Des éboueurs contre un système de gestion des déchets inefficace, antidémocratique et anti-écologique

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Comme l’indique Michel Samson dans sa préface, il s’agit ici de propreté et de saletés, de « clientélisme collectif », des appareils municipaux marseillais, de l’appareil syndical Force ouvrière (FO), de choix politiques, de rationalité technique, des besoins des salarié-e-s et/ou des citoyen-ne-s, de longues alliances et de faible renouvellement du « personnel politique »…

Pierre Godard et André Donzel nous parlent des luttes des éboueurs qui « ont permis des améliorations non négligeables de revenus, endigué les offensives de privatisation et la dégradation des conditions de travail (un seul ripeur par benne ; un seul jour de repos par semaine ; précarisation…) ». Il est important de rappeler la nécessité des luttes et des grèves de salarié-e-s, condition nécessaire pour endiguer les attaques patronales et espérer pouvoir améliorer les conditions de travail et de vie. Lutter collectivement c’est aussi ouvrir les futurs possibles. Sans oublier la rupture avec les dramatisations médiatiques, particulièrement dans l’agglomération marseillaise.

Je souligne la façon d’aborder le traitement des déchets, son histoire particulière à Marseille, les relations qu’indiquent les auteurs entre technologie, social et citoyenneté.

Les auteurs analysent « l’atypique « système Defferre » », cette « gauche toujours alliée à la droite », les liens entre l’appareil municipal et celui du syndicat FO, les modifications du salariat. Ils décrivent les « années poubelles », les batailles de la « productivité », les innovations comme les sacs en papier et la collecte de nuit, et leur lien avec la « mobilisation » de la population.

Les auteurs contextualisent les luttes, en particulier après mai 68, parlent du « réveil social de 1976 », au temps du relâchement des « appartenances » clientélistes, de cette formidable mobilisation que fut « l’union dans les luttes », de l’arrivée au gouvernement de la gauche en 1981…

Ils détaillent les politiques de privatisation et font le lien avec les modifications du paysage syndical, le développement d’une CFDT de lutte. De manière générale, les passages sur les transformations du mouvement syndical sont particulièrement intéressants.

Sociétés privées, marchés truqués (dont ceux sur la collecte sélective), déchetteries, centres de transfert, collecte sélective, etc. Pierre Godard et André Donzel insistent sur le conflit Bronzo (octobre 2009), la grève à Iss (mars 2010), les résistances syndicales dans les mairies conquises par le Front National (FN).

Un chapitre est consacré aux mouvements sociaux nationaux et à la forte participation des « territoriaux » (1995, 2003 et 2010). Les « déclinaisons » locales de mobilisations nationales sont trop souvent laissées dans l’ombre.

Et Jean-Claude Gaudin fut élu, retour du « petit système », « déchainement tous azimuts des pratiques clientélistes », les « sales élections paritaires », Marseille et la communauté urbaine, le refus du pluralisme syndical et la mise sans moyen par Gaudin et Guérini du Syndicat démocratique unitaire SDU 13-FSU (fondé par des militant-e-s ayant rompu avec la CFDT). Les auteurs expliquent les « reclassements syndicaux » après les luttes sur les retraites, les départs massifs de la CFDT, la création des SUD, les adhésions à la CGT ou à la FSU…

N’en restant pas aux seuls éboueurs, Pierre Godard et André Donzel analysent les politiques et les résistances du personnel municipal, la grève de mai 2000 dans les écoles…

Le traitement des déchets soulève de multiples enjeux, dont le choix entre incinération, stockage et recyclage. Les auteurs reviennent sur la politique départementale des Bouches-du-Rhône d’élimination des déchets, la « prime » des élu-e-s au tout incinération, et le retard pris dans la collecte sélective, cette collecte qui oblige à mobiliser le sens civique des citoyen-ne-s et impacte favorablement le cadre de vie. « Toutes les enquêtes faites dans les cités montrent que l’amélioration physique du cadre de vie a un effet direct sur la vie en commun et qu’à l’inverse, la dégradation du bâti et des espaces communs détériore immédiatement la vie sociale ». Hors la propreté et ou la saleté fait partie du cadre de vie et cette dernière peut être fortement ressentie comme un abandon, un mépris, une stigmatisation.

En conclusion, « Marseille propre ? », Pierre Godard et André Donzel soulignent, entre autres, le coût de la libéralisation, « Marseille s’est engagée dans une politique très coûteuse de concession aux entreprises privées d’une grande partie de la filière des déchets, favorisant le dépérissement du système de régie publique. Elle a opté pour des solutions techniques très contestées sur le plan écologique, comme l’incinération, au détriment de méthodes alternatives (tri sélectif, recyclage, circuit court, etc.) » ou l’initiative de l’intersyndicale de la propreté, regroupant la FSU, la CGT, la CFDT, l’UNSA et SUD pour organiser des états généraux sur les questions de propreté urbaine, réunissant élu-e-s, associations et citoyen-ne-s…

Un livre qui n’en reste pas à la dénonciation du système marseillais de clientélisme, des pratiques municipales ou syndicales plus que douteuses. Une invitation à comprendre l’articulation des luttes des salarié-e-s et des citoyen-ne-s pour maitriser leur avenir. La question de la saleté ou des déchets générés par notre monde n’est pas qu’une question technique.

Pierre Godard, André Donzel : Eboueurs de Marseille

Entre luttes syndicales et pratiques municipales

Editions Syllepse, http://www.syllepse.net/lng_FR_srub_37_iprod_617-eboueurs-de-marseille.html, Paris 2014, 228 pages, 15 euros

Didier Epsztajn


voir le site : http://marseille.propre.free.fr/index2.php

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