AH ! LA BARBARIE !

Lors de la commémoration du 70e anniversaire du Débarquement en Provence, et en présence de 13 chefs d’Etat, dont douze africains, le président de la République française a parlé de la nation qu’il dirige en précisant, sans gêne, qu’elle s’était « libérer par elle-même », c’est-à-dire, grâce à l’« armée d’Afrique » qui a été « décisive », « celle des Français d’Algérie qu’on appellera plus tard les pieds-noirs et de tous ces hommes africains, ceux qu’on appelait les indigènes ». Rien moins que ça. Se libérer en tant que colonisateur par ses colonisés. Dont acte. Et de poursuivre sur le rôle du pays pour « assurer la sécurité dans le monde » et de faire le lien immédiat avec la nécessité de « terrasser : le fanatisme, l’intolérance, le racisme et la barbarie », comme juste retour des choses, un devoir de « solidarité » de « l’Europe » envers ces pays du « Sud » face à « l’ennemi ». Trop généreux ! Le paternalisme occidental et la colonialité du pouvoir ont de beaux jours devant eux. De plus, la barbarie à laquelle il fait allusion est celle de l’État islamique, ce qu’il précise lors de la rencontre annuelle des ambassadeurs de France à l’étranger ou à propos de l’assassinat du journaliste américain James Foley. À ce titre, il est à l’unisson avec bien d’autres, dont ses adversaires politiques, et parmi eux, le parti fasciste français. Voici l’amalgame bien pris : la barbarie n’est plus celle qu’on pourrait associer au nazisme, mais bien celle des islamistes/djihadistes, d’Irak certes, mais aussi de Syrie, de Lybie, etc. On note donc un glissement de définition du terme barbarie, réservé en 1944, à un État fasciste européen, occidental, impérialiste, ségrégationniste, génocidaire, tortionnaire, exterminateur, aujourd’hui lié à des islamistes, irrémédiablement associés à des djihadistes – autrement dit, implicitement, le politicien associe tous les islamistes à des djihadistes – situés au Moyen-Orient, anti-occidentaux, miliciens, meurtriers, sexistes et racistes certainement. Plusieurs questions se posent. Elles me font chanceler : ceux qui proclament l’État islamique sont-ils fascistes ? Représentent-ils vraiment un État ? Tout le monde semble s’accorder pour évoquer un « groupe »… L’ampleur de leurs crimes est-elle comparable à celle des Nazis ? Ont-ils l’ambition d’envahir le Moyen-Orient ? D’autres pays ? D’exterminer des populations ? Au nom de quoi ? Pourquoi cette comparaison ? Que vise-t-elle ? Si comparaison il y a, pourquoi alors systématiquement oblitérer d’autres crimes exterminateurs comme les féminicides par exemple, perpétrés avec la complicité de nombre d’États (TurquieAfrique du Sud, Mexique,…) ? Les bras m’en tombent. Ou plutôt j’ai mal à la bouche. Je ressens le goût amer des croisades, de ces guerres de religion ou l’« autre », l’« étranger », origine du mot barbare, est à exterminer car primitif, inculte, arriéré et brutal, c’est-à-dire non civilisé, non éclairé, non raffiné, en particulier dans les mœurs et les coutumes, et aujourd’hui non « moderne ». Le fiel de la folie raciste et dominante me reste en travers de la gorge. Je leur crache à la gueule. Souhaite qu’il vitriole leurs visages, à ces rhétoriciens de bas étages, ces représentants de « puissances du monde », ces militaristes, ces répétiteurs d’Histoire triste. Qu’ils révisent leur copie et se montrent un peu plus raffinés, délicats, sophistiqués. Peut-être pourra-t-on éclairer ensemble le sens du mot barbarie.

Joelle Palmieri, 30 août 2014

http://joellepalmieri.wordpress.com/2014/08/30/ah-la-barbarie/

Une réponse à “AH ! LA BARBARIE !

  1. En réponse à votre texte que j’ai apprécié, le mien! Ils se rejoignent quelque part:
    GUERRES DE RELIGIONS?

    by entreleslignesentrelesmots
    (De notre correspondant à travers les âges, J. Casanova – Antioche, 28 Juin 1098)

    (Aux côtés d’Adhémard de Monteil, légat du Pape, et de Bohémond de Tarente, Chevalier de Hauteville, dans Antioche dévastée, tombée hier aux mains des Croisés au terme d’un long siège de près d’un an. Tout ici n’est plus que cendres, pillages, viols et exécutions. C’était le mal nécessaire pour que s’accomplisse la volonté divine : reconquérir les Lieux Saints. En route maintenant pour Jérusalem.)

    Incessants et éclairants aller-retours du temps de la 1ère Croisade à l’été 2014. Guerres de religions, nous dit-on de toutes parts. Va-t-on nous convier à une nouvelle Croisade ? Ouvrez l’œil, créatures moutonnières, car quand l’oriflamme de la Religion est brandi, souvent beaucoup d’autres choses sont en jeu.

    N’est-elle pas juste la formule de Karl Marx ! Non pas la grossière et galvaudée « La religion, cet opium du peuple », mais la si dialectique et si belle « La religion, ce cœur d’un monde sans cœur » ! Car si la religion est le soupir de l’humble qui souffre, le refuge de celui qui croit en un monde meilleur, la toujours possible miséricorde pour celui qui a tué, elle peut être aussi l’instrument du fanatisme et le masque du prédateur.

    Parti en masse, à l’appel du Pape Urbain II, pour libérer les Lieux Saints et délivrer des persécutions sarrasines leurs lointains frères d’Orient, le petit peuple des campagnes d’Europe, sous la houlette de Pierre l’Ermite, « Dieu le veut » disait-il, le petit peuple des campagnes de France était bientôt suivi par toute la fine fleur de la chevalerie franque, normande, saxonne, germanique et hongroise, fils cadets en mal de lignage traversant Dalmatie et Anatolie ou Méditerranée, la cotte de mailles barrée de la Croix. Pour eux, l’aventure des Lieux Saints était aussi bien souvent l’occasion de conquérir un fief en Orient, fief que la loi salique leur refusait en Occident. Car ils n’étaient pas aînés, ou alors fils d’un père pauvrement doté.

    400 ans plus tard, autre temps, mêmes mœurs, les Conquistadors franchissaient l’Atlantique pour évangéliser Aztèques et Incas, poussés en réalité par « l’auri sacra fames » du poète Virgile (l’exécrable soif de l’or).

    Expéditions de conquête lointaines ? Pas toujours. Les guerres de religions ont pu être aussi intestines, déployées dans l’Europe de l’Ouest des 16ème et 17ème siècles, au moment où se construisent, issus du féodalisme, les futurs états nationaux. Où la bannière religieuse des princes allemands, des rois de Pologne, des rois successeurs de Charles Quint et de François Ier, n’est en fait que le drapeau de l’affirmation et de la consolidation de leurs intérêts territoriaux et dynastiques.

    Aveu de la chose, le compromis final de la Paix d’Augsbourg en 1555, « cujus regio, ejus religio », formule juridique présidant au grand partage territorial de l’Europe de l’Ouest, chaque sujet devant choisir la religion de son seigneur.

    À ce propos, cela doit être noté, ni l’Islam, ni bien sûr le Judaïsme, n’ont été utilisés à de telles fins, pour de tels subterfuges. L’Islam arabe a conquis le monde byzantin, l’Égypte, le Maghreb et l’Espagne. L’Islam ottoman a conquis le monde grec et danubien. Conquis et soumis au tribut, mais jamais au prétexte de convertir. Juifs et Chrétiens restaient libres de leur foi, leur seul devoir étant de verser l’impôt. Eh oui, Mme Isabelle la Catholique et Votre Inquisition ! Pas de conversion forcée, pas d’expropriation et pas d’exil sous la coupe musulmane!

    Si donc l’Histoire, depuis des millénaires, n’a été que la succession, de la lointaine Chine à l’Égypte pharaonique, à l’Empire perse achémenide de Xerxes et de Darius, puis à celui d’Alexandre et de Rome, puis à l’Islam arabe et ottoman, la succession de guerres de construction et de destruction d’empires, un seul monothéisme, le Christianisme, a servi de « caution » à la volonté de piller et d’annexer. Et, soulignons le encore, dans sa version strictement catholique.

    Aujourd’hui énormément de choses ont changé. D’autres intérêts, d’autres causes, d’autres drapeaux ont remplacé la conquête territoriale sous bannière religieuse.

    À ce titre, les ridicules et meurtrières prétentions d’un Etat Islamique au Levant doivent plutôt être décryptées comme la guerre pour l’hégémonie régionale, non pas entre sunnites et chiites, mais entre monde Perse et monde Arabe, conflit déjà entamé dans les années1980-90 avec la guerre Iran-Irak. Dans cette affaire, les malheureuses populations de Chrétiens d’Orient et de Kurdes yezidies ne sont que des victimes parmi d’autres et le spectacle affligeant, dans nos JT, de petits enfants irakiens blonds dans l’exode n’est qu’une ridicule diversion à caractère mimétique et subliminalement raciste. Ils étaient déjà blonds en 2003 sous les bombes américaines et vous n’avez rien su alors de cette blondeur.

    Blonde, noire, chiite ou yezidie, chaque créature a le droit de vivre en paix. Médias et politiques, au lieu d’agiter des bannières et des barrières, agissez pour la paix ! Un instrument pour cela existe, j’y reviens encore : l’ONU.


    Jean Casanova, 15 août 2014

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