Extrait N° 2 de l’ouvrage de Katy Barasc, Michèle Causse : requiem pour il et elle, Editions iXe 2014

Avec l’aimable autorisation des éditions iXe

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Tout mot est performatif, il n’y a jamais de constatif pur. Autrement dit, tout mot crée ce qu’il désigne et désigne ce qu’il crée. Imaginons  les effets d’une narration où UL est sujet narratif : le monde n’existant que comme récit.

UL est le premier don d’un pronom que ne vicie aucune hiérarchie ni exclusion.

UL en a fini avec son identité dite sexuelle, quelle que soit son existence passée dans une société structurée selon le genre.

UL est générique mais non genré. UL n’est pas neutre.

UL est tous les corps possibles. Seule sa corporéité inassignable en fait UL.

UL peut refuser que son n’être coïncide nécessairement avec la production-reproduction du vivant.

UL met fin à toute dichotomie (à l’anatomique comme source de reconnaissance et de méconnaissance).

Je-tu-nous restent identiques en alphalecte. UL est leur commun pronom. UL n’a pu surgir que d’une singularité empirique et d’une puissance de représentation jusqu’ici hors-champ. Il a fallu qu’un Je se retrouve en de multiples figures de la désobéissance civile pour penser UL.

UL comble une attente, sans horizon de reterritorialisation identitaire.

UL parie sur Elles dans le moment même où Elles vivent en génitives (fille de, femme de, mère de, corps re-producteurs solidaires du Même), dans une occupation symbolique, économique, politique, épistémologique.

UL parie sur Elles dans le moment même où Elles sont au mieux en guérillères, en pétroleuses, en anomales, en marronnes du genre.

UL parie sur Ils dans le moment même où Ils sont encore Ils, figures de nomination domination appropriation lasses du plus-je des solipsistes guerriers, ouvriers enfin affairés au devenir de paix « avec » et non « contre »… « ils disent : je me défais de mon épithète favorite qui a été comme une parure » (Wittig, 1969 : 204).

UL laisse IL et ELLE derrière soi.

Elle affectée par l’Un du pronom de sa négation.

Il exaltation maximale de soi sous le pronom de son auto-affection.

Elle ramenée à sa « nature » sous l’autorité des discours savants (en régime de science-fiction dite science…)

Il, jusqu’alors seul logothète, maître des signes et des sens, se destitue au profit d’UL.

UL est la chance pour chacunα d’exister en isonomie.

UL écrit l’alphalecte. Elles et Ils pris dans une même conscience des torts et des dénis se revendiquent ULS.

UL veut que la forme de son agir ne soit plus celle d’IL annexant et indexant Elle.

Si UL n’était pas agentα UL n’aurait pas de raison d’être.

UL se constitue déictiquement en agentα du monde, permettant aux exclus d’échapper à l’implacable taxinomie de l’humain, de ne pas mourir dans les tiroirs prévus à cet effet.

UL porte mémoire du parcours de l’universel abstrait à un universel stratégique et concret. UL est un singulier qui n’est ni vu ni pensé comme le particulier d’un universel.

UL est sujetα d’un monde où les valeurs sont de conciliation conciliabule et consensus sans concession dans la communauté qui vient.

UL jamais ne réifie n’objectifie ne synecdoquise. UL – en nouvelle nuit du 4 Août – refuse violence misogynie homophobie lesbophobie transphobie, mots voués à l’obsolescence.

UL parle au Nous dans ce pronom qui reconnaît les êtres voulant de sa proposition éthique-eudémonique : UL n’est sinon avec.

UL répond devant soi d’un monde qu’UL crée ou endosse.

UL initie d’autres jouissances épistémiques esthétiques politiques poétiques.

UL possibilise l’existence indifférente des distinctions : le contraire de la neutralité.

UL est une énergie dévolue à ULS dans une éthique non réductible aux représentations du « care », palliatif du déficit de philia, dernier refuge d’une logique binaire et naturaliste.

Dans le futur, UL naviguera dans les champs du savoir en conscience critique de leur être-situé. UL est perspective d’autres postures épistémiques, d’autres cosmographies, d’autres biographies, d’autres herméneutiques… encore inconnues.

UL, en idéel, a une fonction pratique : une praxis qui informe et jamais ne conforme… une praxis sans paradigme ne se mesurant plus aux grilles anciennes de l’agir et du faire.

UL engendre une co-existence d’ULS qui n’attendaient que d’être nommαs.

UL n’a aucun besoin d’un « mythe » de l’origine pour légitimer sa venue.

UL est toujours dans la déconstruction des figures holistiques/organiques solidaires de l’ontologie dualiste. Ecriture « qui a trait au pouvoir de survivre non pas sur la base de l’innocence originelle, mais en s’emparant des outils avec lesquels marquer le monde qui vous appose la marque de l’autre » (Harraway, 2009 : 310).

UL pronomme fin et commencement de sujetαs déjà-là, ayant tracé leurs marques et leurs démarques dans les fissures de la langue, dans les hybridations de leur désir et de leur penser, dans les lignes de fuite des littératures et des savoirs, dans la fonte silencieuse des grammaires et des orthographes.

UL est l’UL-time du sujet.

 

Katy Barasc, Michèle Causse : requiem pour il et elle

Editions iXe, Donnemarie-Dontilly 2014, 192 pages, 18 euros

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