Briser un tabou qui pèse lourdement dans l’histoire et la mémoire des femmes

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« Monstres que nous ne sommes jamais, monstres toujours définies comme différentes des autres, n’ayant rien à voir avec une femme normale »

Loin de l’approche psychanalytique et individuelle de l’infanticide, les auteures insistent sur l’aspect politique et social. « Nous avons écrit ce livre pour interroger notre rapport social et individuel à l’infanticide et, plus largement, à tout ce qui fait d’une femme une « mauvaise femme », une « mauvaise mère ». »

Un premier récit abrupte d’une femme qui sait ce qu’elle ne voulait pas…

« Nous sommes huit femmes à avoir décidé d’écrire et de publier ce livre… / … Au départ de notre envie de réfléchir collectivement, il y a l’histoire d’une femme jetée en prison pour infanticide. Cela nous touche et nous interroge. Nous révolte aussi, quand la presse se déchaîne en présentant les femmes infanticides comme des monstres, au mieux comme des malades. »

Les auteures parlent de « rendre visible l’invisible », de « sortir du secret et du privé et rendre public ce qui fait notre oppression pour pouvoir nous en débarrasser ».

Aujourd’hui, le terme infanticide renvoie à l’idée de mère, de « mauvaise mère ». Il se confond avec le juridiquement condamnable (« meurtre sur un mineur de moins de quinze ans »), enlevant toute l’épaisseur sociale à une histoire collective. Les auteures soulignent que l’image/rôle/assignation de la mère couvre celle de femmes « qui précisément commettent cet acte pour ne pas l’être ».

Elles insistent sur « notre situation commune face à des grossesses non désirées », parle du « déni de grossesse », de non conformité en regard des attentes sociales, de réduction à la « fatalité biologique »…

Elle analysent ce qu’est un enfant, son statut comme construction sociale, la superposition de la science à la religion, la place grandissante de l’enfant dans les sociétés occidentales, le concevoir comme acte biologique et reconnaissance sociale…

Les auteures parlent de femmes et non de mères, du refus de la maternité, de grossesses non désirées, de grossesse vécues comme une violence, de l’assignation sociale à devenir mère,…

Elles rappellent comment « la société a légiféré au fil des siècles sur le ventre des femmes » et analysent la construction juridique de l’infanticide en France, la démographie comme outil de gestion politique, les choix natalistes, la pénalisation de l’avortement, la loi de 1920, les luttes pour la légalisation de la contraception puis de l’avortement, les oppositions toujours renouvelées au droit des femmes à maitriser leur corps, la fragilité des droits acquis…

Contraception et avortement, les auteures revisitent les moyens et leur mise en œuvre, les « solutions stéréotypées qui prétendent être des réponses adaptées alors que les vraies questions n’ont pas été posées » (Voir le livre de Maud Gelly : Avortement et contraception dans les études de médicales Une formation inadaptée, dimensions-sociales-et-politiques-de-la-contraception-et-de-l’avortement/). Elles parlent de l’absence d’interrogations des gynécologues sur les pratiques sexuelles ou les modes de vie, de la prédominance de la médecine et non des femmes dans la contraception, de discours scientifiques culpabilisants, de leurre de la contraception comme devant empêcher « les avortements,les abandons ou les infanticides », de l’organisation matérielle de l’IVG « qui fait de l’avortement un droit », des outils refusés aux femmes, des femmes enceintes traitées comme des malades, « c’est la grossesse non désirée qui est tragique, et non le moyen d’y mettre fin » (Voir par exemple, Les filles des 343 : J’ai avorté et je vais bien merci, lavortement-est-notre-liberte-et-non-un-drame/).

Délais dépassés, accouchement sous X, accouchements seules, certaines se seront débrouillées seules… Interruptions médicales de grossesse (IMG) et situation de grande dépendances à l’égard des médecins, « gardiens d’une définition de la norme sociale qu’ils s’appliquent à reproduire », abandons socialement reprouvés et idéalisation des mères, refus de maternité…

Les auteures analysent aussi les constructions de la sexualité, les codes de la société hétéro-normée, la pénétration présentée comme aboutissement logique du désir et voie royale d’accès au plaisir, le centrage sur les rapports sexuels fécondants, le silence sur les différentes pratiques sexuelles… J’ajouterai les modèles diffusés par l’industrie pornographique.

Mère, « ce rôle biologique somme toute limité conditionne l’ensemble de notre vie », statut social et devoir social, prétentions masculines dans le domaine de l’obstétrique, sphère dite privé et rôle de l’Etat, idéologie nataliste, naturalisation de la maternité, « la pression sociale nous formate toutes et s’y conformer procure un confort psychologique », attentes sociales et responsabilité individuelle, opprobre « sur celles, qui par tous les moyens dont elles disposent – comme des milliers de femmes avant elles-, n’auront pas cet enfant qu’elles ne veulent pas avoir »…

Les luttes des femmes, et « où sont les hommes ? », le travail invisibilisé des femmes, l’imaginaire « de la Femme et de l’Amour », la « désinvolture » masculine, la caricature de la sexualité dans nos sociétés…

Dans les différentes sociétés, contre des grossesses non désirées ou imposées, des femmes ont utilisé la contraception, l’abandon, l’avortement et/ou l’infanticide, que ces pratiques aient été encouragées ou condamnées…

« Nous souhaitons que l’analyse collective permette la déculpabilisation et que nos réflexions suscitent des débats et une remise en cause des condamnations morales comme judiciaires »

Collectif d’auteures : Réflexions autour d’un tabou l’infanticide

Cambourakis, Paris 2015, 130 pages, 10 euros

Didier Epsztajn

 

Une réponse à “Briser un tabou qui pèse lourdement dans l’histoire et la mémoire des femmes

  1. quand une femelle du règne animal se rend compte qu’elle n’aura pas les ressources nécessaires pour amener ses petits à l’âge adulte, il en est pas mal qui les mange.

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