La richesse et la pauvreté n’ont rien de naturel

c1_web_riches_35_Les auteur-e-s posent une juste question., « Pourquoi les riches sont-ils de plus en plus riches et les pauvres de plus en plus pauvres ? ». Elle et ils vont y répondre en 20 « leçons » et illustrations. Une forme agréable de premier manuel de pensée critique.

Un poème de Robert Desnos : Le pélican (Chantefables), comme entrée en matière.

Le Capitaine Jonathan,

Etant âgé de dix-huit ans,

Capture un jour un pélican

Dans une île d’Extrême-orient,

Le pélican de Jonathan,

Au matin, pond un oeuf tout blanc

Et il en sort un pélican

Lui ressemblant étonnamment.

Et ce deuxième pélican

Pond, à son tour, un oeuf tout blanc

D’où sort, inévitablement

Un autre, qui en fait autant.

Cela peut durer pendant très longtemps

Si l’on ne fait pas d’omelette avant.

Desnos, la nécessaire omelette, pour « la barre à gauche toute ! », pour changer le monde…

Je ne discuterai pas des choix des auteur-e-s, de leur angle d’attaque « les riches », de leur base « sociologique ». Elle et il nous offrent des textes concis, illustrés, le plus souvent, adéquatement par Etienne Lécroart. Il s’agit d’une courte et réjouissante démonstration. Un certain ordre de rapports sociaux, les inégalités et la domination de classe, pour reprendre le vocabulaire des auteur-e-s.

« En 2014, les 85 personnes les plus riches de la planète possédaient autant que les 3,5 milliards les plus pauvres ».

J’ai notamment apprécié le chapitre « De quoi est fait la grande richesse ? », l’explication sur la différence entre le « riche » footballeur et les membres de la classe dominante, le « mais que font-ils de tout cet argent ? », les paragraphes sur les enfants de riches et l’entre-soi…

Mais un peu contestataire, je souligne deux éléments qui auraient pu/du être évités. Premièrement, une définition étrangement réductrice de la classe ouvrière, « les ouvriers ne possèdent que leurs mains pour travailler », combinée à une définition fantasmagorique des classes moyennes « Ceux qui en font partie exercent des métiers moins pénibles et mieux payés. On y trouve les enseignants ou les gens qui travaillent dans les bureaux, par exemple… ». De simplification en simplification, nous somme ici dans l’absurde définition d’une classe réduite à une de ses composantes, par ailleurs uniquement mâle…

Deuxièmement, les auteur-e-s semblent ignorer « la sexuation du monde », qu’il existe des femmes et des hommes et que travailleuse n’est pas le féminin de travailleur, comme le dirait Danielle Kergoat, Se battre disent-elles…, La Dispute 2012, Travailleuse n’est pas le féminin de travailleur. La chose semble partagée par le dessinateur (deux couples au lit dont l’un des hommes dit à sa compagne « Quel cauchemar ! J’ai revé que je perdais mon travail » et l’autre « Quel cauchemar ! J’ai revé que je devais aller travailler »), laissant entendre que les femmes ne travaillent pas…

Des ouvrières et des ouvriers, sans oublier les processus de racialisation, des phénomènes incontournables lorsque l’on veut évoquer les classes sociales.

Deux dimensions si habituellement omises dans les ouvrages « scientifiques », qui nuise à ce petit livre illustré comme un conte, loin des contes et légendes diffusés par la « pensée néolibérale ». Une porte ouverte, mais des fenêtres restant closes, à la pensée critique pour des plus jeunes.

Parmi les livres des auteur-e-s :

La violence des riches. Chronique d’une immense casse sociale, Zones 2013, Violence de l’exploitation et des dominations, violence de la bourgeoisie

Le président des riches. Enquête sur l’oligarchie dans la France de Nicolas Sarkozy, Zones 2010, Pour vaincre l ‘opacité du pouvoir, un de ses remparts les plus solides

Monique Pinçon-Charlot & Michel Pinçon – Etienne Lécroart : Pourquoi les riches sont-ils de plus en plus riches et les pauvres de plus en plus pauvres ?

Mon premier manuel de pensée critique

La ville brule, Montreuil 2014, 64 pages, 8,50 euros

Didier Epsztajn

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