La parabole de Fukushima

Si la parabole est un « court récit chargé d’un enseignement moral », après celle du Bon Samaritain, prenez connaissance de celle de Fukushima.

L’enquête sur 2 pages du Journal du Dimanche du 2 mars : « des SDF nettoient Fukushima », me donne l’occasion de cet exercice littéraire.

Sur des milliers de kilomètres carrés contaminés, des sans-abri grattent la terre, trient, chargent et évacuent les décombres. Ces travaux régis par l’État japonais ont été confiés à des entreprises privées, les géants du BTP nippon.

Celles-ci, peinant à recruter la main-d’œuvre spécialisée en raison des risques persistants d’irradiation, ont mis en place un système noir, s’appuyant sur les mafias locales, nouvelles agences pour l’emploi chargées de leur fournir la main-d’œuvre docile, clandestine et peu coûteuse, propre à ces travaux.

De source policière, 50 gangs mafieux s’activent autour du business de la décontamination, recrutant des sans-abri pour les vendre comme esclaves aux sociétés du BTP ayant décroché ces marchés publics. Autour des réacteurs, l’armée des ombres de la décontamination continue de se tuer à la tâche.

La scène est campée : celle d’une industrie nucléaire dont le développement a été confiée aux géants privés de l’Energie, sinistrée depuis trois ans en raison des graves manquements aux précautions, dans un pays exposé aux risques sismiques avérés.

Le désastre survenu, l’État utilise l’argent public pour financer, sans contrôle, d’autres entreprises privées, celles du BTP, ayant répondu à l’appel d’offres de dépollution.

Comme les planteurs de coton ou de canne à sucre des Amériques, il y a plusieurs siècles, celles-ci s’adressent aux mafias, nouveaux négriers, pour leur fournir les bras de l’activité la plus dangereuse du monde : nettoyer les sols irradiés.

En quoi, je vous le demande, tout ceci serait-il contradictoire avec la logique du marché libre et non faussé ? La liberté de chacun des agents n’a-t-elle pas été respectée ? Y compris celle des sans-abri, aucunement contraints. La profitabilité et la croissance sont au rendez-vous. L’économie est sauve.

Riche d’enseignements, également, le peu d’écho rencontré par ce reportage. Mais c’est là une autre question. Encore que…

Jean Casanova, 11 mars 2014

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