J’écris sur ce qui détruit


jelinek-entretien« 
J’espère ainsi à mon tour faire entendre cette voix amie qui plane déjà au-dessus d’oeuvres à venir » Christine Lecerf

Elfriede Jelinek parle de l’Autriche, des autrichien-ne-s, « Comme l’a dit l’écrivain Peter Turrini, les Autrichiens aimeraient bien être des bergers allemands, mais ils ne sont que des petits bâtards de compagnie… », ou de l’attirance des Autrichien-ne-s « pour ce fascisme clérical de l’Etat corporatiste ».

Elle parle de la conversion (historique) des juifs, « celui qui n’est pas converti n’a aucune chance de devenir quelqu’un ». Elle évoque chez certain-e-s écrivain-e-s le mélange « de mélancolie et de sarcasme », l’humour subversif, la conscience d’appartenir à une minorité méprisée.

Elle raconte sobrement l’histoire de sa famille et dresse un portrait sans concession de sa mère, « Je crois que c’était plutôt une façon de garder un contrôle total sur son enfant, de me garder tout simplement prisonnière dans sa toile, même quand elle n’était pas là », de sa mère araignée.

Auteure et écriture, auteure, folie et limites, « je parviens tout juste à me maintenir au bord, j’ai toujours un pied qui dérape dans l’abîme ».

Histoire familiale et enfance, « L’enfance en tant que telle n’existe pas pour moi. Parce que je n’ai jamais eu le droit d’être une enfant ». Les mots et la musique. Le cinéma, les camps nazis, l’avilissement des corps, « l’obscène est ce que l’on a pas le droit de voir »

La naissance d’une écrivaine, des livres, la réalité réduite à un squelette. L’auteure parle de certaines de ses œuvres, de sexualité, d’injustice sociale, d’anticapitalisme, de féminisme, d’engagement, de musique, de poésie, de théâtre, de langue, « le langage de l’obscène est masculin »…

Je souligne l’intérêt des pages sur les femmes, sur la violence faite aux femmes, sur Ingeborg Bachmann, sur Christine Lavant « Etre renarde et aboyer à faire trembler les étoiles », sur la littérature et les auteur-e-s cité-e-s, sur « des écrivains qui connaissent la terreur mais tentent désespérément de déconstruire cet effroi en positivité ».

L’histoire et ses décombres, l’antisémitisme, encore l’Autriche, « nous étions le premier pays d’Europe à avoir porté l’extrême droite au pouvoir ».

Le prix Nobel, les livres, « une méthode pour dire l’innommable », écrire les choses, encore des écrivain-e-s…

« On est tout à la fois : la proie ensanglantée et le chasseur qui tient la bête dans sa gueule »

Un entretien qui en dit long sur l’Autriche, l’auteure et la littérature. Une invitation à lire les ouvrages de cette immense auteure.

Elfriede Jelinek : l’entretien – Christine Lecerf

Seuil – France Culture, Paris 2007, 124 pages, 16 euros

Didier Epsztajn

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