Extrait N° 1 de l’ouvrage de Katy Barasc, Michèle Causse : requiem pour il et elle, Editions iXe 2014

Avec l’aimable autorisation des éditions iXe

barasc-causse-requiemNos possibles relèvent de nouvelles cartographies des brèches où s’est accomplie la désarticulation des relations fondatrices. En premier lieu, la désarticulation du sexe et du genre, point de non-retour dans ses effets linguistiques, ontologiques, épistémiques. Nous ne saurions parler ailleurs que dans cet initium, et dans l’exigence de vigilance conceptuelle qu’il requiert : autrement dit, pour nous, dans le refus de toute nouvelle vulgate où les concepts de la critique deviendraient des obstacles épistémologiques dans l’oubli de leur généalogie et de leur charge explosive. Pour le dire clairement, la manipulation institutionnelle du concept de genre (exemple privilégié) annule peu à peu la pertinence des déconstructions dans un nouveau discours prescriptif, « endoxal[1] », faisant silence sur ce qui l’origine. Pour autant, si nous en avons fini avec les partitions classiques nous ne jetons pas les concepts avec l’eau du bain et nous acceptons toujours les alliances oxymoriques. En appeler à une ontologie du fluide, à des sujets qui s’inventent en se désappropriant de leur référent obligé, à des identités inassignables dans les grammaires imposées suppose un usage risqué de concepts-écueils, sachant dans le même temps qu’il y a là des « boîtes à outils » dont la destination nous appartient.

Fin de partie donc… et ouverture du chantier là où, précisément, il nous importe de l’ouvrir : au plus près des faiseuses de langue et de savoir, au plus près de Monique Wittig et de Donna Haraway, de Nicole-Claude  Mathieu et de Teresa de Lauretis, d’Elsa Dorlin et d’Anne Garréta… Au plus près de celles qui ont descellé l’étau des paradigmes théoriques et les ordonnancements du « réel », dans l’héritage du « trouble » butlerien et des promenades en queerland. Nous revendiquons ces héritages sans assujettissement, précisément pour devenir sujets de notre in(dé)finition. Là où nous pensons, les frontières ont perdu leurs tracés impératifs, les totalités ont implosé. Et il n’est plus question de refaire système avec les fragments de ce qui fut toujours fiction, avec les « ismes » du logos, avec les tentations de nouvelles hégémonies. Il fallait bien traverser les champs de ruines pour croire à des inventions sans repos puisque nous sommes en attente de langue. Il fallait nous délivrer des identitarismes entés sur la différence, des arrogances épistémiques de l’universel pour répondre de notre présent et assumer nos généalogies… Notre présent fait alors retour à ce manque qui n’a cessé de nous hanter : une langue où les voix ensevelies se soulèveraient, dans l’insurrection de leurs savoirs, de leurs alliances, de leurs combinatoires désirantes, de leurs subjectivités inédites et irréductibles.

Katy Barasc, Michèle Causse : requiem pour il et elle

Editions iXe, Donnemarie-Dontilly 2014, 192 pages, 18 euros

[1]. Sur ce néologisme formé d’après le mot grec doxa et désignant le langage de la doxa, de l’opinion publique, cf. Barthes, 2002: 91, n. 29.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.