Il n’y a pas de bonne excision et il n’y a pas d’excision a minima !

developpement-santeCe numéro spécial de Développement et Santé consacré aux Mutilations Génitales Féminines (MGF) fait suite au colloque intitulé « Excision, les défis de l’abandon » organisé à Paris le 6 février 2014 par l’Association Excision, parlons-en ! (EPE). Il ne s’agit pas du compte-rendu, stricto sensu, de cette rencontre mais d’un document dont les différents articles se répondent les uns aux autres pour servir de support et d’outil à toutes celles et ceux qui luttent contre les MGF, notamment aux professionnels de santé.

Comme le souligne une contributrice, il ne faut oublier que « les premiers mouvements abolitionnistes » sont partis du continent africain, d’Ethiopie, au XVème siècle… »

Comme le rappellent plusieurs-e-s intervenant-e-s, dans le monde, 125 millions de femmes seraient excisées et 30 millions de filles pourraient être soumises à cette pratique dans les trente prochaines années. Les mutilations sexuelles sont une violation des droits des jeunes filles et des femmes, une atteinte à l’intégrité des femmes.

Si dans certains pays, comme à Djibouti, en Egypte, en Guinée, en Somalie, les mutilations « sont une pratique quasi universelle », dans d’autres pays elles ne concernent que certains groupes de populations féminines.

Il importe de comprendre « les dynamiques sociales qui font que les MGF / E se perpétuent et celles qui contribuent à leur élimination progressive », les motivations, les contraintes et les stratégies des familles, d’identifier « l’ensemble des déterminants qui favorisent la pratique de l’excision ou en limitent l’abandon », le cadre de référence personnel sur le fonctionnement de la sexualité…

Les auteur-e-s parlent de normes d’attentes sociales, « les normes sociales et attentes au sein de communautés d’individus partageant les mêmes convictions jouent un rôle important dans la perpétuation de ces usages », d’un sentiment d’obligation sociale, de présence de femmes mutilées en Europe liée à la féminisation des flux migratoires, de conflits de normes, des droits sexuels…

Ils et elles parlent de santé, de complications obstétricales, des infections… et rappellent que ces pratiques ne présentent « aucun avantage pour la santé des jeunes filles et des femmes ». Ils et elles insistent sur l’expertise nécessaire de la part des professionnel-le-s de santé, la formation des praticien-ne-s médicales, les actions de l’OMS, l’importance de « ne participer en aucun cas à la médicalisation de la pratique »…

Les auteur-e-s parlent aussi de complexité du vécu des patientes, des opérations chirurgicales, « la chirurgie n’est pas la réparation », de reconstruction clitoridienne… Et aussi de prise en charge, par les systèmes de santé, des complications liées aux mutilations.

Elles et ils abordent les dynamiques sociales porteuses de changement de normes, les approches communautaires, « L’engagement public de groupes pratiquant jusqu’alors l’excision et choisissant de manière collective et explicite d’abandonner la pratique permet l’instauration d’un climat de confiance, le basculement de la norme sociale et représente une étape essentielle dans le processus d’évolution durable au sein des communautés », le changement social par l’identification des mutilations sexuelles femmes comme « pratique nuisible à leur bien-être et à leur développement », la pratique du « marrainage »…

Sommaire :

  • Editorial, par C. Mongin, P. Reinert

  • Mutilations génitales féminines/excision : bilan statistique, par C. Cappa

  • Les MSF dans les pays du Nord : quelles réalités et quels enjeux ?, par A. Andro, B. Cuzin

  • Excision, conséquences médicales mais nécessité d’action pluri-sectorielle, par I. Huguet-Wachsmuth

  • Complications médicales, obstétricales et psychologiques des MSF, par B. Cuzin

  • La médicalisation des mutilations génitales féminines et ses conséquences, par M. Kouyaté

  • Regard clinique sur l’excision : l’expérience d’un dispositif de soins pluridisciplinaire, par  E. Antonetti-Ndiaye, S. Fall, L. Beltran

  • Mutilations sexuelles féminines : reconstruction clitoridienne. Résultats, pour quels enjeux ? par S. Madzou, C. M. R. Ouédraogo, P. Gillard, C. Lefebvre-Lacoeuille, L. Catala, V. Combaud, L. Sentilhes, P. Descamps

  • La prévention des mutilations sexuelles féminines, par E. Piet

  • Comment mieux comprendre et gérer les signalements de filles à risque de mutilations sexuelles féminines en Belgique ? Présentation des résultats d’une recherche action, par F. Richard, M. De Brouwere et M. Dieleman

  • Mutilations génitales féminines : la prise en soin infirmière, par M. Abemyil

  • Changements sociaux : introduction, par L. Guinamard

  • Références religieuses et rôle des leaders musulmans pour l’abandon de l’excision, par G. I. Serour

  • Le cas de Tostan au Sénégal : les droits humains comme fondement des changements sociaux, par M. Casaux-Bussière

  • Protéger la Prochaine Génération : un projet pilote et intégré de promotion de l’abandon des MGF dans le district sanitaire de Kayes, par A. Desrumeaux, B. Ballo

  • Projet commun Femmes Solidaires et Karera-Gamissa de lutte contre les MGF en région Afar d’Ethiopie, par A. Dabalé

  • Trente ans de réussite face à une pratique millénaire, par I. Gillette-Faye

  • Un nouvel élan en faveur de l’abandon de l’excision, par L. Guinamard

Développement et santé : Spécial Excision / Mutilations sexuelles féminines

2014-2015, numéro 205

http://www.excisionparlonsen.org/developpement-et-sante-n205-special-excisionmutilation-sexuelle/

Didier Epsztajn

2 réponses à “Il n’y a pas de bonne excision et il n’y a pas d’excision a minima !

  1. « … ces pratiques ne présentent « aucun avantage pour la santé des jeunes filles et des femmes ». » J’avoue avoir sursauté à ce passage.
    Je crois percevoir en filigrane que ça répondrait à un argument d’arrière-garde pro-excision ; mais ne suffirait-il pas de mettre en avant LE FAIT que des centaines de millions de femmes ne pratiquent pas l’excision et s’en trouvent fort bien ; et, mieux ! que ces femmes-là, qu’elles soient européennes, chinoises, japonaises ou autres, ont des espérances de vie meilleures que celle des femmes excisées.
    Bref, j’ai sursauté.
    Un peu comme si on disait « le viol ne présente aucun avantage pour la santé des jeunes filles… »

  2. Merci pour cet article, 2015 a connu une avancée notable dans le domaine de la lutte contre les MGF puisque le nouveau gouvernement du Nigeria a adopté une législation les interdisant. La parution que vous commentez date d’avant, mais on peut quand même le mentionner.

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