La France, pays des droits de l’« Homme », un modèle pour les droits des femmes ?

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« Le roi Abdallah, ce féministe discret », vraiment ? Alors que certain-e-s notables aiment devant des dirigeants perpétuant des politiques sexistes et LGBTphobes, l’Inter-LGBT rappelle que les droits des femmes sont le faire-valoir des politiques hétéropatriarcales et le reflet des sociétés machistes. Ainsi de l’Arabie Saoudite, interdisant aux femmes le droit de conduire – discrimination que l’on retrouve en Russie à l’égard des personnes trans ; de l’Afghanistan où l’infantilisation des femmes est poussée jusqu’à leur interdire toute visite médicale sans référent masculin (comme il est d’usage avec les enfants) ; de l’Irlande où ses lois en matière d’avortement réduisent les femmes à un statut d’animale reproductrice… Lors de ce 8 mars, Journée internationale de luttes pour les droits des femmes, l’Inter-LGBT se mobilise pour dénoncer l’oppression et les violences dont sont victimes toutes les femmes, lesbiennes, bisexuelles, trans et hétérosexuelles dans le monde. La France doit s’engager enfin vers une véritable politique d’égalité femme/homme en accordant enfin à toutes les femmes les droits que la société patriarcale leur refuse.

À l’international, les femmes lesbiennes, bisexuelles et trans sont menacées de mort

Les violences et les discriminations spécifiques envers les femmes lesbiennes, bisexuelles et trans concernent aussi toutes les régions du monde1. Les discriminations qu’elles rencontrent sont doubles, voir triples, en raison de leur genre et de leur orientation sexuelle et/ou transidentité. En tant que femme et homosexuelle, les lesbiennes rencontrent la lesbophobie, une double violence conjuguant sexisme et homophobie. Chaque jour des lesbiennes et des bisexuelles subissent exécutions, emprisonnements, tortures, viols correctifs, mariages forcés2… Violences physiques et psychologiques auxquelles se rajoutent les violences institutionnelles : les relations lesbiennes sont illégales dans 50 pays sur 193 à l’ONU, seuls 14 pays autorisent le mariage aux couples de même sexe et 15 autorisent l’adoption conjointe aux couples de même sexe3. Quant aux femmes trans, qu’elles soient hétérosexuelles ou lesbiennes, elles sont des centaines à être assassinées ou poussées au suicide chaque année4 et subissent de graves discriminations de la part de nombreux États : impossibilité de changer d’état civil, de se marier, procédures médicales abusives…

Mais la France, pays des droits de l’« Homme », est-elle elle-même un modèle ?

Droit à disposer de son corps : IVG/PMA

La France doit aussi balayer devant sa porte. Aujourd’hui encore s’opère un véritable contrôle du corps des femmes dans notre pays. Autant pour l’accès à l’interruption volontaire de grossesse (IVG), que pour celui à la procréation médicalement assistée (PMA). Si c’est d’une manière insidieuse que le droit à l’avortement libre et gratuit est mis en danger en France (avec la fermeture de 5 % des établissements publics et de 48 % des établissements privés pratiquant l’IVG au cours de ces dix dernières années5), la PMA n’est quant à elle toujours pas ouverte aux couples lesbiens et aux femmes célibataires. Cette interdiction est non seulement une discrimination faite aux femmes qui ne sont pas en couple avec un homme, mais aussi une entrave au droit à disposer de son propre corps. Les mères non biologiques, dites « sociales » sont quant à elles considérées comme des sous-citoyennes. À la différence des couples hétérosexuels ayant recours à la PMA, où le parent non biologique est considéré comme parent dès les prémices du projet parental, donc avant même la naissance de ses enfants par PMA, la mère sociale n’a quant à elle, aucun droit sur ses enfants. Elle doit ensuite adopter son propre enfant ! Une procédure judiciaire longue et humiliante (plus d’un an et demi après le vote de la loi, certaines familles sont toujours dans l’incertitude) pendant laquelle la mère est considérée comme une inconnue par l’État : si un problème survient (enfant à l’hôpital ou décès de sa partenaire), elle n’aura aucun droit sur ses enfants car son autorité parentale n’est pas reconnue devant la loi. Ainsi, les enfants des couples lesbiens demeurent à leurs tours inégaux par rapport à leurs camarades issus de familles hétéroparentales : sans aucune sécurité dans leur filiation, ces enfants ne pourront être protégé-e-s par leurs 2 parents dès leur naissance. L’Inter-LGBT demande ainsi l’ouverture de la PMA à toutes les femmes et une filiation fondée sur l’engagement parental, indépendante du statut matrimonial, du nombre et du genre des parents et des conditions de conception, permettant ainsi d’établir la filiation des enfants dès la naissance, sans passer par une procédure judiciaire. En cas de séparation, cette filiation repensée permettra ainsi de garantir les liens des enfants avec tous leurs parents.

Droit à la santé : Gynécologie et lesbophobie

Dans le domaine de la santé, les inégalités dans l’accès aux soins des femmes lesbiennes et bisexuelles sont également révoltantes. Les préjugés lesbophobes ou biphobes et leurs stéréotypes associés (la sexualité entre femmes considérée comme une non-sexualité, refus de pratiquer des dépistages et des examens gynécologiques, etc.) engendrent des discriminations et des violences à l’encontre des lesbiennes et des bisexuelles de la part des professionnel-le-s de santé. Ainsi, 38 % des lesbiennes ont rencontré des problèmes dans l’accès aux soins6. Il est frappant de voir que près de la moitié des cas de lesbophobie dans le domaine de la santé concernent les gynécologues7.

On entrevoit bien le lien étroit entre discrimination et problème de santé publique : pour éviter toute situation de violence lesbophobe, les lesbiennes éviteront donc les consultations gynécologiques. Si la gynécologie est autant imprégnée de lesbophobie c’est en raison de la représentation phallocrate de la sexualité régnant dans notre société patriarcale, qui ne peut concevoir de sexualité sans pénis. Par conséquent, la sexualité féminine est niée et le sexe entre deux femmes n’est pas perçu comme étant de la sexualité. De là découlent des conséquences dramatiques en matière de santé des lesbiennes et d’accès aux soins. Ainsi, les discours de prévention sexuelle ne s’adressent peu ou prou aux lesbiennes et aux bisexuelles, alors qu’elles ont 3 fois plus d’IST que la moyenne8. En effet, leurs pratiques induisent des problématiques de santé spécifiques. Par exemple, des trichomonas, du HSV2, du treponema et du HPV sont transmissibles par simple contact avec les muqueuses… Ces IST seront ainsi facilement transmises au cours de rapports sexuels entre femmes :

 1 FSF (femmes ayant des relations sexuelles avec des femmes) sur 10 serait infectée par le HSV mais la plupart des femmes concernées ne se sauraient pas atteintes.

 La proportion de transmission de HPV chez les lesbiennes oscille entre 13 % et 30 % (dont 6 % n’ayant jamais eu de rapports avec des hommes), selon les enquêtes9.

Malgré ses représentations patriarcales bien installées, la gynécologie ne concerne pas seulement les questions de procréation et d’avortement : elle traite de la santé des femmes dans sa globalité. De facto, les lesbiennes sont aussi concernées par la gynécologie que les femmes hétérosexuelles, car elles font face aux mêmes risques : cancer du sein, du col de l’utérus, des ovaires, IST, etc. De la même manière, elles sont aussi concernées par la prévention. Mais comment, d’une part, sensibiliser les lesbiennes et les bisexuelles à consulter un-e gynécologue si ensuite elles subissent de la lesbophobie et de la biphobie de leur part ? Ce n’est pas anodin si 1 lesbienne sur 3 ne communique jamais son orientation sexuelle à un-e médecin10… Il est donc urgent de mettre en œuvre un plan global sur la santé des FSF (femmes ayant des relations sexuelles avec des femmes), avec un volet santé sexuelle, comportant une formation des professionnel-le-s de santé en particulier des gynécologues, pour lutter contre les problèmes d’accès aux soins. Marisol Touraine, ministre des Droits des femmes et de la Santé, semble la mieux placée pour lancer ce chantier.

Droit à une éducation non sexiste : déconstruisons les stéréotypes de genre !

La France justement, si prompte à défendre le droit à la scolarité des filles dans le monde, est-elle vraiment allée au bout de sa démarche ? L’Éducation est en effet le premier levier pour permettre l’émancipation des minorités. Mais comment permettre aux filles et aux adolescentes de s’émanciper si on ne leur apprend pas à déconstruire les stéréotypes de genre dans lesquels le féminin est invariablement dévalorisé et dominé par le masculin ? Si on ne leur montre pas qu’il est possible de se libérer des assignations imposées par la binarité des genres, masculin/féminin, pour construire sa propre identité d’être humain-e ? Comment peut-on s’enorgueillir de réaliser des politiques d’égalité filles/garçons, si on abandonne les ABCD de l’Égalité ? Outils visant justement à déconstruire les stéréotypes de genre. Comment peut-on prétendre que l’égalité femme/homme est une priorité si on occulte les études de Genre ? Science qui étudie justement les mécanismes qui façonnent le féminin et le masculin et qui ont permis de montrer que la domination masculine n’est qu’une construction sociale et non pas une donnée biologique.

L’Inter-LGBT demande ainsi la mise en place d’une véritable politique d’égalité fille/garçon – avec notamment le retour des ABCD de l’égalité, et de respect des orientations sexuelles et des identités de genres de la maternelle à l’université. Ainsi que soient inclus, dans la formation initiale et continue des employé-e-s de l’éducation, des modules de formation aux questions d’égalité femme/homme et aux questions LGBT.

La France, pays des droits humains ?

Interrogeons également notre propre vocabulaire : en français, le neutre masculin est-il vraiment inclusif ? Comment faire comprendre l’égalité femme/homme aux petites filles et aux petits garçons tout en leur apprenant que le masculin l’emporte sur le féminin ? Tout en invisibilisant les femmes dans les textes et en les définissant comme une entité particulière dans un universel masculin qui n’a rien d’universel. Comment se fait-il encore qu’en 2015, la France utilise toujours le terme « Droits de l’Homme » dans sa terminologie officielle, alors que la plupart des pays utilisent « Droits Humains », à l’instar de l’anglais « Human Rights », de l’italien « Diritti umani », de l’espagnol « Derechos humanos », du portugais « Direitos humanos », de l’allemand « Menschenrechte » ou encore du néerlandais « Mensenrechten » ? Sans compter que dans les instances internationales, là où le français parle des « droits de l’homme », l’anglais (dans les traductions officielles) parle systématiquement des droits humains (« Human Rights »). Et, même la partie anglaise du site web du Conseil Constitutionnel en France traduit : « La Déclaration des droits de l’homme et du citoyen 1789 » par « The Declaration of Human and Civic Rights 1789 ». Cette « exception française » a pour le moins des origines extrêmement sexistes puisqu’elle émane de la Déclaration des « droits de l’homme et du citoyen » de 1789, dans laquelle les femmes n’étaient tout simplement pas incluses… Plus de 200 ans après, la France va-t-elle enfin s’aligner sur les autres pays et inclure les femmes dans son langage pour favoriser enfin leur inclusion pleine et entière au sein de la société ? L’Inter-LGBT, soutien de la campagne du collectif Droits Humains pour tou-te-s, espère que leurs revendications seront entendues par les institutions de la République française qui remplaceront enfin l’expression « droits de l’Homme » par « droits humains ». Car si la France fut précurseuse en matière de droit de l’homme avec l’avènement de la première Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, elle n’est certainement pas pionnière sur les droits des femmes.

Ainsi, lors de ce 8 mars 2015, Journée internationale de lutte pour les droits des femmes, l’Inter-LGBT appelle à rejoindre les différentes manifestations qui auront lieu en France et partout dans le monde. Notre combat continue pour que progresse dans le monde le droit des femmes lesbiennes, bisexuelles, trans et hétérosexuelles : droit à disposer de son corps (IVG/PMA), à une filiation pour toutes, à une éducation non sexiste, à l’accès aux soins ou encore le droit d’être incluse dans la société au même titre que les hommes. Tous ces droits que nous revendiquons sont autant de luttes dont ce 8 mars est le porte-voix !

Amandine Miguel, porte-parole de l’Inter-LGBT et déléguée en charge de la Visibilité Lesbienne

Arnaud Gauthier et Robert Simon, porte-parole de l’Inter-LGBT aux questions internationales

http://www.inter-lgbt.org/spip.php?article1301

1 Sondage INPES/YAGG, 2011

2 Rapport de l’ONU sur lois et pratiques discriminatoires et les actes de violence envers les individus à cause de leur orientation sexuelle ou identité de genre, 2011

3 State sponsored homophobia, rapport ILGA World, 2014

4 Trans murder monitoring project : http://www.transrespect-transphobia.org

5 Soit plus de 130 établissements au total en raison des politiques d’austérité – Rapport du Haut Conseil à l’Égalité entre les femmes et les hommes relatif à l’accès à l’IVG dans les territoires, 07/11/2013.

6 Enquête LGBT de l’Agence européenne pour les droits fondamentaux de 2013 – Chiffres pour la France

7 Enquête Lesbophobie SOS Homophobie 2008

8 Pour une promotion de la santé lesbienne : état des lieux des recherches, enjeux et propositions, in sexualité et société, 2009

9 C. Genon, C. Chartrain, C. Delebarre, « santé lesbienne : un état des lieux », in santé gaie, dir. O. Jablonsky, J-Y. Le Talec, G. Sidéris, éd. L’Harmattan, Paris, 2010.

10 Enquête LGBT de l’Agence européenne pour les droits fondamentaux de 2013 – Chiffres pour la France

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