Pas de légalité sans égalité, pas d’égalité sans légalité

9782246785286-X_0« Prenez une profonde inspiration », pour plonger dans les années 1950, presque hier, « les lois Jim Crow définissent avec minutie et précision les termes de la ségrégation raciale ». Il faut bien maintenir « la suprématie blanche coûte que coûte en érigeant une séparation étanche entre les blancs et les autres ». La non-démocratie et l’inégalité « constitutionnalisée »…

Deux espaces, y compris dans des lieux communs…. « Regardez les photos des années 1930, 1940, 1950 prises quelque part au sud des Etats-Unis ». Des bus…

La légalité de l’arbitraire et « la terreur la plus grande, rendant tout blanc, juge et partie, faisant de tout noir un coupable idéal ».

« Colored », ici, « personne de couleur », une petite fille, « je savais juste que le blanc n’en était pas une, non, le blanc, visiblement, c’était autre chose, une sorte de mètre-étalon, le point d’équilibre autour duquel s’organisait le reste de l’humanité ». Un-e enfant, « C’était avant la collision, avant l’école maternelle »… et après « il y eut le sentiment d’être sans arrêt extraite de moi-même pour être projetée ailleurs, là où les choses sont évidentes et simples, là où c’est plus commode. Après j’étais noire ».

Etre l’autre, la/le visible, la/le marqué-e, la/le différent-e, pour cause de sexe, de couleur de peau, de religion, de sexualité… Des enfants et un jour comme le dit si bien l’auteure, je n’étais plus un-e enfant mais « j’étais… ».

De ce point de vue, il y a bien un « faux universel » construit et historique du refus de l’égalité, au nom de « valeurs », de « religion », de « culture », de patrimoine, de genre, d’identité, de normes sexuelles, etc… Des constructions sociales, au privilège des un-e-s, qui dénient aux autres leur être le plus intime et leur refusent l’égalité des droits. Ces droits qui ne peuvent exister réellement que comme droits indivisibles, non hiérarchisés et indépendants.

USA, être noir-e, « on vous a inventé une identité parallèle, vous étiez l’esclave, vous étiez le nègre, une espèce à part, corvéable à merci », Alabama, des lois racistes, la police blanche, « Un corps noir se balance dans la brise du Sud, étrange fruit suspendu aux peupliers »…

« Southern trees bear strange fruit,

Blood on the leaves and blood at the root,

Black bodies swinging in the southern breeze,

Strange fruit handing from the poplar trees »

Claudine Colvin, dans un bus, assise, 2 mars 1955, « Donne-moi ce siège ! ». Tania de Montaigne insiste, écoutez sa voix et avancez, rendant présent ce bus et sa travée. Mais peut-on vraiment s’imaginer noir-e lorsque sa couleur, le blanc, sert de « référence »… « Vous êtes une femme, donc moins qu’un homme, et vous êtes noire, donc moins que rien »… Ici moins que rien, ailleurs moins qu’un chien…

Claudine Colvin, Rosa Parks, Jo Ann Gibson Robison, trois femmes. L’auteure détaille les événements, les hésitations, les procès, les hontes et les résistances. Elle souligne pourquoi l’une et non l’autre devint Rosa Parks. Elle parle aussi de la National Association for Advancement of Colored People (NAACP), de Martin Luther King, du « peuple noir dans l’histoire américaine », du plaider non-coupable de Claudine Colvin, de droits et de leur absence, de double peine…

De l’autre femme noire aussi, « Rosa Parks devient Rosa Parks », du boycott des bus, des marcheurs et des marcheuses, des femmes considérées comme des biens meubles, de visibilité des hommes et du travail d’organisation invisibilisé d’une femme, de « ce que dit l’Histoire », de la police « bras armé des ségrégationnistes », du quatorzième amendement…

2 février 1956, « Cinq femmes noires attaquent les lois de la ségrégation devant la cour fédérale »… et inconstitutionnalité de la ségrégation…

Et « pendant que j’écris ces pages », des exemples quotidiens de racisme, « Jim Crow saute toujours, mais la différence entre hier et aujourd’hui, c’st peut-être que nous ne pensons plus que c’est la seule chose qu’il puisse faire ».

En complément possible :

Eugène Ebodé : La Rose dans le bus jaune, il-faut-encore-avoir-du-chaos-en-soi-pour-enfanter-une-etoile-qui-danse/

C. L. R. James : Sur la question noire. Sur la question noire aux États-Unis 1935-1967, note de lecture : Qui sommes-nous, ici, pour nous lever – ou plutôt rester assis – et leur dire ce qu’ils doivent faire ou ne doivent pas faire ?

Studs Terkel : Race. Histoires orales d’une obsession américaine, note de lecture : Invention humaine et constructions oppressives et mortelles

Dans la même collection :

Michelle Perrot : Mélancolie ouvrière, Lucie est sortie du rang où sa condition de femme, de mère, de veuve aurait dû la garder

Sandrine Treiner : L’idée d’une tombe sans nom, ne-venez-pas-nous-nous-sommes-trompes/

Tania de Montaigne : Noire

La vie méconnue de Claudette Colvin

Nos héroïnes – Grasset, Paris 2015, 175 pages, 14, 90 euros

Didier Epsztajn

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.