Il y a un hors texte, contre la ville, tout contre… il suffit d’aller voir

vol_considerantweb-7ca4bVoir la présentation de l’ouvrage : Considérant qu’il est plausible que de tels évenements puissent à nouveau survenir

D’abord visionner le film de Sébastien Thiéry (PEROU) : « Considérant qu’il est plausible que de tels événements puissent à nouveau survenir » :

http://www.post-editions.fr/considerant.html

Et relire à haute voix l’arrêté n°2013/147 du 29 mars 2013, ville de Ris-Orangis.

Vu, vu, vu… Considérant, considérant, considérant….

Dans sa présentation de Sébastien Thiéry, « Une contribution à l’art de faire riposte l’ambassade du Pérou à Ris-Orangis », directeur du PEROU (Pôle d’exploration des ressources urbaines) analyse l’arrêté municipal, « le sens unique d’un verbe à l’impératif que les enfants du bidonville connaissent depuis leur plus jeune âge : ‘Dégage !’ », et retrace les événements.

En s’attardant à juste titre sur cet arrêté municipal, il souligne la « prodigieuse involution de ce que nous avons coutume de nommer « politique », cet art manifestement désuet de réunir et composer du commun ». Et le lire ou en le proposer à l’interprétation ou à la relecture par différent-e-s auteur-e-s : « c’est l’écorcher et l’ausculter, c’est le répandre sur la place publique tous viscères dehors ».

Vu, vu, vu… Considérant, considérant, considérant….

Le préfacier parle, entre autres, de l’école comme seul point d’ancrage, de « la machine à voir qui préside à la partition du monde entre ‘eux’ et ‘nous’ », du « ciment d’une union sacrée non formulée comme telle », de la violence légale, des actes porteurs d’un autre avenir. Il explique aussi l’objectif du PEROU « cultiver l’outre-ville avec celle et ceux qui y vivent repliés ».

Ce livre n’est pas une pétition de principe, « nous entendons nourrir les multiples savoirs susceptibles d’enrichir et d’actualiser l’art, si nécessaire, de faire riposte ».

Outre quelques réécritures inventives (la demande d’évacuation du marché de Noël des trottoirs des Champs-Élysées ; une dissolution de la littérature juridique ; un arrêté du maire de Crise-Arrangé…) et politiquement significatives de cet « arrêté », je ne signale subjectivement que quelques éléments.

Une invitation à lire tous ces textes et d’autres à écrire, « Considérant qu’il est plausible que de tels événements puissent à nouveau survenir »…

Légende de celles et ceux que l’on nomme Roms, ces femmes et ces hommes considéré-e-s comme autres ou d’ailleurs, et comme le dit Jean-Christophe Bailly, privé-es de « leur propre espace, cette bulle d’improvisation colorée ou ce « voyage » justement, qui les accompagnait ». A la destruction policière et municipale il convient de s’opposer et « inventer les espaces où la différence rom puisse s’inscrire et retrouver les voies de sa mémoire fluente, il ne devrait pas y avoir envers elle d’autre chemin pour un pays qui continue de se croire terre d’accueil ».

Étienne Balibar parle d’indignité, de la liquidation « dans les formes » d’un « embryon d’autogestion de la misère, vécu comme une provocation par l’ordre établi », du nom « rom » jamais employé dans l’arrêté du maire, du racisme différentialiste, de la municipalisation des opérations répressives, des politiques anti-roms déguisées en politique d’urgence, de l’énonciation sécuritaire ; de la peur municipale de l’auto-organisation, de la stabilisation d’un campement et la possibilité que les populations concernées se dotent d’une représentation…

« Voyez-vous, Françaises et Français, nous sommes plus que jamais le pays des droits de l’homme, même lorsque nous ajoutons une persécution à une autre, et prenons ainsi de facto notre part dans le développement, à travers toute l’Europe, d’une xénophobie de proximité qui – ici comme là-bas – est aussi une façon d’alimenter les hantises et de pousser au crime. Jeu dangereux, mais jeu très concerté ».

Chloé Bodart, « Délaissés urbains, délaissés humains », analyse cet urbanisme excluant, la consommation de l’espace, la marchandisation des territoires. Elle souligne la vie « sur ce terrain à l’existence déniée », la visibilité permise par « l’acte constructif déployé par le PEROU », les enfants déclarés inadmissibles, l’illégitimité de leur existence…

Vu, vu, vu… Considérant, considérant, considérant…. « La liste est une arme, une arme terrible qui rainure la réalité pour dessiner les rails sur lesquels les décisions déjà prises pourront circuler et accomplir leur devoir » (Robert Cantarella)

Charlotte Cauwer, en dessins, nous invite à considérer ce qui n’est pas vu.

Hélène Cixous rappelle sa deuxième enfance « juste au bord des lèvres d’un bidonville » et souligne que « La marge est un pays surpeuplé ».

François Cusset parle du risque « avec ses acolytes sémantiques que sont le ‘danger’ et ‘l’illicite’ ». Il souligne que le texte est là pour rendre indicible :

« – que la rationalité bureaucratique, à même le texte, habille et cache une ethnicisation rampante de la politique, une tactique très assumée du sacrifice des boucs émissaires ;

– que la protection de l’enfance, à même le texte, habille et cache une vision coloniale de l’animal à civiliser, du corps à dompter, et, plus empiriquement, un retour direct à la ségrégation scolaire ;

– et que le chantage au risque, à même le texte, habille et cache sous les oripeaux d’une humanité décharnée, réduite à l’horizon de ses risques, l’action violente d’État »…

Jean-Michel Frodon, « considérablement inconsidéré », parle, entre autres, de non vue « Toi tu n’as rien vu, et surtout pas ceux qui étaient là », de la langue institutionnelle « Tu parles dans une langue grise et détraquée, boursouflée de consensus et d’abstractions creuses, où la réalité disparaît »…

Cyrille Hanappe interroge l’arrêté municipal au regard du code de l’urbanisme.

Edith Hallauer et Patrick Bouchain font l’éloge de la trace et rappellent qu’un « lieu abandonné n’est jamais vide, mais porteur d’histoire, tout en étant libre et ouvert à l’usage », les liens entre espace public et manifestation du commun…

Valérie de Saint-Do souligne que « le réel n’a pas pire adversaire que ceux qui se réclament du réalisme »…

En 2013, l’administration et la police françaises ont doublé les arrêtés d’expulsions de Roms par rapport à 2012. Laisser faire, détourner les yeux c’est contribuer au développement du racisme d’État et de l’indignité.

Et avant de prêter ou d’offrir ce livre à ses ami-e-s ou le laisser traîner sur un banc pour une lectrice ou un lecteur en ballade, réécouter la vidéo http://www.post-editions.fr/considerant.html. Une nécessaire invitation à « faire riposte » pour que de tels événements ne puissent plus survenir.

En complément possible : Morgan Garo : les Rroms. Une nation en devenir ?, Syllepse 2009, Rroms, multi-identité, nation et Samudaripen

Collectif : Considérant qu’il est plausible que de tels événements puissent à nouveau survenir

Post-Éditions, 2014, 320 pages, 17 euros

Didier Epsztajn

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