L’économie mondiale forme un tout structuré, hiérarchisé et non figé

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De cette description résumée de la situation, je retient deux séries de questions :

  • « Les économies émergentes sont-elles à la veille de difficultés économiques importantes ? Le ralentissement de la croissance et des exportations de la Chine, de l’Inde, et de nombreux pays latino-américains, conjugué à un retour dans ces derniers de la contrainte externe, en sont-ils les signes avant-coureurs ? »

  • « Aussi, au-delà du mythe véhiculé sur « l’état de santé » des économies émergentes la question pertinente est de savoir si les économies émergentes ne sont pas à la fin d’un cycle d’expansion initié dans les années dans les années 1980 et 1990 en Asie et dans les années 2000 en Amérique latine, annonciateur de difficultés accrues pour le monde du travail »

J’indique que Pierre Salama, au long de l’ouvrage, propose des définitions critiques des termes habituellement employés (dont la notion d’émergence) et fournit des tableaux synthétiques de certaines données « économiques ».

Son intérêt s’est porté particulièrement sur le Brésil, l’Inde, la Chine et l’Afrique du Sud, mais d’autres pays sont étudiés.

Pierre Salama montre que si « l’économie mondiale forme un tout structuré, cette organisation n’est pas figée », que « les pays émergents forment donc un tout différencié où les points de ressemblance côtoient les divergences ». Il souligne des caractéristiques communes : distribution très inégale des revenus, informalisation importante des emplois (sauf en Afrique du Sud – il explique cette situation en rapport avec la politique apartheid et de contrôle de la population), écarts de productivité du travail entre entreprises particulièrement prononcés, corruption répandue, opacité importante des décisions gouvernementales… L’auteur indique aussi des différences significatives : démographie, taux de croissance, taux d’investissement, spécialisation internationale (dont place des produits primaires), situation des comptes extérieurs, dette publique, développement des infrastructures, phénomènes de violence…

Pierre Salama analyse les changements de l’environnement international et ses impacts sur les économies des pays dits du Sud. Il insiste particulièrement sur l’« éclatement international de la chaine de valeur ». Il parle du développement des échanges internationaux (les exportations mondiales croissent plus vite que le produit intérieur brut (PIB) mondial), de l’accélération de l’ouverture commerciale (non synonyme de libre-échange absolu), du rôle de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), des échanges de services, de l’intensification des échanges « Sud-Sud », des non-équivalences entre exportations de produits manufacturés et de produits primaires, des mouvements des multinationales, de reprimarisation (Amérique Latine et Afrique du Sud), des investissements (investissements directs étrangers – IDE) entrants et sortants. Il souligne un phénomène nouveau : « Les économies émergentes sont devenues exportatrices d’IDE » et ajoute « Cette montée en puissance des investissements sortants est probablement l’évolution la plus marquante de la dernière décennie. Il rend caduque toute une série de théorisations sur les économies de la périphérie ».

Le chapitre trois est consacré aux parcours économiques et aux fragilités différenciées de la Chine, de l’Inde et de l’Afrique du Sud, le quatrième aux parcours et vulnérabilités en Amérique latine.

Puis Pierre Salama s’interroge sur l’éradication de la pauvreté. Il critique l’approche monétaire de la pauvreté et montre que la pauvreté est en recul (trente dernières années), recul causé principalement par les évolutions en Chine et dans une moindre mesure en Amérique latine, le « contre-exemple » étant l’Afrique sub-saharienne. L’auteur poursuit sur la distribution inégale de revenus…

Les « classes moyennes » sont bien une catégorie sociale « fourre-tout ». De plus, les définitions en termes de revenus ne donne aucun indication sur les rapports sociaux réels. Quoiqu’il en soit, l’auteur montre le caractère illusoire des constructions faisant de l’essor des « classes moyennes » l’origine ou le support de la croissance.

Le dernier chapitre traite de cette « croissance qui coûte cher à l’environnement ».

Un petit ouvrage clair, présentant des changements importants et leurs limites.

Du même auteur : Les économies émergentes latino-américaines. Entre cigales et fourmis , note de lecture : Le basculement du monde

Pierre Salama : Des pays toujours émergents ?

La documentation française, Paris 2014, 160 pages, 7,90 euros

Didier Epsztajn

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