Histoire de Marie de Claire Simon

Au Festival international des films de femmes de Créteil l’Histoire de Marie de Claire Simon met en abîme le récit : brillant et insolite.

Pendant les vingts minutes du film, Marie, cinquantenaire raconte ce qu’elle a vu dans la cave de l’immeuble parisien où elle travaille, en descendant chercher un balai, elle a eu peur de ce qu’elle a vu alors elle est vite remontée en refermant derrière elle.

Elle expose très clairement et précisément la scène et les circonstances : sa position à l’entrée de la cave, le couloir faiblement éclairé, ce qu’elle a vu, où elle l’a vu. Nous, public, voyons les trois marches assez hautes de l’escalier en pierre devant la porte, les murs de la cave en meulières, le sol en terre battue, la vitre du soupirail qui laisse arriver un halo de lumière extérieure, un fil et son ampoule qui pendouillent du plafond.

Le film est la reprise incessante de ce récit, invariable et improbable. A chaque nouvelle reprise, nous voyons que Marie, revit le moment, la stupeur ressentie, à chaque fois qu’elle le raconte, elle emploie les mêmes mots, dans le même ordre, celui indiscutable de l’apparition des faits.

Elle le dit et le redit avec la même conviction, la même sidération mélée d’étonnement car son récit se finit par un retournement qui vient nier les faits exposés. Elle a besoin de se convaincre elle-même de ce qu’elle a vu car cet élément final remet en question ce qu’elle a vu, elle l’a vu, c’est sûr, nous en sommes sûr.es.

Mais, c’est également sûr que les choses qu’elle a vues, comme nous la voyons, ne sont pas ce qu’elle dit avoir vu. Elle a vu quelque chose qu’elle n’a pas pu voir mais qu’elle a bien vu, il faut la croire, on ne peut pas faire autrement…

Marie sait que ce qu’elle a vu n’est pas réel, ne s’est pas réellement passé, que c’est un jeu de reflets dans le grand miroir posé au fond du couloir. Elle croit les policiers qui ont fouillé les caves et n’ont trouvé personne, maintenant elle n’a plus peur de descendre. Mais mais mais, elle sait aussi qu’elle a vu une dizaine de squatteurs dont un barbu, distinctement au fond du couloir.

Au fil des reprises la conviction s’affirme davantage, elle a vu là, au bout du couloir, une dizaine de squatteurs, ils étaient là, il y avait un barbu, oui c’était l’ombre, des reflets exactement dans la glace du fond, c’est sûr, un voile d’incrédulité pointe, car ce ne sont pas des reflets d’elle qu’elle a vu, mais des squatteurs avec un barbu…

Claire Simon réalise un court métrage exceptionnel sur le pouvoir sans fin d’illusion et la question de la vérité au cinéma et nous en faisons l’expérience spectatorielle, hypnotisé.es, par ces lignes parallèles qui ne se croiseront jamais.

pascale dbs

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