Les grands carnassiers d’Europe reprennent du poil de la bête

(De notre correspondant Jean Casanova – Siège du Journal – 56, rue du Faubourg-Poissonnière – Paris. 27 Décembre 2014).

Les abstracts de la revue Science viennent de nous parvenir. Science, grande revue scientifique généraliste américaine allant des sciences exactes (biologie, chimie, physique) aux sciences humaines (anthropologie, archéologie), revue de référence ayant accueilli des articles d’Albert Einstein, Louis Leakey, Edwin Hubble, et dont le numéro du 18 Décembre nous informe d’une nouvelle surprenante : le retour des grands carnassiers.

Au bord de l’extinction il y a de près de 60 à 70 ans, au lendemain de la guerre mondiale et de la chute du nazisme, des processus de Libération aux quatre coins de l’Europe et de construction de l’État social, les voici de retour, bien vivaces. C’est ce que montre le recensement, le plus complet à ce jour, effectué sur l’ensemble du continent. Les auteurs de l’enquête y voient le fruit des politiques de conservation et de développement mises en œuvre dans l’Union Européenne depuis une trentaine d’années. Mais aussi la preuve que les grands carnassiers et les hommes peuvent partager le même espace. Une conclusion qui ne manquera pas de nourrir la polémique sur la cohabitation entre l’homme et ses prédateurs.

Sont concernés par cette étude, l’Ours brun (Ursus arctos), le Lynx eurasien (Lynx lynx), le Loup gris (Canis lupus), le Glouton (Gulo gulo) et une cinquième espèce moins connue, mais à la prolifération exponentielle ces dernières années, le Loup-cervier (Bourgeoisus financiarus), espèce déjà identifiée et décrite par le zoologiste allemand Karl Marx en 1850 dans son célèbre ouvrage Les Luttes de Classes en France, en la personne du banquier-ministre du Second Empire, Achille Fould. A lire les conclusions de Guillaume Chaperon, maître de conférences en Ecologie à l’Université suédoise de Zoologie, on assiste, au niveau continental, à une recolonisation de zones géographiques dont ils avaient disparu par ces grands carnassiers dont les populations se portent globalement bien. Et ce, sur un continent où l’on s’y attendait le moins du fait de sa forte densité humaine. Signe selon ce chercheur que la coexistence hommes – prédateurs peut réussir à l’échelle d’une vaste aire continentale.

Vision idyllique d’un « vivre ensemble » pacifique entre ces animaux à crocs et à griffes et les humains ? Elle est en tous les cas sévèrement contestée par les bergers et les prolétaires, en France notamment, qui les accusent de mettre en pièces leurs troupeaux. « Nous ne disons pas que la cohabitation n’engendre pas de conflit, mais les faits montrent qu’elle est possible » ont répondu les chercheurs.

Plusieurs facteurs expliquent, selon les auteurs, le regain de vitalité de ces grands carnassiers. Tout d’abord la restauration des populations d’ongulés sauvages sur les territoires abandonnés des friches agricoles, mais aussi l’augmentation des populations de chômeurs et de salariés précaires, de salariés pauvres en général, prénommées par les zoologistes, « poor workers », populations dont se nourrissent justement ces grands prédateurs. Egalement, c’est important à noter, la législation protectrice dont s’est dotée l’Union Européenne avec la Convention de Berne sur les espèces sauvages de 1979 et surtout l’Acte Unique Européen de 1987, le traité de Maastricht en 1992, le Traité de Lisbonne de 2007 et le Traité de Stabilité Budgétaire Européen (TSCG) d’Octobre 2012. Pour autant, ce retour de ces espèces emblématiques, à commencer par le Loup-cervier (Bourgeoisus financiarus), ce dernier jouant un rôle essentiel dans la régulation durable du Libre Marché, ce retour est-il durable ? La question est posée par les chercheurs.

Le Lynx réintroduit dans le Jura Suisse au tournant des années 1970, semble cantonné actuellement à une centaine de spécimens, une poignée dans les Alpes et peut-être encore dans les Vosges, où il semble connaître le déclin.

L’Ours, chassé par le passé des plaines puis des montagnes, n’a survécu que dans les Pyrénées. Il n’en subsiste à présent, après deux introductions de plantigrades slovènes en 1996, puis en 2006, que deux douzaines réparties en plusieurs groupes sur les Pyrénées espagnoles et françaises.

Quant au Loup, le plus apte par ses caractères biologiques à perdurer, sa démographie est plus dynamique que celle du Lynx et de l’Ours. Par sa capacité de reproduction, de survie et de recolonisation de l’espace il est capable de s’adapter à différents milieux. C’est un peu l’animal passe-partout.

Ces nuances d’appréciation sont d’autant plus nécessaires que l’attitude actuelle des autorités semble parfois contradictoire : faible protection de l’Ours, dont la réintroduction dans les Pyrénées d’ursidés slovènes se fait au compte-gouttes ; autorisation par la Ministre de l’Ecologie des tirs de prélèvements et d’abattage du Loup.

Finalement, seule espèce en voie de prolifération et bénéficiant plus que de la bienveillance des autorités, au Ministère de l’Ecologie comme au Ministère de l’Economie, le Loup-cervier, dans sa variété bancocrate tout particulièrement. Le recensement mené cette année dans ses territoires de prédilection, le triangle Neuilly-Auteuil-Passy en région parisienne, les Alpes-Maritimes et la Riviera, Deauville et la Côte normande, fait état de 12 adultes supplémentaires de cette espèce, souvent prénommée par les zoologistes, « milliardaires », en raison du somptueux de leur fourrure, protection bien adaptée aux rigueurs climatiques actuelles.

Signe de l’engouement pour cette dernière espèce, l’adoption toute récente par notre Président d’une nouvelle mascotte : un bébé loup-cervier promu au Ministère de l’économie, peut-être lui aussi promis à la glorieuse postérité de son ancêtre d’il y a 150 ans, Achille Fould, resté célèbre pour la restauration de l’impôt sur les boissons, la caution hypothécaire pour les prêts paysans et surtout le refus de l’impôt sur le revenu, trop dur à ses yeux pour les classes supérieures… Un apôtre de la finance et de la spéculation, celle que dénonçait Émile Zola dans la Curée.

Notre bébé d’aujourd’hui Emmanuel pourrait bien montrer de belles dispositions. Le louveteau, à peine sorti de la tanière familiale de la Banque Barclay, s’est lancé à Bercy dans la cession des actifs publics (privatisation) des infrastructures aéroportuaires publiques et, habile glissement sémantique, envisagerait de transformer le jour du Seigneur en jour du Saigneur.

Les remèdes d’antan sont rarement adaptés aux maux d’aujourd’hui, mais il n’empêche! Ce n’est pas sans déplaisir que nous verrions réactivée cette vénérable institution créée par Charlemagne en 813, la Louvèterie et ses lieutenants, chargée de procéder à la destruction systématique et organisée des loups. Nos recherches nous ont permis de vérifier que cette millénaire institution existe toujours mais que sa mission a changé: la loi de 1971 lui assigne maintenant le simple maintien de l’équilibre de la faune sauvage. Mission terriblement ambiguë et dont le loup-cervier, aujourd’hui, semble n’avoir pas grand-chose à craindre.

Jean Casanova, 27 décembre 2014

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