Femmes paysannes et agroécologie : une expérience colombienne

Avec l’aimable autorisation des Editions Syllepse

alternativessud-agroecologie

Les partisans de l’agroécologie tendent à négliger le rôle fondamental de l’inégalité de genre dans la crise écologique. Or, plusieurs expériences colombiennes centrées à l’origine sur des enjeux pratiques de subsistance démontrent combien le succès de cette approche est tributaire de la reconnaissance du rôle différencié des femmes dans les sphères productive et reproductive.

L’économie agraire dans le département d’Antioquia (Colombie) est fortement affectée par les dynamiques de la mondialisation et les effets d’une violence sociopolitique structurelle. La production se fait en effet dans le double contexte d’une croissance des importations alimentaires et d’un conflit armé de longue durée dont l’intensité ne cesse d’évoluer. Pour autant, 60 % des aliments consommés dans le pays sont toujours issus de petites exploitations (minifundios) paysannes au sein desquelles les femmes jouent un rôle central, bien qu’occulté.

Or, dans les régions rurales de Colombie, les femmes ont des responsabilités sociales lourdes et multiples : prise en charge de la famille, qui comprend la maison, la santé, le soutien affectif, ainsi que les soins aux enfants et aux personnes âgées ou handicapées, participation aux travaux agricoles dans les cultures de rente et approvisionnement du ménage en aliments, en eau, en bois de chauffage et en remèdes naturels. C’est pourquoi l’épuisement, la détérioration ou la privatisation de ces ressources les appauvrit, alourdit davantage encore leur travail et augmente leur marginalité.

Ces rôles de productrice d’aliments et de responsable des tâches domestiques, elles les jouent dans des conditions de grande inégalité puisque leur accès aux ressources productives est précaire et que le fait que leur travail social et économique soit invisible le fragilise encore davantage. Dans la mesure où le système patriarcal les a exclues de l’accès aux facteurs productifs, tels que le capital, la formation technique ou la terre, leurs savoirs et leur rôle en tant que protectrices des ressources naturelles et productrices d’aliments et de moyens d’existence sont méconnus et sous-estimés dans la sphère sociale et économique. C’est pourquoi, la gestion d’alternatives agroécologiques n’est pas seulement pour elles une démarche de survie mais aussi une quête de construction de soi en tant que sujets sociaux.

L’étude menée par les deux auteurs sur la participation des femmes paysannes à des projets d’agriculture non conventionnelle dans le département d’Antioquia a démontré que les femmes trouvaient dans ce type de projet productif une possibilité de satisfaire une partie de leurs besoins de bases, de récupérer la durabilité de leurs ressources et de conserver un contrôle autonome sur leurs systèmes de production. Bien qu’ils paraissent confinés à la sphère domestique et aux besoins de base, ces projets, qui viennent en complément du travail consacré à l’agriculture commerciale, sont indispensables au maintien des unités paysannes et ont également des impacts dans les sphères économique, sociale, culturelle et politique.

Ces aspects demeurent peu mis en valeur par l’agroécologie. Comme le souligne Siliprandi (2009), cette approche a mis la recherche de l’égalité sociale au cœur de ses préoccupations mais n’a pas problématisé les relations entre hommes et femmes, et la hiérarchisation qu’elles impliquent au sein des communautés paysannes. Plus grave, les projets agroécologiques, dès lors qu’ils avalisent le rôle culturel des femmes en tant que dispensatrices de soins, courent le risque de naturaliser ce rôle. L’occultation de la réalité de la subordination des femmes enferme ces dernières dans leur rôle d’administratrices non rémunérées et de pourvoyeuses de services à bas coût (Molyneux, 2003 ; Puleo, 2007).

Pratiques agroécologiques multiples

Le processus de production agroécologique dont il est question dans cette étude a été lancé il y a dix-huit ans suite à la réalisation d’un diagnostic collectif. Ce dernier avait pointé plusieurs problèmes affectant gravement les conditions de vie des familles paysannes : le manque de nourriture et la faible diversité de cette dernière, la faiblesse des revenus ainsi que les déficits en eau, en terres fertiles et en bois de chauffage. Cette précarité augmentait terriblement la lourdeur des tâches domestiques. Les femmes devaient notamment parcourir de grandes distances pour collecter du bois et de l’eau ou trouver du travail. Cette situation n’était pourtant que rarement perçue comme problématique par les familles et par les femmes elles-mêmes. Leur piètre estime de soi renforçait leur subordination, leur manque d’autonomie et leur angoisse de ne pouvoir offrir d’autres perspectives à leurs enfants.

Les pratiques agroécologiques mises en œuvre par les paysannes en vue d’améliorer la durabilité et la productivité de leurs agroécosystèmes ont été les suivantes :

  • Augmentation de la diversité des espèces animales et végétales exploitées sur de petites parcelles : quatre-vingt-sept variétés de plantes et six espèces d’animaux sur des terrains de moins d’un demi-hectare, avec des rythmes de croissance varié et diverses compositions florales, ce qui crée un habitat propice à d’autres espèces sylvestres (principalement l’entomofaune).

  • Augmentation du nombre d’espèces et de variétés végétales et animales qui, directement ou indirectement, enrichissent le matériel génétique local et régional avec des espèces natives ou introduites, qui présentent une forte variabilité intra ou interspécifique et qui fonctionnent comme des systèmes de conservation in situ de l’agrobiodiversité en permettant son adaptation aux conditions locales.

  • Sélection, multiplication et échange de matériel génétique végétal et animal adapté aux environnements marginaux et aux conditions physiques et biotiques restrictives telles que les fortes pentes et les sols de qualité médiocre.

  • Établissement de petits espaces de biodiversité qui peuvent remplir une fonction de corridor biologique et fonctionner comme des voies de déplacement ou héberger d’autres formes de vie au sein des grandes matrices transformées par les monocultures.

  • Incorporation de techniques d’entretien et de conservation des sols par la construction de terrasses et de systèmes d’arrosage, le recours au labour minimal et l’utilisation d’engrais organiques, ce qui permet d’améliorer les conditions physico-chimiques et biologiques du sol.

  • Diversification des espèces animales au sein des exploitations en vue d’augmenter les apports de matière organique afin d’améliorer les sols et de contrôler la végétation spontanée et les insectes nuisibles. Cette intégration entre l’agriculture et l’élevage améliore non seulement la santé de l’agroécosystème, mais aussi le régime alimentaire de la famille, car l’apport en viande et en œufs de ces animaux est souvent la seule source de protéine animale du ménage.

  • Introduction et/ou augmentation des fourrages et des légumineuses afin d’améliorer l’alimentation des animaux, lesquels à leur tour agissent comme des clôtures ou des barrières vivantes, réduisant les conséquences de l’application d’intrants chimiques dans les parcelles voisines.

  • Multiplication des circuits courts, qui diminuent le coût énergétique du transport des aliments et des intrants ainsi que la dépendance externe, puisque la production agroalimentaire locale permet de fournir près de 60 % des aliments de base consommés par les familles paysannes.

  • Installation et mise en marche de technologies de basse intensité à haut rendement écologique, telles que les « biodigesteurs » et les poêles efficients. Ces poêles nécessitent de 40 à 50 % de bois en moins par rapport aux poêles traditionnels et améliorent la qualité de l’air dans les pièces où l’on cuisine.

  • Utilisation d’engrais biologiques préparés pour remplacer les intrants chimiques (insecticides, fongicides et fertilisants), une pratique facile à mettre en œuvre qui permet de réduire la dépendance aux intrants externes et la charge toxique que reçoivent les agroécosystèmes et qui contribue à refermer les cycles des matières et de l’énergie.

Ces pratiques sont le résultat d’interrelations organisationnelles, culturelles et biophysiques nourries par le travail et le savoir de chacune des femmes. Elles opèrent à l’échelle de la parcelle, sont principalement orientées vers l’autoconsommation et n’obéissent pas à une logique d’accumulation mais à un principe d’autoreproduction. Elles ne peuvent donc pas être évaluées à partir d’un concept classique d’économie visant l’enrichissement. Par exemple, les productions de chaque culture et de chaque produit sont faibles, mais l’ensemble de la productivité de l’agroécosystème est élevé, fruit des interactions entre les différentes composantes du système productif. La majorité des paysannes préfère ces productions faibles mais diversifiées parce que cela leur permet de disposer d’aliments et de combustible de manière permanente au cours de l’année, en plus de réduire leur dépendance vis-à-vis des apports externes.

L’écologie quotidienne développée à partir de ces pratiques a permis d’améliorer la durabilité du paysage agraire et du matériel génétique, ainsi que la socialisation des savoirs individuels et leur conversion en savoirs collectifs à travers le débat, l’expérimentation et le partage au sein des organisations et dans les réseaux d’agroécologie. Les paysannes ont pu élargir leurs connaissances techniques et récupérer un contrôle autonome sur leurs systèmes, en définissant leurs productions, la saisonnalité de ces dernières et les modes d’utilisation de la main-d’œuvre et du capital dans les fermes. Ceci est également possible du fait que le matériel génétique et les connaissances proviennent en grande partie de l’unité paysanne et non plus du marché (Ploeg, 1987). Cette nouvelle configuration les met en position d’exercer leur souveraineté alimentaire au sein de leurs familles et sur leurs territoires.

Biodiversité agricole, usages et identité

L’étude attentive des exploitations a mis en évidence l’existence d’une grande biodiversité agricole. Celle-ci se mesure au nombre d’espèces différentes présentes dans le système, à la variabilité génétique entre elles, aux variations verticales (strates) et horizontales (associations et rotations) dans le système et à la diversité structurelle – nombre de niches ou de positions trophiques dans l’organisation systémique. Cette dernière permet de diminuer notablement la présence et l’activité des parasites et des maladies, et facilite la survie des ennemis naturels, réduisant l’utilisation d’intrants chimiques et d’énergie externe et, par conséquent, les coûts de production (Gliessman, 2002 ; Altieri et Nicholls, 2002).

Dans les exploitations de l’étude en question, le café, les fleurs, la canne à sucre et la mûre sont cultivés pour la vente, destinés au marché international dans les deux premiers cas, aux marchés locaux et régionaux dans les deux autres. Ce sont les hommes qui participent de manière plus assidue à ces cultures. Les femmes s’investissent davantage dans les cultures liées à l’autonomie alimentaire, dans lesquelles on retrouve l’essentiel de l’agrobiodiversité enregistrée – 87 espèces végétales différentes (45 alimentaires, 16 fourragères, 19 médicinales et sept sylvicoles), qui appartiennent à 36 familles et 29 genres botaniques différents.

La variabilité intraspécifique est également plus grande dans les cultures alimentaires, en particulier de haricots, de maïs, de bananes, de pommes de terre et de yucca, etc. Enfin, on constate une importante diversité du matériel génétique animal (cochons, poules, chèvres, perdrix et lapins), au sein duquel les poules présentent la plus grande variabilité, avec onze espèces locales différentes. Les pratiques agroécologiques développées par les paysannes ayant augmenté le volume de la production d’aliments de base et permis de nourrir les animaux avec des produits qui n’entrent pas en compétition avec l’alimentation humaine (fourrages), l’offre d’alimentation s’en est trouvée améliorée. Par ailleurs, des ressources économiques ont été octroyées par les organisations à leurs membres par le biais de fonds de crédit et de fonds rotatif d’animaux reproducteurs.

Les indices élevés d’agrobiodiversité sont pour une bonne part le résultat de la coévolution historique entre les cultures paysannes et leurs écosystèmes. De nombreuses espèces sont utilisées depuis des temps immémoriaux. L’introduction et la dissémination progressive de nouvelles espèces et variétés sont aussi le résultat de facteurs anthropiques tels que les migrations et les mouvements de population liés aux dynamiques commerciales comme aux processus de conquête et de colonisation. L’inventaire des plantes utilisées révèle que 46 % sont originaires d’Amérique, 31 % d’Asie, 17 % d’Europe, 5 % d’Afrique et 1 % d’Océanie.

Ainsi donc, la composition floristique variée existant dans les parcelles n’est pas seulement le résultat de processus naturels, elle est aussi définie par l’adaptation culturelle, où les différents besoins et préférences des femmes déterminent ce qui se produit, s’utilise et se conserve. Sont notamment pris en compte la taille, la couleur, le goût, la facilité de cuisson, l’arôme, la valeur nutritionnelle et/ou artisanale ainsi que la disponibilité d’espace et de temps. Le matériel génétique considéré utile pour la vie quotidienne des familles paysannes est l’objet de mesures d’adaptation, d’innovation et de protection (Toledo et Barrera, 2008).

Chaque variété ou race constitue un patrimoine génétique unique qui répond à des conditions écologiques spécifiques, telles que le degré d’humidité, la température, les cycles ou les rythmes naturels, les seuils climatiques, les facteurs physiques et chimiques des sols ainsi que les besoins humains (alimentaires, médicinaux et en combustible). Ces adaptations spécifiques ont produit et sont le résultat de toute une gamme de variations et d’une connaissance écologique fine des conditions locales développée par les paysannes (Toledo et Barrera, 2008). Cela met en évidence la continuité et les relations qui existent entre l’usage, la connaissance et la conservation de l’agrobiodiversité. En accord avec l’affirmation de Norgaard (1987), la connaissance comme source et produit de la coévolution écologique et sociale a permis aux paysannes de cette étude de tirer parti du potentiel biologique de leur environnement grâce à un processus systématique et permanent d’essais et d’erreurs, et d’apprentissages culturels.

La biodiversité agricole est le résultat de l’interaction entre les conditions écologiques, les ressources génétiques et les systèmes de gestion utilisés par une population déterminée. Les variétés traditionnelles de culture font partie du système agricole dans son ensemble et sont liées avec les différentes pratiques d’agriculture, d’écologie et d’histoire locale. Ainsi, quand une variété traditionnelle s’éteint, une variété qui, au cours du temps, s’est adaptée au climat local, que les paysans savent soigner et qui est enracinée dans la culture, c’est l’humanité qui est lésée, mais aussi et d’abord la communauté qui perd un fragment de son histoire et de sa culture (Hobbelink, 1987 ; Thrupp, 2004). En ce sens, la récupération du matériel génétique réalisée par les femmes est aussi la récupération de multiples fragments de leur histoire, de leurs connaissances et dès lors de leur identité. Une identité revitalisée avec l’innovation et l’introduction d’autres variétés ou espèces et d’usages ou de techniques associées.

Leurs stratégies de conservation contrastent avec la conception environnementaliste conventionnelle, qui attribue toujours des impacts négatifs aux interventions humaines sur les écosystèmes, en particulier celles qui concernent la production agraire. Cela se traduit par des politiques de conservation de la nature qui privilégient l’instauration d’espaces naturels non habités, dans lesquels seul le savoir expert compte, puisque l’on pense que les paysans « pauvres », sous la pression de leur précarité et du fait de leur ignorance, font un usage incorrect du patrimoine naturel. Par conséquent, l’idée de conservation de la nature comme une chose indépendante de la production est dominante dans les agences internationales. Les stratégies d’administration de la flore et de la faune sauvage remplacent la réflexion sur les manières d’inverser les logiques de destruction de la diversité qui prévalent dans les sphères productives industrielles de l’agriculture, la sylviculture, l’élevage et la pêche.

Ce faisant, les questions politiques et économiques liées à l’usage et au contrôle des ressources biologiques indispensables à la souveraineté alimentaire des populations sont passées sous silence, ce qui entraîne un biais fondamental dans l’analyse des écosystèmes (Vázquez et Velázquez, 2004). Ainsi, le savoir formel est considéré comme le seul valide, méconnaissant d’autres savoirs, tel que celui des femmes paysannes, tacitement exclues. Cependant, comme notre étude le montre, elles créent des alternatives et apparaissent depuis leurs fermes sur la scène des relations territoriales avec des savoirs et des pratiques qui ont prouvé leur validité dans la dynamisation de leur culture agraire.

Les femmes ont traditionnellement été négligées dans les politiques de conservation ou de développement rural. Les services d’appui agricole publics et privés ne les considèrent pas comme des productrices et les commerçants de semences et d’intrants chimiques ne les perçoivent pas comme des clientes, du fait de leur faible pouvoir d’achat et de leur rôle marginal dans l’agriculture commerciale. En Colombie, de nombreuses études sur les économies paysannes ont souligné la très forte participation des femmes aux activités économiques rurales (agriculture, transformation, commerce et artisanat) (León, 2000). La contribution au domaine plus spécifique de la production d’aliments est plus élevée encore. Cette disparité dans la participation à la production met en évidence l’« invisibilisation » du travail des femmes dans les statistiques de production et l’occultation de leur apport inestimable à la culture agraire et alimentaire.

Les associations de femmes entre potager et espace public

Nous avons donc pu constater dans les parcelles des paysannes de cette étude des dynamiques écologiques de protection, de transformation, de construction et de restauration des écosystèmes dans lesquelles les pratiques agroécologiques se matérialisent au travers d’un continuum entre le corps, la maison et le potager comme des lieux de travail productif et reproductif (Rocheleau, et al., 2000). L’objectif principal des systèmes productifs développés par les femmes qui participent à ces projets agroécologiques est la satisfaction matérielle des besoins, principalement alimentaires. La grande variété de plantes, d’animaux et de technologies permet une utilisation plus efficace des ressources renouvelables disponibles au niveau de la parcelle et au niveau local, ce qui génère dans le même temps un flux de processus impliquant des réseaux de plantes, d’animaux, de sols et de personnes connectées par les pratiques quotidiennes (Rocheleau et al., 2000).

C’est dans ces espaces peu dotés en actifs productifs et tournés vers la subsistance que les femmes construisent des systèmes agraires alternatifs en s’appuyant sur les réseaux sociaux et sur leurs propres capacités techniques (connaissance, travail, intrants, semences, animaux reproducteurs issus de la ferme). Leurs systèmes alimentaires profitent des contributions de la nature grâce aux méthodes agroécologiques, un exercice de souveraineté alimentaire réalisé au prix d’exténuantes journées de travail. Un peu comme un prolongement des travaux reproductifs dont les femmes ont « naturellement » la charge (Sabaté, 2000). Le travail non rémunéré des femmes représente une économie souterraine gigantesque (Carrasco, 2003 ; Kabeer, 2006). Il faut en tenir compte si l’on veut analyser correctement le véritable impact des projets agroécologiques, ainsi que leur apport social, économique et politique au maintien des territoires.

Diverses études ont souligné le fait que l’intervention des femmes est habituellement importante dans l’agriculture écologique et réduite dans les monocultures industrielles. À ce propos, Sabaté (2000) pose les questions suivantes : les exploitations écologiques sont-elles plus féminisées du fait qu’elles sont de plus petite taille ? Ou car elles demandent peu d’investissement en capitaux ? Les résultats de notre étude tendent à répondre positivement à ces questions.

Chaque aspect des initiatives productives demande énormément de temps de travail parce que les processus dans l’économie paysanne sont intensifs en main-d’œuvre, en particulier dans leurs phases initiales. La production destinée à l’autoconsommation, principalement réalisée par les paysannes, couvre en grande partie les besoins de base et est complétée par un tissu de relations d’échange, de solidarité et de réciprocité construit entre elles. Ces réseaux se présentent comme une stratégie permettant d’accéder à des moyens d’existence alternatifs et de garantir la reproduction des unités domestiques de l’économie paysanne dans un contexte violent.

Martínez Alier (2004) a développé l’idée de l’écologisme des pauvres, qui renvoie à l’ensemble des mesures de sauvegarde des ressources naturelles qui permettent de satisfaire les besoins de la vie – l’énergie (y compris les calories de la nourriture), l’eau et l’espace pour se loger. Il affirme qu’une écologie pratique a toujours existé dans la paysannerie et qu’elle se manifeste dans la conservation et la création de ressources génétiques, dans les systèmes de gestion des terres et de l’eau et dans l’utilisation de l’énergie solaire.

Alier signale par ailleurs que le lien idéologique explicite entre paysannerie et écologie est récent. Les théoriciens de l’économie paysanne ont souligné la rationalité économique de la paysannerie, mais n’ont pas prêté attention à sa rationalité écologique1. Il n’existe pas une perception sociale généralisée des vertus écologiques du monde paysan et encore moins des femmes paysannes. De leur côté, les théoriciens de l’écologisme ont tendance à valoriser le rôle des communautés indigènes, paysannes ou locales dans les luttes environnementales, mais sans faire la différence entre les hommes et les femmes, et donc sans visualiser le rôle fondamental de l’inégalité de genre dans la crise écologique (Mellor, 2000). Les agroécologistes eux-mêmes ont bien des difficultés à identifier les apports spécifiques des femmes dans les dynamiques de production et de conservation écologiques ou dans la participation politique au sein des mouvements écologistes.

Or, la focalisation des femmes paysannes sur les productions de subsistance et leur implication dans les luttes pour la défense des moyens d’existence (aliments, plantes médicinales, bois, eau) correspond à leur exclusion du monde mercantile. La privatisation de ces moyens et le désintérêt des pouvoirs publics pour la réalisation des droits forcent les femmes à intensifier leur quête d’approvisionnement et leur engagement dans les mobilisations sociales visant à exiger le respect de ces droits. Entravés par des agendas néolibéraux, de nombreux États invoquent le manque de moyens pour réaliser les droits économiques et sociaux, et choisissent donc de s’occuper des droits civils et politiques, généralement faciles à promulguer, mais dont la jouissance effective peut être évitée ou, en tout cas, n’exige pas de grands investissements (Nussbaum, 2002).

Dans ce contexte, les associations étudiées ont entamé une réflexion sur les relations entre la détérioration des moyens d’existence, les modèles de production et de développement et l’assignation culturelle qui les a placées dans un rôle de protectrices des familles, sans moyen de production ni capacité de décision. De fil en aiguille, elles se sont engagées dans des formes de militantisme sur des aspects touchant directement à l’approvisionnement quotidien en aliments et à des biens communs comme l’eau et les semences. Leur action dans le champ productif a dépassé l’espace physique de la ferme pour s’affirmer dans des espaces où les apprentissages, les savoirs, les succès et les échecs se sont transformés en un dialogue au sein de la famille qui se projette grâce aux réseaux sociaux dans le voisinage, la municipalité, la région et jusque dans des réseaux internationaux avec lesquels elles échangent des connaissances et des savoirs.

Pour le développement de leur projet, la construction de tout un tissu sociopolitique a aussi été fondamentale. Il va de la participation à des foires et des stages à la présence dans des forums et la mobilisation dans des campagnes nationales et internationales pour le droit à l’eau et à l’alimentation. Ces expériences légitiment non seulement leur travail et leurs organisations au niveau de la famille, mais elles leur permettent également une reconnaissance et une visibilité au niveau local.

Par conséquent, les agendas politiques de ces organisations s’ouvrent tant à la défense des biens communs qu’à la discussion sur la responsabilité des communautés dans l’entretien et la protection de leurs moyens de vie et de leurs écosystèmes. Cependant l’acception des projets tournés vers la satisfaction des besoins pratiques et la conservation des ressources naturelles en tant que sujets politiques et stratégiques pour les femmes n’est pas évidente pour toutes les participantes. Certaines d’entre elles, comme de nombreuses entités publiques qui travaillent dans la protection environnementale, voire le mouvement écologiste lui-même, étendent leur rôle de protectrices de la famille à la protection de l’environnement. De nombreuses auteures écoféministes ont dénoncé la naturalisation et l’instrumentalisation du rôle des femmes comme protectrices in extenso, qui les cantonnent au problème de la préservation environnementale, comme si cela n’était pas le problème de la société en général.

Cette tendance est particulièrement forte s’agissant des femmes paysannes du Sud, sur lesquelles on a élaboré deux types d’image en apparence opposés, mais qui au fond sont du même acabit. D’un côté, on chante leurs louanges en tant qu’anges gardiens de la biodiversité et de la nature en général, de l’autre, elles sont considérées comme des agents destructeurs de la nature en raison de leur pauvreté et de leur fort taux d’analphabétisme, qui les pousseraient à consommer la dernière branche du dernier arbre. Elles sont ainsi facilement converties en sujets de programmes de « recyclage et conscientisation environnementale » (Puleo, 2007).

L’enjeu de la souveraineté alimentaire

Une des priorités des agendas de ces associations est la recherche de la souveraineté alimentaire, qu’elles expliquent comme suit : « Nous avons pensé nos exploitations comme des systèmes durables, transformant ainsi notre économie paysanne basée fondamentalement sur l’utilisation de ressources propres qui sont, selon nous : la terre, les semences et la main-d’œuvre… Nous sommes arrivées à réaliser en bonne partie l’autosuffisance alimentaire et économique de nos familles. Notre but était d’apaiser la faim, la pauvreté, la mauvaise santé et le chômage… Nous faisons un usage précautionneux de l’eau et du bois, fondamentaux pour vivre sur les territoires sur lesquels nous vivons et pouvoir ainsi avoir suffisamment d’eau pour nous nourrir et cultiver… »

Les femmes ont donc pris conscience à travers leur trajectoire organisationnelle de la signification politique de leurs propositions – l’idée de subsistance est latente dans leurs revendications, leurs stratégies et leurs actions, ainsi que celle de pouvoir rester sur leurs territoires, avec leurs propres manières de s’organiser, des thèmes promus par le cadre conceptuel de la souveraineté alimentaire. Notons également que, comme l’ont affirmé des études classiques sur le paysannat, c’est la subsistance qui est la base même de la logique de l’organisation de la production paysanne, et non le marché, quand bien même cette production paysanne participe aux échanges marchands (Chayanov, 1974 ; Shanin, 1979 ; Wolf, 1982).

Les unités paysannes qui mettent en œuvre des systèmes agroécologiques sont basées sur la production pour l’autoconsommation et donnent un poids considérable aux formes de transactions non monétaires, telles que le troc et le don d’aliments. Ce point commun à de nombreuses communautés paysannes est un élément central dans la construction et le maintien des réseaux de parentèle ou de voisinage et donc dans le tissage des pratiques économiques et culturelles communautaires (Gudeman, 2001). Les transactions monétaires sont nécessaires comme complément, mais elles occupent une place secondaire. À l’inverse, les unités de production basées sur l’agriculture conventionnelle sont principalement orientées vers le marché et donnent donc plus de poids à la circulation du capital. Les transactions monétaires étant à la base de leurs échanges, elles laissent un espace marginal à l’autoconsommation et aux transactions non monétaires.

Du fait que les femmes s’occupent davantage de l’autoconsommation, leur marge de manœuvre est plus grande dans les systèmes agroécologiques, de même que leur possibilité de contrôler les résultats du travail, y compris les excédents destinés au marché. Dans le second cas, la taille de la production pour l’autoconsommation, en tant qu’espace féminin, est si réduite qu’elle implique une perte des connaissances et des aptitudes des femmes. De cette façon, le rôle de protectrice, socialement assigné, est non seulement occulté, mais le manque de ressources le rend presque impossible à remplir. La contribution des femmes à l’économie familiale et locale est ainsi rendue plus difficile et perd de son importance, ce qui, au final, se traduit par une perte de prestige et d’auto-estime.

Comme alternative à cette situation difficile, les associations ont cherché des voies d’accès au capital et à la technologie à -travers des stratégies tantôt monétaires, comme les fonds de crédit, tantôt non monétaires, comme les fonds rotatifs d’animaux, le troc ou le don de semences et d’animaux reproducteurs. Elles ont aussi cherché des stratégies pour la commercialisation et la gestion des ressources auprès de différentes institutions, afin d’obtenir un financement. Ceci a contribué à la production agroécologique, mais cela a également eu des impacts positifs sur leur auto-estime et leur autonomie.

En plus des activités de production, les transformations vers des systèmes agroécologiques ont aussi nécessité une formation et un accompagnement, deux questions que les femmes ont résolues à l’aide du principe « paysanne à paysanne », de la mise en route de ce qu’elles ont appelé des « multiplicatrices d’agroécologie ». Ces dernières sont des femmes qui se sont formées dans des ONG en se basant sur leurs propres pratiques et sur les alternatives qu’elles mettaient en place sur leurs parcelles. Leur action a été cruciale dans le champ de l’innovation, de la récupération de la tradition et du déploiement des stratégies d’adaptation auxquelles nous avons fait référence plus haut.

La nécessité des convergences

Le pari des femmes a été couronné de succès au niveau des parcelles et du changement du paysage, comme au sein de leurs familles et des communautés. Sans ces dynamiques de transformation, il est fort probable que la tendance à la détérioration de leurs agrosystèmes se serait poursuivie. Mais ces projets n’ont cependant pas une ampleur suffisante pour contrecarrer les menaces qui planent sur leurs territoires : projets d’extraction minière, monocultures de bois, mesures sanitaires allant à l’encontre de la production paysanne, privatisation des biens communs tels que l’eau, propositions de travail pour les hommes dans l’économie illégale, recrutement par les groupes armés légaux et illégaux, et violence dérivant du conflit armé.

Les propositions décrites montrent néanmoins que les femmes mettent en place des stratégies multiples qui relient la survie, le bien-être et l’espoir (Picchio, 2003) et que ces stratégies exigent de s’impliquer dans d’autres réseaux et d’autres mouvements sociaux. Les processus agroécologiques qui visent la souveraineté des peuples sur leur alimentation et leurs territoires sont à un certain moment obligés d’aborder la question de l’élargissement, de la ferme à la société locale, puis régionale. Les transformations agronomiques sont nécessaires et importantes, mais non suffisantes pour que les personnes puissent rester sur leurs territoires.

Conclusions

Bien que les thèmes du genre, de l’agroécologie et de la souveraineté alimentaire occupent chaque jour plus de place au sein des espaces académiques et politiques, leur intégration est rare. Nos cadres conceptuels sont limités et ne nous permettent pas de visualiser les femmes dans ces scénarios. Or, un « bien vivre » pour la société ne s’atteint pas sans la restauration de l’équilibre dynamique des agrosystèmes et sans la valorisation des processus d’autonomie des femmes.

Les réseaux que tissent les sociétés paysannes, dans ce cas-ci les femmes et les organisations qui ont fait l’objet de notre étude, pour mobiliser les efforts et les ressources en vue de l’accès aux moyens de subsistance, sont cruciaux pour atteindre la souveraineté alimentaire et la persistance dans le temps des unités paysannes. Au cours de leurs expériences, elles ont développé des aspects fondamentaux pour la récupération de la souveraineté alimentaire : concentration sur l’alimentation, valorisation de qui la produit, localisation des systèmes alimentaires, développement des connaissances et des habilités, coopération avec la nature et augmentation du pouvoir des communautés locales.

Il s’agit là de processus puissants de revitalisation de la culture et de l’histoire, à travers lesquels les paysannes ont trouvé des issues inespérées en termes de subsistance dans des situations où le futur semblait condamné à rimer avec douleur et désespoir. Elles constituent des expériences sociales et écologiques vitales sur des territoires érodés au niveau social, politique et écologique.

Gloria Patricia Zuluaga Sánchez et Sonia Irene Cárdenas Solís2 :

publié dans Alternatives sud : Agroécologie. Enjeux et perspectives, CETRI et Editions Syllepse, Louvain-le-Neuve (Belgique) 2014, 212 pages, 13 euros

Traduction de l’espagnol : Anne Vereecken et François Polet

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1. Relevons les travaux précurseurs de Richard Noorgard qui, dans les années 1980, développe l’idée de l’existence d’un processus coévolutif entre les systèmes socioculturels et les systèmes biologiques, ainsi que ceux de Víctor Toledo qui, dans les années 1990, propose l’idée d’une rationalité écologique à partir d’un travail de terrain de grande ampleur dans les communautés indigènes du Mexique.

2. Respectivement professeure associée à l’Université Nationale de Colombie (gpzuluag@.unal.edu.co) et doctorante en agroécologie (gataceniza@yahoo.es) de l’Université de Cordóba, auteures l’une et l’autre d’études sur la sécurité alimentaire, l’agroécologie et les écoféminismes. Les associations colombiennes AMOY, Palmas Unidas et la Corporación Vamos Mujer ont collaboré à la préparation de cet article.

Une réponse à “Femmes paysannes et agroécologie : une expérience colombienne

  1. Voilà une contribution passionnante sur la capacité des femmes à reconstruire leur souveraineté alimentaire. Elle va dans le sens du travail de Vandana Shiva en Inde, dans le sens de l’Ecoféminisme défendu par cette dernière et Maria Mies en Allemagne. Elle est en convergence totale avec mes travaux sur la décolonisation de l’humanité femelle et sur les propositions auxquelles je travaille dans le 5° tome de ce Manifeste.
    Nicole Roelens
    58, route de Munster
    68380 Breitenbach
    Tél. : 03.89.77.53.11
    Mail : nicole.roelens@wanadoo.fr
    http://www.harmattan.fr/index.asp?navig=auteurs&obj=artiste&no=8871

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