1° Mars 2016

(Al Faisaliah Hôtel – 182, King Fahd Street – Riyad – Arabie Saoudite, 1° Mars 2016 – Patrice Orwell et Jean Casanova)

Chers lecteurs, prenez bien note de la date d’où nous vous écrivons : 1° Mars 2016. Nous vous cablons notre dernière dépêche de Riyad, où nous venons de débarquer, rejoignant l’ensemble des représentants de la presse internationale, à la veille de l’ouverture du grand procès, il restera pour la postérité le Procès de Riyad, que les puissances alliées, sous l’égide de l’ONU, ont décidé d’intenter aux principaux responsables de Daech, accusés au lendemain de leur écrasement militaire et de leur capitulation, de complot et de crimes contre la paix, crimes de guerre et crimes contre l’humanité.

La décision de cette grande démonstration juridique internationale vient d’être prise par les trois grandes puissances de la coalition anti-Daech, représentées par leurs prestigieux dirigeants, Barak Obama, Vladimir Poutine et François Hollande. François Hollande, dont la déclaration, hier soir, sur le perron du palais de l’Élysée, a ébranlé le monde entier : « Le procès que nous entamons contre les chefs de Daech rescapés et échappés au suicide, ce procès constituera un événement historique conçu pour dissuader à jamais quiconque de commettre de telles agressions, de tels actes de barbarie qui ont indigné le monde ».

La bête immonde a été vaincue ! Et, en France, l’état d’urgence décrété le 14 Novembre 2015, au lendemain des attentats, et prolongé le 20 Novembre pour trois mois, après approbation  quasi-unanime du Parlement, l’état d’urgence vient d’être levé.

Nous ne pouvons, avec le recul, que nous féliciter de la pertinence de cette mise en parenthèse provisoire de toutes les libertés publiques, pour l’effet dissuasif qu’elle a permis d’obtenir dans la lutte contre les criminels de l’ombre. Nous vous en rappelons les dispositions essentielles ; elles n’était pas minces, mais tellement nécessaires ; nous ne voulons pas les discuter :

  • – assignation à résidence, et dans le lieu que le Ministre de l’Intérieur aura fixé, de toute personne à l’égard de laquelle il existe des raisons sérieuses de penser que son comportement constitue une menace pour l’ordre public,

  • – dissolution des associations et groupements participant à la commission d’actes portant atteinte à l’ordre public,

  • – autorisation aux autorités administratives, sans préalable mandat judiciaire, d’ordonner perquisitions en tout lieu, y compris au domicile, de jour et de nuit, s’il existe des raisons sérieuses de penser que…

Nous ne voulons pas, chers lecteurs, c’est passé maintenant, n’y pensons plus, énumérer la très longue liste de toutes ces si nécessaires dispositions dont, avec le recul maintenant, vous pouvez juger du bien-fondé.

Les plus jeunes d’entre vous n’ont pu en garder la mémoire, 60 ans déjà, mais notre pays s’était déjà appuyé sur une telle législation dans sa lutte contre le Terrorisme.

Le 5 Avril 1955, suite à l’insurrection déclenchée par le Front de Libération Nationale (FLN) et sa vague d’attentats sur le sol algérien et en métropole, le Président du Conseil Edgar Faure et son Ministre de l’Intérieur François Mitterrand instauraient l’état d’urgence, permettant ainsi l’internement de milliers d’Algériens sur simple décision policière, la saisie de journaux, la perquisition extrajudiciaire et l’établissement des couvre-feus.

Qui se souvient qu’un an plus tard, heureusement aujourd’hui nous y avons échappé, le 16 Mars 1956, le nouveau Président du Conseil Guy Mollet, à la tête du gouvernement depuis le mois de Janvier, après une campagne électorale menée sur le thème de « La Paix en Algérie », Guy Mollet donc, assisté de son Ministre de l’Intérieur André Bourges-Maunoury et du toujours Ministre, mais de la Justice maintenant, François Mitterrand, faisait voter la loi dite des « Pouvoirs Spéciaux ». Pouvoirs spéciaux conférant les pouvoirs de police à l’Armée : ceux d’arrêter, interner et interroger. Nous verrons plus loin que ces pouvoirs ne s’arrêtaient pas là.

Qui se souvient encore que c’est à la faveur de ses pouvoirs spéciaux, que démarrait la résistible ascension, non pas d’Arturo Ui, mais celle de Jean-Marie, jeune officier parachutiste rapidement remarqué pour ses compétences en radioélectricité ?

Qui se souvient encore des crevettes Bigeard, formule qui révèle toute l’ingéniosité de nos rétablisseurs d’ordre public du moment ? Les prisonniers torturés et liquidés, algériens ou français (Maurice Audin, peut-être) étaient simplement jetés à l’eau dans le port d’Alger. Problème : la remontée des corps retrouvés quelques jours plus tard, échoués sur les plages environnantes ; d’où la jolie dénomination de crevettes. Elles n’étaient pas roses ! Problème réglé, la postérité faisant du colonel Bigeard l’inventeur de l’astucieux procédé consistant à couler dans le béton les pieds des assassinés, jetés loin en mer de la carlingue d’un hélicoptère.

Grâce à Dieu, nous avons pu éviter ce terrible engrenage qui aurait été peut-être, nous disons bien peut-être, la suite d’une pénible et douloureuse prolongation de notre état d’urgence de 2015. Mais non ! Nos stratèges avaient vu juste. Trois mois, tout juste ! La bête est vaincue. Daech terrassé. La semaine prochaine, commence le Procès de Riyad.

Trois mois d’état d’urgence ont suffi. Bien évidemment, conjugué à la grande coalition militaire internationale.

Nous pouvons respirer ! Plus facile que prévu finalement ! Car, souvenez-vous, ce n’est pas ce que prétendaient quelques prophètes de malheur, profitant de la stupeur et de l’émotion des lendemains du 13 Novembre, et faisant allusion à une certaine jeunesse perdue et en déshérence dans nos villes et nos quartiers. Symptôme, entre autres, pour eux de la grande crise du « no future ». Celle d’un capitalisme financier considérant, pour ses impératifs de rentabilité, qu’exclure de l’école et du travail plus de 5 millions d’individus durant deux générations successives, n’aurait que des inconvénients mineurs. Inconvénients que quelques artifices bidouilleurs de comptabilité à Pôle-Emploi seraient à même de régler.

Oiseaux de malheur ! Qui veulent tout embrouiller et toujours tout ramener à la politique. Vous êtes désavoués. Tout a été réglé.

On frémit en y pensant : dans quel engrenage aurions-nous mis la main, si au bout de trois mois, l’affaire Daech n’avait pas été pliée ?

Jean Casanova

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