité sociopolitiques dans deux waste-scapes : Kitwe et Naples. Une critique de l’anthropologie négative

« Oligarchie »

Pierre Lascoumes : La production oligarchique des normes anti-corruption

Jean de Maillard : L’auto-corruption, paradigme du capitalisme financier

Jean Abel Pierre : La corruption entre complexité et tour de force du droit international

Martin Breaugh : De l’oligarchie. Considérations préliminaires pour une enquête sur le règne du petit nombre aujourd’hui

Sous la direction de Patrick Cingolani, Federico Tarragoni et Etienne Fassin : L’Etat corrompu

Tumultes n°45, octobre 2015

Editions Kimé, Paris 2015, 180 pages, 20 euros

Didier Epsztajn

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