Voilà, Voilà que ça continue

« Voilà, Voilà que ça recommence. Partout, partout, ils avancent… La leçon n’a pas suffit. Faut dire qu’à la mémoire on a choisi l’oubli. Partout, partout, les discours sont les mêmes. […] Moi je croyais qu’c’était fini. Mais non, mais non, ce n’était qu’un répit ». Rachid Taha, 1993. 21 ans plus tard, ces paroles résonnent dans ma tête. En boucle. Gaza. Damas. Srebrenica. Rethel (Ardennes, France). En mode synchrone. Un hasard ?

Par où commencer ? La Palestine ? Sur la bande de Gaza, 210 morts, dont une grande majorité de civils, et plus de 1 500 blessés en dix jours, selon les dernières estimations onusiennes, nous fait-on savoir. Uniquement des Palestinien-nes. 21 par jour. Version un peu plus rapide du blocus, vieux de sept ans, qui a pour impact direct un taux de chômage de 65%, une crise sanitaire sans précédent et une paupérisation croissante : 45% de la population de Gaza vit en dessous de seuil de pauvreté depuis mai 2007. Mais de quelle population parlons-nous ? Quand on s’intéresse au fait que cette bande, « sablonneuse » comme elle est nommée, est dirigée par le Hamas, parti extrémiste religieux pour le moins, prônant un État islamique palestinien, on sait que les femmes, entendues comme re-productrices d’enfants de la Nation en construction, « naturellement » en charge des soins, de la nutrition et de l’éducation des familles, sont les principales victimes du blocus imposé par Israël. Non seulement elles courent alternativement après l’électricité, l’eau, l’alimentation et de quoi couvrir les dettes cumulées par le ménage, voient leur agenda exploser, mais se font taper dessus une fois tous ces problèmes résolus. Comme un peu partout, la peine est triple. Assenée par l’envahisseur, commuée par le sauveur, appliquée par le père, frère, mari. Or, le silence est absolu. « Moi je croyais qu’c’était fini. Mais non, mais non, ce n’était qu’un répit ». L’omerta règne dans les médias, comme chez les organisations internationales ou les États mais plus encore chez les partis palestiniens ou progressistes européens et d’ailleurs, où se discute la « cause » palestinienne. La cause se débat entre hommes. La cause est masculine, la misère féminine.

Hier, le 16 juillet, Bachar Al-Assad, est officiellement reparti pour un tour de sept ans. Il a prêté serment devant l’assemblée, dans son palais présidentiel, alors que la guerre civile qu’il dirige d’une main de maître a déjà fait 170 000 morts. Le tout en plein boum israélo-palestinien. Sans état d’âme. Il tient à confirmer son mépris intrinsèque et en particulier celui qu’il entretient avec son ennemi de classe pour ainsi dire, le Hamas. Il laisse passer le rouleau compresseur israélien sans mot dire. Alliance singulière mais opportuniste. Toujours en sous-main, dans l’implicite. Là aussi les adversaires sont des hommes et les guerres masculines, si bien que l’adversité en devient féminine. « Voilà, Voilà que ça recommence. Partout, partout, ils avancent… ».

Au même moment, le 8 juillet 2014, des membres serbes des Femmes en noir se faisaient agresser lors de la 19e commémoration du génocide de Srebrenica. À Valjevo, en Serbie, des pro-Mlavic, militaire poursuivi pour génocide, persécution, extermination, meurtre, déportations et actes inhumains dans de nombreuses municipalités en Bosnie-Herzégovine – ses troupes y ont tué, violé, torturé, détenu et chassé des milliers de Musulmans et Croates – n’ont pas apprécié que des femmes clament haut et fort leur opposition à toute forme de guerre, de violence, de racisme et de haine. « La leçon n’a pas suffit. Faut dire qu’à la mémoire on a choisi l’oubli ». Ces hommes faisaient suite à un appel lancé le 25 mars dernier par le porte-parole de l’unité antiterroriste du ministère serbe de l’Intérieur, Radomir Počuča, encourageant les hooligans de football à « s’occuper » des Women in Black. Étonnant ? Non. La démonstration de force se fait à mains nues d’hommes alors que la paix se dit par voix de femmes interposées. La destruction est masculine, la mémoire féminine.

Le 15 juillet, Anne-Sophie Leclere, ex-tête de liste Front National aux municipales à Rethel (Ardennes), a été condamnée par le tribunal de Cayenne à neuf mois de prison ferme et cinq ans d’inéligibilité assortis d’une amende de 50 000 €. Le FN devra quant à lui verser 30 000 € d’amende. La militante d’extrême-droite avait publié en octobre 2013 une caricature de Christiane Taubira la comparant explicitement à une guenon. Les magistrats ont retenu le caractère raciste de l’affaire, rappelant que le racisme n’est pas une opinion mais bien un crime. Dont acte. Mais force est de constater qu’ils n’ont retenu que le comparatif à un « singe ». « Partout, partout, les discours sont les mêmes ». Or, c’est bien en femelle de l’animal que la ministre française de la Justice avait été grimée. Le sexisme n’est toujours pas un crime. Le racisme, mêlé au sexisme, encore moins. Comme si il y avait une hiérarchisation dans les crimes ou pire, une négligence volontaire des crimes associés au genre féminin. Comme si la libre prise de position de Taubira, en tant que femme noire, était transparente. La justice est masculine, la liberté, féminine.

Voilà, voilà… les identités sexuelles transpirent un peu partout. Les masculinismes s’exhibent. Les féminismes trinquent. Alors, une fois de plus, la guerre et la haine c’est eux, la liberté c’est nous.

Joelle Palmieri, 17 juillet 2014

http://joellepalmieri.wordpress.com/2014/07/17/voila-voila-que-ca-continue/

5 réponses à “Voilà, Voilà que ça continue

  1. En personnalisant au féminin les options masculinistes, vous allez dans mon sens. Car ce que j’essaie de faire monter à la surface c’est l’arrogance de l’hégémonie de l’identité masculine au détriment de l’identité féminine et non des hommes au détriment des femmes.
    Loin de moi d’ailleurs toute tentative d’essentialisme, puisque ce que je dénonce sont des systèmes qui différencient sciemment les identités masculine et féminine pour embrigader, encadrer, normer, le tout pour mieux nous (hommes et femmes) dominer.
    Le militarisme fait partie de ce double système d’oppression et de discrimination – la domination – qui a ses normes, codes, cadres, et dont l’objet global est notre aliénation.
    Il est d’ailleurs au service de ce que je nomme le masculinisée d’Etat.
    Alors oui, je le maintiens, notre (nous, hommes et femmes, non dominants) seule façon de lutter : garder notre libre arbitre, ouvrir les espaces de libre pensée et dire, hurler, tout simplement, que la liberté est une propriété inaliénable de l’être humain.
    Joelle Palmieri

  2. Les commémorations de la 1° guerre mondiale se multiplient, mais on entend pas parler de la création en 1915 par les femmes des peuples qui s’affrontaient de la Ligue Internationale des femmes pour la paix et la liberté.
    C’est je crois, le plus ancien mouvement féministe international, Ces femmes ont eu le courage de braver le chauvinisme exalté et la folie meurtrière des hommes de leur pays pour tenter de construire la paix.
    Nous fêterons ce centenaire en 2015 à La Haye en avril prochain sur le thème : Le pouvoir des Femmes pour arrêter les guerres. Il faut avancer sur cette question.
    Je compte faire des proposition sur le thème : La décolonisation de l’humanité femelle et la prophylaxie des grandes contagions de violence, à partir du travail sur la violence que j’ai effectué dans le tome 4 du Manifeste pour la décolonisation de l’humanité femelle et qui s’intitule :
    Poussées d’émancipation et violences colonisatrices
    paru en juin chez L’Harmattan

    http://www.harmattan.fr/index.asp?navig=auteurs&obj=artiste&no=8871
    + deux vidéos :
    http://www.tele-doller.com/index.php?option=com_hwdvideoshare&task=viewvideo&Itemid=2&video_id=1853

  3. ce que vous dites n’est pas factuellement faux mais je ne suis pas d’accord car par ce mode de raisonnement vous essentialisez, il y aurait une nature féminine pacifique et une nature masculine guerrière. Il y a des hommes de paix et des femmes du guerre, d’accord sur le machisme qui se donne libre cours en temps de guerre .

  4. Jérôme Oudin Libermann

    Alors, une fois de plus, la guerre et la haine c’est eux, la liberté c’est nous : la générale de réserve Janis Karpinski commandait l’unité de police militaire qui gardait le pénitencier d’Abou Ghraib. La soldate Lynndie England y pratiquait la torture. Des surveillantes SS exerçaient leur violence dans les camps de concentration pour femmes…

    • Donner des exemples de femmes tortionnaires ou criminelles de guerre n’enlève rien à l’appréciation générale sur le militarisme et le silence sur la situation des femmes dans les pays cités par l’auteure
      oui le militarisme a quelque chose à voir avec le masculinisme, la domination masculine

      oui sur ce sujet, comme sur bien d’autre, l’apport du féminisme est incontournable
      oui la guerre et la haine sont engendrés par des rapports sociaux inégalitaires, dont la domination systémique exercée par les hommes sur les femmes
      oui la liberté est l’horizon du combat émancipateur

Répondre à Palmieri Annuler la réponse.

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.