Mettre en place des processus sociaux continus pour construire l’égalité entre femmes et hommes

TGS-30-2013Il est important de faire des analyses comparatives, de souligner les différences dans les pratiques et les constructions syndicales à travers le monde. Trop souvent, les analyses contournent les conjonctures historiques, institutionnelles, pour magnifier ou dénigrer des politiques syndicales en privilégiant celles pratiquées dans « son » pays. Déhistoricisés, décontextualisées, les liens entre salarié-e-s et organisations syndicales ou les orientations semblent abordés de manière unilatérale. Or les diverses expériences donnent à voir des apports et des impasses qu’il convient de comprendre, afin de spécifier les possibles émancipateurs, ancrés dans les réalités « nationales » ou « régionales » et cependant tendus vers des universels concrets.

Et concernant le sujet traité, comme l’indique Yannick Le Quentrec « A mes yeux le féminisme ne peut prendre toute sa portée émancipatrice que s’il s’empare du champ du travail et des rapports sociaux d’exploitation. Le syndicalisme ne peut contribuer à l’émancipation des salarié-e-s sans combattre la domination de sexe ».

 

De cet ensemble, je ne donne que quelques indications.

Cécile Guillaume, Sophie Pochic et Rachel Silvera indiquent que le dossier aborde « trois dimensions étroitement liées entre elles : les mesures en faveur d’une meilleure « démocratie de genre » en interne des syndicats, les actions menées par les syndicats pour défendre les intérêts des salarié-e-s et enfin les stratégies de syndicalisation en direction des femmes »

Les auteur-e-s du dossier soulignent certains aspects des reconfigurations dans les entreprises, en ce qui concerne la place des femmes. Elles et ils parlent de professionnalisation syndicale, de culture organisationnelle androcentrée, de politique de quota, de volontarisme dans la féminisation des postes, de perdurance des divisions sociales genrées, de règles « plus ou moins formelles et implicites », de mécanismes d’assignation, de plafond de verre, de cantonnement dans certains secteurs moins valorisés, d’existence de formes « de disponibilité structurale » différenciée, d’invisibilisation du travail des femmes…

 

Je souligne deux éléments mis en avant par Yannick Le Quentrec :

  • « …prendre en considération l’importance de lieux où, dans un premier temps, les femmes peuvent se constituer en tant que sujet collectif, pour que, dans un second temps, cette mixité soit émancipatrice»
  • « Pour ma part, le syndicalisme s’affaiblit quand il occulte l’oppression de sexe et le féminisme s’affaiblit quand il délaisse le champ du travail et des luttes»

 

Comme je l’ai déjà indiqué, les regards vers d’autres fonctionnements institutionnels et pratiques syndicales enrichissent notre compréhension, ici aux USA, au Royaume-Uni et en Angleterre.

Elargissement géographique ou professionnel. J’ai particulièrement été intéressé par l’article de Sophie Beroud sur les expériences dans le secteur de l’aide à domicile. L’auteure souligne, entre autres, les « tensions propres au rapport salarial dans l’aide à domicile », la nécessaire valorisation de « l’identité professionnelle » ou la demande de professionnalisation du secteur, la présence de « liens très personnels faits d’intériorisation morale d’un certain nombre de contraintes et de formes de domination à la fois complexes et très personnalisées », l’imbrication permanente des sphères domestique et professionnelle, la dimension relationnelle…

 

Le « retraitement » statistique fait par Alex Alber donne un éclairage peu habituel au plafond de verre dans la fonction publique où « un cadre a certes plus de chances d’être femme, mais une femme n’a pas forcément plus de chance d’être cadre… »

 

La partie sur « Le modèle allemand » montre une fois de plus l’apport indispensable des analyses « au prisme du genre ». J’ai notamment apprécié les articles de Catherine Marry et d’Olivier Giraud et Arnaud Lechevalier.

 

Sommaire :

Parcours : Yvonne Knibiehler, maternité et féminisme. Propos recueillis par Marlaine Cacouault-Bitaud et Marion Paoletti

Dossier : Genre, féminisme et syndicalisme. Coordonné par Cécile Guillaume, Sophie Pochic, Rachel Silvera

Vanessa Monney, Olivier Fillieule, Martina Avanza : Les souffrances de la femme-quota. Le cas du syndicat suisse Unia

Yannick Le Quentrec : Militer dans un syndicat féminisé : la sororité comme ressource

Gill Kirton, Geraldine Healy : Stratégies en faveur de la démocratie de genre dans les syndicats. Points de vue de responsables syndicales au Royaume-Uni et aux États-Unis

Cécile Guillaume : La mobilisation des syndicats anglais en faveur de l’égalité salariale (1968-2012). « Women at the table, women on the table » ?

Sophie Béroud : Une campagne de syndicalisation au féminin. Une expérience militante dans le secteur de l’aide à domicile

Mutations

Alex Alber : Un plafond de verre plus bas dans la fonction publique ? Une comparaison public/privé de l’accès des femmes aux fonctions d’encadrement

Christophe Giraud, Jacques Rémy : Division conjugale du travail et légitimité professionnelle. Le cas des activités de diversification agricole en France

Controverse : Le modèle allemand à l’épreuve du genre. Coordonnée par Monique Meron, Rachel Silvera

Michel Lallement : Le modèle allemand à l’épreuve du genre. Un tsunami libéral ?

Catherine Marry : Le modèle allemand est-il désirable pour les femmes ?

Olivier Giraud, Arnaud Lechevalier : Les femmes au cœur de l’éclatement de la norme d’emploi en Allemagne

Jeanne Fagnani : La politique familiale en Allemagne : un bilan mitigé

Beate Krais : Lettre à mes amis français

Critiques de livres

 

Un numéro qui aide à, comprendre des « conditions matérielles et idéelles », bien efficaces « pour exclure les femmes »

 

Travail, genre et sociétés : Genre, féminisme et syndicalisme

N° 30, novembre 2013

La Découverte, Paris 2013, 278 pages, 25 euros

Didier Epsztajn

2 réponses à “Mettre en place des processus sociaux continus pour construire l’égalité entre femmes et hommes

  1. Paulette Janoux-Bouffard

    Faire appliquer la loi sur l’Egalité Professionnelle entre les femmes et les hommes, exiger les éléments de situation comparées Femmes/Hommes qui sont obligatoires dans les Entreprises, réunir la commission Egalité qui doit exister dans les Comités d’Entreprises pour l’analyse et réduire les écarts de salaires, de formation, donc lutter contre les inégalités. Nous avons les outils, faisons les appliquer.

  2. Effectivement et même je dirais que ça urge car la situation des femmes dans le monde du travail se dégrade de façon considérable, on voit bien les scandales d’exploitation, chez Leclerc, dans les professions du nettoyage concernent d’abord les femmes.
    Un des éléments moteurs du combat pour cette égalité est l’organisation des femmes sur leurs lieux de travail, leur formation aux droits, des choses simples et élémentaires qui sont perdues de vue dans une société où le MEDEF à imposé sa vision des choses : arriver à faire croire aux salariés hommes et femmes qu’en ayant un emploi, ils n’ont rien à réclamer, rien à dire , être des subordonnés à la volonté patronale. C’est dans cette optique qu’aujourd’hui sont attaqués les prud’hommes.
    La défense même individuelle, même du point de vue juridique doit être réduite.
    Les femmes veulent travailler, très bien, elles doivent être au top, bosser dur et se taire. Tel est le point de vue implicite de la société sur la question. L’inégalité entre hommes femmes dans le monde du travail demeure toujours aussi désespérément INVISIBLE sauf dans les situations de conflit menés par les femmes et même à ce moment là elles sont rendues à leur plus grande vulnérabilité et non au fait qu’elles soient des travailleuses productives, des ouvrières (celles qui « oeuvrent »)

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