Les insoumises

Michèle Perrot Les femmes ou les silences de l’histoire

Les grèves féminines se heurtent à l’incompréhension de la société pour laquelle la féminité, déjà difficilement compatible avec la situation d’ouvrière, l’est moins encore avec celle de gréviste. Les agents insultent les ouvrières. La presse bourgeoise les caricature, insistant sur leur pittoresque, toujours à la limite de l’obscénité. On se gausse des corsetières – la grève des dessous – des serveuses des Bouillons Duval qui refusent de « payer les pots cassés » on traite ces « bonnes » d’amazones. Derrière elles on cherche le meneur masculin. Avec les femmes, écrit le Préfet de la Loire, « il faut procéder autant que possible par intimidation et n’employer la force qu’à la dernière extrémité ».

Chez Lebaudy, les casseuses de sucre, payées aux pièces, se heurtent à l’inertie des hommes, rémunérés à la journée.

Les bobineuses de l’usine Wallaert, ayant débrayé, le patron ferme l’usine : les tisserands trouvent juste les revendications des ouvrières, mais ils les blâment parce qu’ils en souffrent. Il arrive que les syndicats refusent de les soutenir parce qu’elles ne sont pas syndiquées, ou parce qu’ils estiment leur action intempestive.

A Renage, les tisseuses ont traversé une partie du village en chantant et l’une d’elles portait le drapeau tricolore… Ensuite une centaine d’entre elles sont entrées dans un café où elles ont bu et dansé jusqu’à 8h1/2 du soir. Dans la vie grise de ces femmes, la grève revêt souvent l’allure d’une fugue, d’une fête.

On aimerait connaître les meneuses de grève, mais, l’obscurité, l’anonymat les dissimulent plus encore que leurs camarades masculins

D’hier à aujourd’hui, le travail des femmes

D’hier à aujourd’hui les luttes des femmes ouvrières

D’hier à aujourd’hui la place des femmes dans le syndicalisme

Le livre de Madeleine Guilbert chercheuse au CNRS : « Les femmes et l’organisation syndicale avant 1914 » écrit en 1966, nous donne une physionomie du travail des femmes inattendue et très peu connue. La précision, la qualité, la richesse des informations recueillies (articles de presse, compte rendu des congrès, statistiques de l’office du travail etc…) nous font découvrir la combativité des ouvrières et tout un pan du mouvement syndical qui nous renseigne sur nos difficultés actuelles à être pleinement reconnues dans nos organisations. Ces femmes en lutte étaient des insoumises, nous leur devons pas mal de notre liberté.

D’hier à aujourd’hui, le travail des femmes :

Les femmes sont massivement présentes dans la grande industrie, certaines entreprises n’emploient que des femmes. Cependant leur présence dans le monde ouvrier est contestée par le syndicalisme lui-même. Leurs présence dans l’atelier et dans l’usine n’est pas allée de soi. Les féministes qui ont voulu les soutenir dans leur combat pour s’imposer dans certaines professions se sont vues vertement renvoyées à leur classe « bourgeoise ».

Le livre « Les femmes et l’organisation syndicale avant 1914 » en faisant resurgir les luttes réprimées, ridiculisées, isolées nous ouvre les yeux sur une réalité de l’histoire ouvrière occultée, niée, effacée de la mémoire collective.

Pourquoi une telle occultation ? Au siècle dernier, l’idée même de travail salarié faisait peser sur les femmes un soupçon sur leur sexualité. Aux yeux des réformateurs, la morale de la jeune ouvrière est en péril1. Le travail remettait en cause les rôles à l’intérieur de la famille et à l’extérieur. Le travail et encore bien plus les luttes des femmes dérangeaient fortement tout un ordre social, religieux, moral, politique2.

Leur arrivée dans l’industrie équivaut à la conquête d’une place forte, elle est vécue comme une incongruité et au fond une sorte de déchéance.

Dès 1866, le pourcentage des femmes dans les professions industrielles est considérable : ¾ des effectifs sont dans le travail des étoffes. C’est un secteur ancien du travail féminin. Dans la période 1850-1914, avec le machinisme, les femmes entrent dans des secteurs d’où elles étaient absentes jusque là, tels que la métallurgie et la chimie.

Alimentation : 19%

Caoutchouc, papier carton : 41%

Textile : 60%

Industrie du livre : 22%

Chimie : 12%

Industrie de l’étoffe : 83%

Cuirs et peaux : 16%

Soins domestiques : 77%

Administration : 18%

La montée des effectifs féminins dans les emplois du commerce et de bureaux constitue le début d’une courbe destinée à progresser, liée à l’instruction des filles.

Le développement du machinisme, les changements dans les techniques, l’accroissement de la production favorisent l’emploi des femmes rendu avantageux pour les employeurs par le bas niveau de leur salaire et par la concurrence introduite entre hommes et femmes.

En 1893 les écarts de salaire dans le département de la Seine sont les suivants :

Hommes 6,15frs – Femmes 3frs

Dans les autres départements :

Hommes 4frs – Femmes 2,20frs

Le livre de Madeleine GUILBERT nous parle des ouvrières qui exerçaient des métiers aujourd’hui disparus, « casseuses de sucre », « batteuses d’or », «fleuristes plumassières », et d’autres qui existent toujours.

D’hier à aujourd’hui les luttes des femmes ouvrières :

Le mouvement ouvrier français s’est essentiellement perçu et raconté au masculin. La « neutralité » du langage à fait disparaître les femmes. Leurs luttes ont été considérées comme secondaires, comme si elles n’avaient pas la portée universelle de celles des hommes, comme si elles ne comptaient pas.

Ces luttes souvent dures sont peu soutenues, peu valorisées sauf par quelques précurseurs.

Les grévistes se voient renvoyées au néant après des mouvements où elles se sont pourtant massivement investies. Seule la grève des sardinières de Douarnenez a réussi à émerger de l’oubli, sans doute parce que la ville et la région en ont été profondément secouées (des prières étaient organisées pour chasser les mauvais esprits de la ville).

Des grèves longues, difficiles, très vulnérables à la répression ont été menées par des milliers de femmes. Le livre les cite toutes, ici, je ne retiens que celles dont la durée est mentionnée ; elles ont eu lieu dans des entreprises soit exclusivement féminines, soit dans des secteurs où les femmes étaient très majoritaires :

1892 : les casseuses de sucre de Paris sont en grève du 9 au 29 septembre.

1893 : la grève de la chaussure d’Angers dure 3 mois.

1897 : 185 tisseuses de Rouen cessent le travail pendant 40 jours.

1898 : 41 jours de grève des batteuses d’or de Paris.

1899 : la grève des cigarières de Bordeaux et celle des emballeuses de la raffinerie de sucre Lebaudy sont signalées dans la presse.

1903 : Série de longues grèves à Mazamet dans le textile. Les délaineuses ont tenu 108 jours.

1905 : 4000 sardinières de Douarnenez se mettent en grève pour ne plus être payées aux pièces mais à l’heure. Menaces du clergé à l’égard de celles qui se laisseraient entraîner par le syndicat qui enregistre 1500 adhésions.

1906 : Les fileuses des Cévennes se mettent en grève, le mouvement s’étend à toute la région et regroupe près de 5000 femmes. Elle obtiennent 10 centimes d’augmentation.

1907 : les 500 « cabannières » de Roquefort qui travaillent à la manipulation des fromages dans des caves glaciales se mettent en grève.

1909 : grève au central téléphonique de Paris-Archives. Le distingué Ministre des PTT de l’époque, Mr Simyan, devant les « dames téléphonistes » qui ont lâché leurs appareils, s’écrie : « Tas de putains, vous allez reprendre le travail ! »3

1910 : un mouvement parti de la maison de confection Esders dure 45 jours.

1911 : grève de 20 jours des blanchisseuses de Chaville.

1913 : une nouvelle grève des femmes de la sucrerie Lebaudy retient l’attention de toute la presse ouvrière.

1926 : Nouvelle grève des sardinières de Douarnenez

Ces mouvements se heurtent à une opposition très forte qui vient de plusieurs lieux :

En octobre 1906 les ouvrières ferblantières de Loire-Atlantique sont licenciées après 4 heures de grève, leur travail est envoyé à Douarnenez (délocalisé dirait-on aujourd’hui).

Le travail dans les prisons, à domicile, dans des couvents/usines permet de tenir en échec les grèves de femmes. D’autres pressions s’exercent, pressions patronales par la création de syndicats « jaunes » et menace de renvoi des femmes adhérant au syndicat « rouge » comme chez les transbordeuses d’oranges de Cerbère en 1905.

Lors de la grève des épileuses (traitement des peaux de lapin) de Chaptal à Montreuil, l’élément masculin continue le travail et n’est pas solidaire de la lutte des femmes. Une prime est versée aux hommes restés au travail.

Les pressions religieuses ne sont pas moins importantes.

A Douarnenez, le clergé menace du refus des sacrements les ouvrières syndiquées. Dans les couvents qui font travailler les très jeunes filles, tout acte de désobéissance est impitoyablement réprimé.

Les pressions familiales se manifestent : le journal, « la bataille syndicaliste » de 1913 raconte la scène d’un mari, fouet en main, qui tente de faire rentrer à l’usine sa femme qui participe aux grèves des sucreries Lebaudy.

Le problème de la subsistance, au cours de grèves longues, est plus difficile pour les femmes car dans la famille ce sont elles qui assurent « l’intendance ».

Les femmes participent très activement aux grèves longues mais se détachent de l’organisation syndicale plus vite que les hommes. Moins syndiquées, payant des cotisations moins fortes, les femmes grévistes « manquent de caisse », leur grève coûte cher à l’organisation syndicale et les collectes de solidarité rapportent moins.

Des formes de lutte inhabituelles caractérisent ces grèves :

En 1904 les chemisières de Villedieu se réunissent tous les jours et parcourent les rues de la ville en chantant. Les filles des sucreries Lebaudy n’hésitent pas à aller en groupe chanter dans les rues pour se procurer l’argent nécessaire à l’approvisionnement de leur cantine.

Dans la « Vie Ouvrière » à propos de la grève des blanchisseuses : « Cette grève a surpris tout le monde, même les membres du bureau de la Fédération ne supposaient pas que les femmes puissent lutter 20 jours sans défaillance contre un patronat insolent ».

Ils ont l’honnêteté de le reconnaître.

A Graulhet, lors de la grève des mégisseries, les femmes se couchent sur le sol pour empêcher le passage des voitures (1911).

Lors des grèves de Firminy, le Père Peinard écrit : « Il y a eu un peu de chabanais. Une flopée de femmes sont tombées sur les gendarmes et leur ont foutu des pierres. Ah ! les typesses n’ont pas froid aux yeux, quand elles vont de l’avant, ça chauffe ! ».

On trouve le nom de femmes parmi les condamnés suite à des grèves. C’est le cas en 1901 pour les cartonnières de La Guerche, en 1906 à Lavelanet 2 femmes, des lainières, écopent de 40 jours de prison. Dans le procès qui suit les événements de Raon l’Etape, plusieurs femmes sont condamnées à 2 mois de prison.

A Cluses, lors de la grève de l’horlogerie, les fils de l’employeur tirent de leur fenêtre sur une manifestation, une femme est tuée, 3 hommes et 3 femmes blessés.

Dans le feu de l’action elles ont impressionné les syndicalistes les plus aguerris, elles ont payé le prix des avancées revendicatives et pourtant elles n’ont pas gagné toute leur place dans le syndicalisme.

Une idée reste encore présente dans le mouvement syndical, celle de la moindre combativité des femmes et leur moindre conscience de l’exploitation.

Nous-mêmes, encore aujourd’hui, sommes assez facilement persuadées que le syndicat est plutôt une affaire d’hommes. Aux chèques postaux, où dans les années 60, nous n’étions que des femmes, combien de fois n’ai je pas entendu dire : « Avec des mecs, il y a longtemps que ça aurait pété, avec les bonnes femmes on ne peut rien faire ! ». Les bonnes femmes c’était nous toutes, des milliers, nous avons lutté, nous avons gagné la réduction du temps de travail, bien avant les 35 heures, personne n’y a fait très attention. Lorsque les mecs sont arrivés dans les services, on n’a rien vu de si terrible.

Cette sous estimation, cette dévalorisation4 constituent un frein de taille à l’organisation collective. Reprendre à notre compte les combats mis au placard de l’histoire syndicale, c’est une façon de reprendre confiance en nous, en nos capacités de lutte.

D’hier à aujourd’hui la place des femmes dans le syndicalisme :

Le syndicalisme entrain de se construire n’a pas fait la part belle aux femmes. Il a eu une forte tendance a les considérer comme des intruses dans le monde du travail, quelquefois comme des adversaires (56 mouvements de grève entre 1890 et 1908 contre l’embauche des femmes).

Trois options s’affrontaient dans les syndicats de la CGT dès 1895 concernant le travail féminin. Il reste des traces de ce vieux débat dans les « mentalités ».

  1. Les arguments des proudhonniens : le travail des femmes est contre nature, il entraîne la prostitution. Le salaire féminin est un appoint qui détourne l’homme de la lutte. Il brise les luttes ouvrières. C’est un esclavage en plus de l’esclavage familial et non une émancipation. Il est contraire à la santé publique et à l’hygiène. La véritable place de la femme est au foyer où elle s’occupe de son mari et de ses enfants. (Merci camarade Proudhon !).

  2. Les arguments qui se situent dans la perspective d’un changement social (les Guedistes) : le travail des femmes en régime capitaliste est un mal. En régime socialiste, les machines profiteront à l’ouvrier, les horaires de travail seront diminués et les femmes n’auront plus besoin de travailler (Ouf ! merci les socialos, on sera à votre entière disposition dans le paradis socialiste)

  3. Les arguments de ceux qui justifient le travail des femmes : Certaines femmes peuvent légitimement rechercher l’indépendance dans le travail, d’autres n’ont personne pour subvenir à leur besoin, le travail des femmes mariées est souvent indispensable pour compléter les ressources du ménage. Refuser aux femmes le droit de travailler, c’est les pousser à la prostitution. Ce n’est pas le travail qui fait d’elles les concurrentes, mais les salaires plus bas. Les syndicats qui se sont désintéressés d’elles, sont responsables.

C’est la position défendue par Eugène Varlin au tout début du syndicalisme ouvrier et par Georges Yvetot responsable des Bourses du travail à la suite de Fernand Pelloutier. Yvetot est à peu près le seul à comprendre la dynamique irréversible du travail féminin.

Ces 3 types d’arguments s’entrecroisent dans les congrès avec plus ou moins de force selon les professions. Cependant il y a un contre sens avec la pensée de Marx qui affirmait dès 1848 : « Malgré les misères qu’il engendre, le travail de la femme en régime capitaliste est un pas décisif vers sa libération ».

Bien que les avis divergent, tous reconnaissent que la concurrence des femmes est un problème auquel il faut proposer des solutions. La plus « radicale » étant de déclarer la grève à chaque embauche de femmes à un salaire moindre. Autre solution, faire obligation aux ouvriers syndiqués d’empêcher leur femme ou leur fille de travailler dans des emplois en concurrence En 1913, Emma Courriau typographe à Lyon est mariée à un typo de la même entreprise. Son adhésion au syndicat lui est refusée et son mari est radié de la section syndicale.

Dans les mesures d’exclusion, les Fédération du livre et de la lithographie sont les plus « hards », ceux qui vont le plus loin dans le refus. La grève contre l’emploi des femmes y est couramment pratiquée, ainsi que dans les cuirs et peaux. Souvent l’égalité des salaires masculins et féminins n’est revendiquée que là où existe une situation de concurrence directe, l’inégalité est admise pour les taux de retraite et les pensions.

Le syndicalisme français reste marqué par ses origines masculines, par des pratiques machistes, par une approche du travail féminin influencée par le proudhonnisme.

Les femmes dans les structures syndicales :

Dès 1891, au congrès des tabacs et allumettes qui compte 6964 femmes syndiquées, il y a 13 femmes déléguées, une femme prend la parole pour réclamer des vêtements de travail que les hommes ont déjà obtenu.

Au congrès de 1911, la « citoyenne Jacoby » réclame la prud’homie ouverte à tous, sans distinction de sexe, ni de nationalité.

Trois femmes, en 1895, participent au congrès constitutif de la CGT à Limoges.

En 1906, au congrès d’Amiens, une seule femme figure parmi les 350 délégués. Au congrès de Toulouse, en 1910, sur 559 délégués il n’y a que 4 femmes.

Au congrès de Marseille de 1908, 2 femmes déléguées sur 400, une lingère Noémie Rousteau constate que le vote du précédent congrès sur l’égalité des salaires n’a été suivi d’aucune action.

Elle aborde la question des accidents du travail : les femmes qui ne peuvent plus travailler touchent une indemnité tellement dérisoire qu’elles sont contraintes à la mendicité ou à la prostitution.

Les rares interventions des femmes dans les congrès frappent par leur caractère concret : taux des cotisations, création de syndicats féminins, extension de la prud’homie, accidents du travail.

Elles font preuve d’opiniâtreté, à chaque congrès où elles sont présentes elles reviennent sur la question des prud’hommes et des accidents du travail. Leur ton est fréquemment teinté d’agressivité, elles soulignent la faible efficacité de l’action fédérale concernant leurs demandes propres. Dans le congrès des tabacs de 1911 la tension éclate sur le problème des vêtements de travail depuis longtemps acquis pour les hommes et qu’elles n’ont toujours pas.

Le contraste est frappant entre la faible participation des femmes aux différents congrès et l’importance des débats relatifs à leur présence dans les professions presque toujours abordée sans que le sujet soit inscrit à l’ordre du jour.

En 1914, sur l’affaire Courriau, c’est par un article de Marie Guillot5 que la discussion est engagée dans la VO l’organe de la CGT : Elle rappelle que c’est la fédération féministe du Sud Est qui a pris la défense d’Emma Courriau, et que la Ligue des Droits de l’Homme a engagé une action. Ce conflit qui a opposé durement le journal de Marguerite Durand « la Fronde » à la CGT du livre mériterait une étude approfondie car il révèle des difficultés toujours existantes entre féminisme et syndicalisme, en particulier sur la question du champ d’intervention.

Quelques femmes interviennent dans les congrès confédéraux où fédéraux, il s’agit de Marie Bonnevial, institutrice, Venise Pellat-Finet, Marie Guillot, institutrice, une des fondatrices de l’Ecole Emancipée et la première secrétaire confédérale de la CGT, qui écrit dans la VO : « L’ouvrier et l’employé se leurrent lorsqu’ils pensent pouvoir enrayer le mouvement qui porte les femmes vers toutes les branches du travail. Elle pénétrera partout malgré leurs interdits brutaux, leurs mises à l’index, leurs brimades même. A peine pourront ils dans les corporations les mieux organisées retarder de quelques années l’invasion. la force qui pousse les femmes hors du foyer est irrésistible, elle vient d’une cause économique et rien ne pourra rien contre elle. »

Au congrès socialiste de Stuttgart en 1907, Clara Zetkin pose le problème de savoir si les femmes socialistes peuvent lutter aux côté des féministes bourgeoises.

Les anarchistes, mettent en garde contre le « damisme  tortillé et froufrouteux ».

Premiers congrès ouvriers :

tableau1 gigi

Fédération des bourses du travail

tableau2 gigi

La situation après 1914 :

3 dates marquent des changements significatifs sur la question des femmes : 1918, 1936, 1944

La guerre de 14-18 a provoqué une augmentation considérable du nombre de femmes au travail. Elles ont été un élément décisif dans les grèves qui ont marqué la deuxième partie de la guerre. Si dès 1921 le nombre des femmes actives est retombé à un chiffre voisin de celui de 1911, il n’en reste pas moins que le rôle de premier plan joué par les femmes au cours de la guerre a déterminé des changements importants. Cependant de 1921 à 1936 on ne voit pas de modifications notables dans la participation des femmes à la vie syndicale. Pas de femmes dans les congrès des métaux, une seule est présente au congrès de l’alimentation en 1933.

En 1936, la participation des femmes aux grèves est importante, parfois décisive. Les accords de Matignon qui relèvent les salaires les plus bas leur sont favorables.

Elles constituent une part conséquente des effectifs qui viennent grossir l’organisation syndicale. Des militantes prennent des responsabilités dans les entreprises. Après 1936 la participation aux congrès progresse :10 femmes au congrès du textile où une déléguée intervient, 27 au congrès de l’habillement, zéro au congrès des métaux mais on s’en excuse dans le rapport moral. C’est un progrès malgré tout.

Deux femmes accèdent à des postes de responsabilité fédérale dans l’habillement et l’alimentation.

1944 coïncide avec l’obtention du droit de vote et de l’éligibilité des femmes et en 1946 première mise en application de ce droit.

Atténuation de la concurrence entre hommes et femmes sur le plan professionnel, évolution psychologique de la société due en particulier à la participation des femmes à la Résistance6.

Mais à un état de concurrence brutale, une autre situation moins directement perceptible s’est substituée qui persiste encore aujourd’hui : clivage entre types de travaux dus à l’évolution technique, ateliers séparés, isolement, travaux répétitifs, emplois simples, gestuelle proche des tâches ménagères7

Aujourd’hui l’égalité hommes femmes dans le travail :

En 2003 nous pouvons, bien sûr, constater des évolutions. La plus importante est liée à la libéralisation de la contraception et de l’avortement, qui n’est pas le fruit du seul combat syndical mais avant tout celui du mouvement féministe d’après Mai 68, précédé par les luttes du planning familial, l’action de médecins courageux, le manifeste des 343 salopes, le procès de Bobigny avec Gisèle Halimi et les luttes du MLAC (Mouvement pour la Liberté de l’Avortement et la Contraception) dans les années 1973/75.

Malgré toutes les tentatives de politiques familiales de retour des femmes au foyer, rien n’y a fait, les femmes se sont maintenues sur le marché du travail. Toujours dernières embauchées et premières licenciées en cas de crise, mais toujours là quoi qu’en pense le MEDEF.

Cependant, l’égalité hommes femmes dans le travail reste à conquérir. Si les inégalités n’apparaissent plus dans une lumière aussi crue qu’au début du siècle dernier, les inégalités sont toujours là, « naturalisées », normalisées.

C’est « normal » que les femmes prennent le temps partiel8, c’est « naturel » qu’elles concilient vie privé et vie professionnelle, c’est « une banalité » de constater qu’à un certain niveau de la hiérarchie on ne trouve plus de femmes.

Les inégalités existent dans la promotion, dans la qualification, dans la rémunération, les statistiques le vérifient tous les ans, et on en reste là. Dans les syndicats, tous sans exception, les constats ne sont pas plus optimistes. Qu’est ce qu’on va faire ? Il n’y a pas de solution toute faite, ni de réponse facile.

Peut-être va t-on se contenter de préparer le terrain pour celles qui arrivent aujourd’hui et demain ? La marche des femmes en 2003 « ni putes ni soumises » a de nouveau posé avec force la question de la place des femmes dans la société. Il est frappant de constater à travers plus d’un siècle la permanence du thème de la prostitution. Il s’est déplacé du travail vers la cité, mais c’est toujours le refus de reconnaître les femmes dans leur humanité et leur liberté. Une jeune brûlée vive pour cause d’insoumission, c’est d’une gravité extrême. Comment après la manifestation continuer à soutenir les filles dans ce combat ?

Pour copie presque conforme du livre de Madeleine Guilbert « Les femmes et l’organisation syndicale avant 1914 »

Gisèle Moulié dite Gigi de SUD PTT syndicat des services financiers (chèques postaux, CNE).

1 Françoise Battigliotti : Le travail des femmes

2 Danièle Kergoat : GEDISST-CNRS « lorsque les femmes bougeaient dans le champ du productif, elles faisaient bouger également le champ du reproductif. On voit bien combien ce passage est potentiellement subversif »

3 Christian Henrissey : Les postiers en grève 1906/1909

4 Danièle Kergoat : « on fait sienne une représentation de soi-même forgée par le groupe des dominants, tendance à laisser aux hommes le champ libre en ce qui concerne la concurrence dans l’entreprise et à n’être que les auxiliaires dans la lutte »

5 Biographie de Marie GUILLOT « de l’émancipation des femmes à celle du syndicalisme » par Slava LISZEK à l’Harmattan

6 Roger Rouxel : « le monde de la poste et de France télécom dans la tourmente 1939/1944 » : Au moment de l’occupation allemande, les téléphonistes préviennent les autorités et dans plusieurs endroits font preuve de courage devant l’occupant.

7 Danièle Kergoat : Actuel MARX « la qualification masculine individuelle et collective, est construite socialement ; les qualités féminine renvoient à l’individu ou au genre féminin et sont acquises par un apprentissage vécu à tort comme individuel car fait dans la sphère du privé ; cela fait qu’elles ne sont pas valorisées socialement. »

8 Rachel Silvera : « dès le départ le temps partiel s’est développé comme un mode de gestion de l’emploi féminin, il renforce toutes les inégalités, avec une ségrégation verticale et horizontale » Réunion du 7 Mars 97 .

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