Or on ne sait ce qui, sortant de la trappe, finit par pointer… sa gueule

arton875Dans les limites de mes compétences, réduites en la matière, et en espérant ne pas faire de contre-sens. Contre les lectures unilatérales d’Ivan Segré et les instrumentalisations de sa critique du philosémitisme. Une lecture très incomplète, très partielle et partiale.

« Par « révolution », j’entends une politique dont la finalité est la disparition de la servitude et de la domination dans la structure même du social ». Première phrase et désignation d’un point de vue, celui de la révolution…

Une histoire à la fois juive et non juive, la « normalisation bourgeoise du nom « juif » », la socialité orthodoxe populaire, « Les lieux de l’orthodoxie juive, qu’on y prie, qu’on y étudie, qu’on y danse, sont ouverts aux quatre vents et le va-et-vient y est permanent ». A noter que l’auteur fait l’impasse sur une dimension incontournable, ces lieux d’orthodoxie ne sont que masculins.

Ivan Segré critique Benny Levy, son orthodoxie, « doctrine constituée, inamovible, prétendument anhistorique… », la criminalisation du marxisme « opération idéologique bourgeoise contemporaines du marxisme, de même que la criminalisation des mouvements révolutionnaires par les classes dirigeantes naît avec ces mouvements »

Certes, il faut souligner cela, mais cela ne saurait dispenser de faire la critique des politiques criminelles menées au nom du « marxisme ». De ce point de vue, je ne partage ni l’hypothèse « communiste », ni « la politique révolutionnaire » d’Alain Badiou, largement sollicitée ici, ni les positions de cet auteur sur le stalinisme, les khmers rouges et autres embardées, qui ne sauraient, à mes yeux, être détachées des fondements de son orientation…

La « rupture subjective avec l’Etat » est peut-être « le noyau du judaïsme », et si elle donne une certaine boussole, elle ne dit que peu de chose sur les stratégies possibles d’émancipation.

« Je voudrais que ce livre soit une initiation au Talmud pour non-talmudistes. Il l’est au moins en ce sens que sa construction, et sa manière d’exposition, ne relèvent pas de l’exercice philosophique – clair, concis et distinct – mais talmudique : dialectique, labyrinthique et rusé ». L’auteur souligne la différence, largement traitée dans son livre sur Spinoza entre les « théoriciens bourgeois du nom « juif » et les théoriciens ouvriers du nom « juif ». »

Révolution, talmud, nom ouvrier… Trois mots et plus, indispensables pour une lecture raisonnée des analyses d’Ivan Segré. Chacun-e, en fonction de ses intérêts, connaissances, de son ouverture, trouvera ici de multiples pistes de réflexion.

J’ai notamment été intéressé par les passages sur la culture rabbinique « un esprit, une démarche, une méthode, dont la finalité serait de susciter des dépassements, des franchissements, des rencontres », le sentiment d’appartenance à une minorité non réductible à la religion ou à la nation, la critique de l’imperium, le déficit de subjectivation

Et les analyses sur la singularité « la singularité est rigoureusement universelle, ou n’est pas », la dialectique de l’obéissance à la lettre et l’audace de l’esprit « il n’est pas d’étude talmudique qui ne procède et du commentaire et de l’interprétation », le nom politique « il est absolument impossible qu’un nom politique soit celui d’une identité », l’étude pharisienne de la Lettre « Penser à partir de la Lettre, c’est le trait distinctif du pharisien,par différence avec le philosophe », l’émancipation collective « l’émancipation collective est la chose la plus utile à l’émancipation singulière, et vice versa », ou le « primat de la contradiction sur l’identité »…

Du même auteur :

Qu’appelle-t-on penser Auschwitz ?, le-scandale-derriere-les-mots/

La réaction philosémite, contre-la-defense-de-loccident/

Le manteau de Spinoza. Pour une éthique hors la Loi, rendons-nous-maitres-dun-souvenir-tel-quil-brille-a-linstant-du-peril/

Ivan Segré : Judaïsme et révolution

La fabrique Editions, Paris 2014, 326 pages, 14 euros

Didier Epsztajn

5 réponses à “Or on ne sait ce qui, sortant de la trappe, finit par pointer… sa gueule

  1. Je vois mal comment Badiou aurait pu défendre le stalinisme, vu qu’il n’est pas né dans un milieu communiste, n’a jamais appartenu au PC qu’il a « toujours combattu » -comme il l’écrit en page 8 de son livre D’un désastre obscur, sur la fin de la vérité d’État, et était membre du PSU.
    Quant aux « saloperies » qu’il a soutenues, 1) il est loin d’être le seul, (Mitterrand aussi a soutenu les Khmers rouges, si je ne me trompe, au début….et nombreux ont été les « intellectuels maoïstes », qui ne se sont dédits qu’en devenant de fieffés réactionnaires, pour la plus grande joie des bien-pensants. 2) il a reconnu, courageusement, ses erreurs. Internet ne vous a pas suffisamment éclairé. Y aurait-il des trous idéologiques sur la toile ?ou n’avez-vous pas assez cherché ?
    L’oeuvre philosophique de Badiou est tellement immense et difficile qu’elle exige des bases, philosophiques et mathématiques, que je n’ai pas, mais il écrit aussi de nombreux petits livres, plus accessibles, qui démentent absolument vos propos, sauf sur la question du féminisme, qui ne semble pas du tout l’intéresser. Sur ce point, vous avez entièrement raison. Mais sur le reste, je crois que vous devriez être moins dogmatique et vous informer davantage.

    • merci de penser que je suis dogmatique et mal-informé !!!
      je vous invite à regarder du coté de l’UCFml, de l’Organisation, du soutien au dictateur albanais…
      je ne tiens pas à polémiquer sur Alain Badiou
      et je maintiens ce que j’ai écrit dans cet article, ni plus ni moins
      cordialement

      • annevanoosthuyse

        Rassurez-vous, j’aime dialoguer, essayer de comprendre en quoi, pourquoi l’autre, que j’estime par ailleurs, diffère de moi sur un point précis, mais j’ai horreur de la polémique !
        Cordialement. A.V.

  2. J’aimerais que vous précisiez quelle est, selon vous, la position de Badiou sur le stalinisme, les Khmers rouges, l’hypothèse communiste etc, avec des références de lecture, car on entend tout et son contraire à propos de ce philosophe à l’oeuvre très fournie et difficile d’accès.

    • je ne parle pas de l’oeuvre philosophique d’Alain Badiou que je ne connais pas
      ni de son engagement actuel
      je rappelle seulement qu’il a été stalinien et l’a revendiqué,
      et entre autres, défenseur des pires exactions des gardes rouges, des criminels khmers rouges, etc.
      tout cela est public et largement disponible sur internet
      ce que j’ai lu, un peu par hasard, sur son « hypothèse communiste », me semble marqué par ce passé et souffre d’un « déficit » de pensée émancipatrice résolument démocratique, de prise en compte des apports de multiples courants, de sous-estimation des apports des féministes, etc… (mais cela n’est que mon opinion)

      lorsque l’on défendu des saloperies, soutenus des criminels, le moins que l’on puisse faire c’est d’essayer d’analyser le lien entre ses positions et ses théorisations…

      mais sur ces sujets, il faut directement interroger Alain Badiou

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