Impacts de la mondialisation néolibérale sur les conditions de travail et de vie des femmes dans le commerce

Cette recherche analyse les impacts de la mondialisation et de la libéralisation des échanges sur la gestion de la main d’œuvre en entreprise, sur les conditions de travail et de vie de salariées de Wal-Mart au Québec,

Sommaire :

Préface, Résumé, Introduction

Chapitre I : Des précisions sur la recherche

Chapitre II : La flexibilité des conditions d’emploi : une acrobatie pour les employées

Chapitre III : Le « sexe » à la base de la division et de la hiérarchie

Chapitre IV : Contrer l’organisation collective : l’antisyndicalisme de Wal-Mart

Conclusion, Pistes d’action, Glossaire, Liste des entrevues, Bibliographie

Stéphanie Mayer précise dans le premier chapitre un axe important de l’action de la Fédération des femmes du Quebec (FFQ) : la lutte contre la mondialisation capitaliste et patriarcale. « Il s’agit de la défense des intérêts et des droits des femmes concernant l’interface entre les dimensions rémunérée et non rémunérée de leur contribution à l’économie et à la société ». Elle indique aussi deux axes d’analyse de la présente étude : « les effets du renforcement des pouvoirs et des prérogatives des entreprises sur les conditions de travail et de vie des travailleuses, les répercussions économiques et professionnelles qui découlent de la gestion des travailleuses et des travailleurs dans un contexte d’économie libéralisée ». Elle présente les personnes interrogées et les limites de la représentativité de l’échantillon de salariées.

Dans le second chapitre, l’auteure aborde la flexibilité des conditions d’emploi et les contraintes inhérentes à cette flexibilisation, la diminution des emplois permanents et stables, la reconfiguration et la recomposition de la division sexuelle du travail, l’importance de la participation au marché du travail…

Les exigences de flexibilisation sont déclinées :

  • en limitation des coûts reliés à la main d’œuvre dont l’individualisation des augmentations et leur assujettissement aux évaluations, la flexibilisation des statuts d’emplois dont le temps partiel (et les revenus associés insuffisants), les horaires en montagnes russes, la réduction des avantages sociaux associés au statut.

  • en variation du nombre d’heures travaillées et la disponibilité complète exigée pour les salariées, les horaires de travail sont une source importante de conflits.

  • En utilisation maximale des employées avec des ajustements ponctuels sur les « quarts de travail en fonction de l’affluence de la clientèle », avec surcharges de travail liées aux taches mises de côté ou accumulées lors de la moindre présence de personnel,

  • en rendant les employées les plus polyvalences possible. En France, dans le commerce, les syndicats soulignent la différence entre la polyactivité (juxtaposante de tâches) et la polyvalence (reconnaissance de plusieurs « compétences »). S’occuper de plusieurs secteurs, remplacer le personnel manquant, sans oublier le système arbitraire de privilèges et récompenses…

Stéphanie Mayer analyse aussi l’intransigeance patronale, l’anti-syndicalisme, la perméabilité des sphères personnelles et professionnelles, les difficultés à obtenir des aménagements d’horaires, les changements fréquents de quarts « rendant la gestion du quotidien difficile et la planification de l’avenir improbable », l’individualisation et la vulnérabilité qui en découle.

Dans le troisième chapitre, l’auteure cerne « les effets sur les conditions de vie de ces femmes de la division sexuelle du travail ». Elle rappelle l’articulation, la constante interdépendance, des sphères publique (travail salarié) et privée (travail non salarié et vie personnelle). Je souligne qu’il faudrait aussi aborder le travail des hommes de cette façon, afin de souligner le travail invisibilisé des femmes, lié au non-partage et au non-souci du travail domestique par les hommes.

Stéphanie Mayer, reprenant les formulations de Danielle Kergoat parle de consubstantialité et de coextensivité des rapports sociaux (ouvrage cité en fin de note). Elle analyse aussi l’assignation naturalisée à la sphère privée, la différenciation sexuelle des espaces de travail, la hiérarchisation sexuée des postes (sur-représentation des femmes aux caisses alors que les hommes sont assignés à la réception des marchandises), l’importance du lieu de travail comme lieu de sociabilité, la situation des femmes monoparentales…

L’auteure revient sur les impacts de la fluctuation des horaires de travail, et analyse, entre autres, l’adaptation des rythmes de vie sur celui de l’emploi, l’organisation de la garde des enfants (et les dépenses induites), l’empiétement des « espaces-temps », les rythmes contradictoires, l’épuisement physique et psychologique, la fatigue additionnelle liée à la flexibilité, sans oublier les chantages et les menaces à propos de la disponibilité. Le salaire des femmes reste pensé comme un « revenu d’appoint » entraînant une insécurité financière, sans oublier la justification naturaliste du complément des rôles et fonctions entre femmes et hommes.

Pour les mêmes raisons, l’accès aux différents postes est limité pour les femmes, ségrégation horizontale et ségrégation verticale. Il s’agit bien de division sexuelle du travail.

L’auteure explique aussi les effets sur les employées « d’une socialisation traditionnelle et non critique des rôles de sexe ».

Le dernier chapitre est consacré à l’antisyndicalisme de Wal-Mart et à l’organisation collective des travailleuses. En élargissant le propos, il convient de s’interroger sur ces démocraties représentatives qui s’arrêtent à la porte des entreprises, qui limitent le droit syndical et favorise l’arbitraire patronal.

Reprenant les paroles d’une salariée, l’auteure souligne la « nécessité de créer une solidarité et une force collective qui n’existent pas a priori dans des milieux d’emploi où la précarité et la compétition entre les employées constituent la norme ».

En conclusion, Stéphanie Mayer indique, entre autres, que « le rapport au travail n’accorde qu’un ensemble de supposés droits à l’employée », que des solutions sont à rechercher « par la transformation du contrat individuel en contrat collectif ». Elle souligne aussi l’importance du mouvement des femmes, les articulations entre système capitaliste et patriarcat, la question « des services de garde publics et accessibles », la valorisation des approches inter-sectionnelles « des luttes prônant une plus grande solidarité »…

Une étude bien utile pour mettre à jour l’autre face de la mondialisation néolibérale, l’accroissement de l’exploitation des salarié-e-s dans les entreprises, le remodelage des discriminations genrées et l’inégalité maintenue des femmes au travail.

En complément possible, la belle thèse thèse d’Anne Sophie Beau « Grand Bazar modes d’emploi. Les salarié-e-s d’un grand magasin lyonnais, 1886-1974 » consultable en ligne sur le site de Lyon2

Marlène Benquet : Les damnées de la caisse. Grève dans un hypermarché, note de lecture : Une forme d’emploi épousant à la fois la poussée de l’activité féminine et la reproduction des rapports sociaux de sexe

Danielle Kergoat, Se battre disent-elles…, La Dispute 2012, Travailleuse n’est pas le féminin de travailleur

Stéphanie Mayer : Les effets de la libéralisation des marchés sur les conditions de travail et de vie des femmes. Le cas Wal-Mart

http://www.ffq.qc.ca/wp-content/uploads/2013/11/SMayer-Correction-VF-1v14.pdf

Édition IEIM, Montréal 2013, 128 pages

Didier Epsztajn

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