L’obligation de respecter des droits humains est, pour les États, supérieure à celle de rembourser des créanciers

6Édito

En novembre dernier, les Nations unies proclamaient 2014 « année de solidarité avec le peuple palestinien », une résolution que d’aucuns considéraient comme une réponse d’ampleur à l’encontre de la politique colonisatrice du gouvernement israélien. Ce 19 juin, en dépit de la forte opposition des pays arabes, Israël a été élu à la vice-présidence du Comité spécial de l’ONU chargé de la décolonisation (qui, entre autres, traite de questions relatives aux réfugiés palestiniens). En lieu et place de la solidarité et de la volonté de faire de la paix entre la Palestine et Israël une réalité, c’est un théâtre du cynisme et de l’obscène qui se joue au sein de l’ONU et dans les rangs de ses États membres, en premier lieu ceux de l’Union européenne qui ont soutenu cette candidature.

Cette élection, au moment même où Israël intensifie son programme de colonisation et ses incursions dans les territoires palestiniens, rappelle que seule la mobilisation citoyenne, telle que le mouvement BDS (Boycott, désinvestissements et sanctions), est de nature à sanctionner la politique d’Israël et des États qui la soutiennent. En témoigne la décision récente de l’Église presbytérienne, une des plus importantes aux États-Unis (1,8 million de membres), de retirer ses investissements de Caterpillar, Hewlett-Packard et Motorola Solutions pour leurs activités dans les territoires palestiniens occupés.

C’est contre toute forme de domination que le CADTM s’engage depuis plus de 20 ans, qu’elle prenne la forme de la colonisation, des interventions militaires, de la dette ou encore de l’imposture de « aide au développement » . Plus récemment, le CADTM s’est engagé au côté d’ATTAC-CADTM Maroc et de femmes et d’hommes qui luttent, au Maroc, contre les institutions de microcrédit, qui loin de leur permettre de sortir de la misère, les enferment dans une spirale d’endettement dont ils ne parviennent plus à sortir (voir articles p.20 et 25). Qu’il s’agisse de populations qui subissent l’austérité et l’imposition de l’agenda néolibéral au nom de la dette publique ou de personnes surendettées à titre privé (plombées par un prêt étudiant, un emprunt immobilier ou un microcrédit), il est primordial de refuser l’horizon soi-disant indépassable du remboursement des dettes que nous ont dessiné les gouvernements et les 1 %. S’indigner ne suffit pas.

Nous le voyons aujourd’hui au Brésil avec la 20ème coupe du monde organisée par le fossoyeur qu’est la FIFA, la colonisation peut prendre de nombreuses formes, il en va de même pour les résistances populaires. Forçons les États et les compagnies colonisatrices à reconnaître leurs responsabilités historiques. Exigeons l’annulation de la dette couplée à une « aide au développement » rebaptisée « fonds de réparation » pour les dommages causés du fait de la dette historique, écologique, financière, sociale et culturelle de ceux-ci. L’indignation doit pousser à s’inspirer des luttes en cours pour se réapproprier l’avenir, construire de nouveaux possibles, jeter les bases d’une transformation radicale des relations entre les peuples, où coopération, justice sociale et égalité ne sont pas de vains mots.

Palestine, des colonies « entités illégales, faut-il encore le rappeler, au regard du droit international et constituant un crime de guerre selon les statuts de la Cour Pénale Internationale », un État criminel : Israël et des États complices, à commencer par l’État français. « Tous les États sont dans l’obligation de ne pas reconnaître la situation », et des sociétés transnationales, dont toujours des sociétés françaises, aussi complices…

D’où l’importance de la campagne Boycott, Désinvestissement, Sanctions (BDS), « S’indigner ne suffit pas ! ». Voir aussi le récent texte du journaliste israélien Gideon Levy :

https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2014/06/21/le-journaliste-israelien-gideon-levy-appelle-au-boycott-disrael/

Palestine, Argentine, Tunisie, Togo, Maroc, Mali, France, Grèce…

De cette riche livraison, je ne souligne que quelques éléments :

  • L’article sur Dexia et sa complicité de violation des Droits Humains dans les territoires occupés par Israël

  • L’article de Julio Gambina et Maria Elena Saludas sur l’Argentine, son « modèle économique extractiviste, aliénant et générateur d’inégalités ». Les auteur-e-s analysent l’accord passé avec Le Club de Paris dont l’obligation d’allouer les ressources fiscales ou les réserves internationales au paiement de la dette…

  • L’article de Christine Vanden Daelen « Place à l’émancipation des femmes ! Solidaires face à la dette, unies contre les microcrédits ». Il convient en effet de montrer les liens entre endettement privé et endettement public, entre micro et macro-crédit, le rôle des microcrédits dans la dépossession organisées des femmes « Les microcrédits leur ont tout pris, les dépossédant de leurs biens, de leur santé physique et morale, les contraignant à se prostituer, à retirer leurs enfants de l’école et à les envoyer travailler pour pouvoir rembourser ».

L’auteure rappellent que les femmes sont les véritables créancières au niveau national et international, « Elles sont titulaires d’une énorme dette sociale. Sans leur travail gratuit de production, de reproduction et de soins aux personnes, nos sociétés péricliteraient tout simplement ! ».

Elle montre aussi comment les plans d’ajustement structurel imposés par le FMI et la Banque mondiale accentuent la charge de travail gratuit des femmes. (En complément possible Renforcer l’action collective des femmes pour changer le monde !)

  • Ces analyses sont complétées et illustrées dans l’article de Sihem Azak, Pauline Imbach et Reine Tem « Pour une poignée de dirhams ».

  • « Mali, les créanciers réclament le remboursement des dettes et instrumentalisent l’« aide » pour leurs propres intérêts ». Le CADTM souligne que la lettre d’intention dictée par le FMI est illégitime.

  • Patrick Saurin souligne la forfaiture des sénateurs/sénatrices qui ont adopté un projet de loi « visant à valider rétroactivement les emprunts toxiques illégaux ». (Lire aussi son ouvrage : Les prêts toxiques. Une affaire d’État. Comment les banques financent les collectivités locales, CADTM – Demopolis 2013, Il n’y a pas d’obligation absolue et inconditionnelle à rembourser les dettes de l’État, des collectivités et établissements publics

L’ensemble des dettes doit être audité et les endettement odieux, illégitimes, insoutenables ou illégaux annulés.

Sommaire

La Belgique, l’UE et la colonisation galopante des terres palestiniennes. S’indigner ne suffit pas !

Dexia complice de violations très graves des droits humains dans les territoires occupés par Israël

Une critique écologiste de l’occupation israélienne (Une critique écologiste de l’occupation israélienne)

Le CADTM salue le combat de Cephas Lumina

L’Argentine signe un accord dit « historique » avec le Club de Paris

Argentine : un vautour peut en cacher d’autres

Place à l’émancipation des femmes ! Solidaires face à la dette, unies contre les microcrédits

Pour une poignée de dirhams

« MarocAfric » ou l’investissement marocain en Afrique subsaharienne

Mali, les créanciers réclament le remboursement des dettes et instrumentalisent l’« aide » pour leurs propres intérêts

Replacer l’« agenda de l’efficacité » dans les rapports Nord-Sud

Notre solidarité va au-delà des frontières, notre démocratie au-delà des élections

La forfaiture du Sénat ou la honte de la République

Les nouveaux prêts à la Grèce sont odieux, illégitimes, insoutenables et illégaux

Les autres voix de la planète N°63, http://cadtm.org/Les-autres-voix-de-la-planete-no63

3ème trimestre 2014

La revue du CADTM, Liège 2014, 44 pages

Didier Epsztajn

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