Chaque homme est impliqué par la place qu’il occupe dans la structure où il est confortablement installé

« Dire que les femmes ont le droit de se vendre, c’est masquer que les hommes ont le droit de les acheter. » Françoise Héritier

« Introduction

L’enfer existe. Il est ici bas. Pour ma part, je l’ai contemplé à deux reprises. Une fois, c’était en prison. Non que j’aie rencontré l’une ou l’autre situation particulièrement dramatique d’enfermement. C’est la prison en elle-même qui est l’institution de l’enfer programmé et permanent.

La seconde fois, c’était dans ma confrontation avec la prostitution. J’y ai vu et entendu les plus grandes situations de détresse que l’on puisse imaginer. Voire, que l’on ne puisse même pas imaginer.

Dans les deux cas, j’ai tenté de comprendre en quoi ma responsabilité était engagée dans ces systèmes à côté desquels je pensais vivre alors que j’y vivais en plein cœur.

En tant que citoyen, membre d’un corps social, d’un groupe social. J’en ai déduit, avec l’aide d’auteures féministes, que cette position d’homme me responsabilisait dans le rapport prostitutionnel, même si je n’avais jamais été « client ».

C’est donc de cette position d’homme blanc, plutôt instruit, hétérosexuel que je me suis mis à creuser cette question jusqu’au besoin d’en témoigner. »

Voici un petit livre, bien utile, écrit à la première personne, de l’un des porte-parole du réseau Zeromacho, un plaidoyer masculin pour abolir la prostitution.

Un homme dit son cheminement, ses rencontres, ses analyses, ses compréhensions des rapports entre femmes et hommes (« Il faut être très mal informé pour ignorer que de manière générale, les femmes sont discriminées dans nos pays pourtant en avance sur ce point. Différence salariale, tâches ménagères, violence symbolique, violences physiques y compris dans les classes les plus favorisées. Violences sexuelles à tout niveau social. La liste est longue. »), de la prostitution, des « clients ». Je regrette cependant le non-emploi de la notion de rapports sociaux de sexe (système de genre) et l’insistance mise sur le « culturel » au lieu de la « construction sociale ».

L’auteur parle des centres d’hébergement (« Dans différents centres d’hébergement, j’avais donc passé du temps avec des femmes en déroute. On pourrait dire qu’elles avaient été brutalisées, mais le mot serait faible quand on a vu tout cela de près. Détruites, écrasées, déchirées, martelées, ruinées, effacées, volatilisées. Il ne restait parfois qu’un petit être humain tenant à peine debout, les yeux exorbités sur sa vie dont il n’y a rien à espérer. ») au récit, à la parole de Sonia (« Sonia poursuivit pendant une vingtaine de minutes. Vomissant sa souffrance autant qu’elle pouvait le faire. »), de l’armée et des « flagrant délit de mec », à l’expression du pouvoir d’être homme…

« Nous les hommes, en tant que groupe social et quelle que soit notre attitude individuelle, nous percevons bien ce rapport de force au quotidien. Et lorsque nous le critiquons, nous en jouissons également, même malgré nous. Mais, faut-il le reconnaître, le plus souvent de façon assumée. Notre domination sur le monde est telle que nous ne pouvons que perdre des privilèges. Notre sentiment de risque est permanent. Nous pensons vivre à toute époque une « crise de la masculinité » qui n’est en fait que notre angoisse de laisser échapper une parcelle de notre pouvoir. » Voir plus particulièrement sur ce sujet, le beau livre de Léo Thiers Vidal : De « L’Ennemi principal » aux principaux ennemis. Position vécue, subjectivité et conscience masculines de domination, Editions L’Harmattan 2010, « Toutes les femmes sont discriminées sauf la mienne » sans oublier Rupture anarchiste et trahison pro-féministe : Écrits et échanges de Léo Thiers-Vidal, Editions Bambule 2013, Braquer la lampe sur ce que certains voudraient maintenir dans l’ombre

Il nous décrit la fraternité des clients/prostitueurs, la marchandisation des femmes et les propos obscènes « centrés sur la valeur du « bien » acquis », le système prostitueur, les croyances sur la sexualité masculine. Je souligne, car cela est assez rare, que Patric Jean, parle d’apprentissage de la sexualité. En effet la sexualité des êtres humains est apprise en relation avec d’autres êtres humains. Les imageries trimballées par les hommes sont des constructions historiques, hétérosexistes, centrées par ailleurs sur la pénétration, et recouvertes par les inventions d’une nature essentialisée. L’auteur insiste sur « notre » domination du corps des femmes. Comme il le souligne « posséder une femme que l’on achète, c’est jouir sans s’encombrer de réciprocité ».

Il dénonce la construction d’un droit à (se) prostituer, la fausse comparaison entre prostitution et travail, l’idée du « corps comme objet extérieur » qui serait cessible.

Il nous rappelle aussi, qu’à l’issue de la révolte des prostituées de Lyon en 1973, l’une des animatrices, Ulla, s’est publiquement interrogée : « Comment avez- vous pu me croire ? » lorsqu’elle affirmait aimer son « métier ». Il cite aussi un phrase du « Manifeste des sex workers en Europe », qui réclame, l’abrogation des législations « qui criminalisent ceux et celles avec et pour qui les personnes prostituées travaill(ent), les organisateurs,organisatrices, et managers ». Comme l’auteur le souligne le « pour qui » signifie les proxénètes.

La prostitution c’est aussi le mépris social, le racisme et le sexisme, les violences…

L’auteur revient aussi sur certaines situations, en Belgique, en Espagne, en Allemagne ou à l’inverse en Suède (avec la pénalisation des clients).

Table des matières

Introduction

I La rencontre

L’enfer

La rencontre

L’armée

Le pouvoir d’être un homme

La fraternité des « clients »

II Le système

Croyances et sexualité masculine

La revanche fantasmée

Domination, prédation, prostitution

La détestation de la victime

Le bordel

La liberté de se prostituer

Mépris et racisme

Violence

Inversion idéologique

Backlash ou ressac

III Le projet

La Belgique ou l’hypocrisie

La réglementation : catastrophes en série

Le modèle suédois

Bonheur et plénitude

Pour signer le manifeste Zéromacho sur 

https://zeromacho.wordpress.com

Le livre est en vente sur : www.blackmoon-productions.com/films/pas-client

Contact presse : info.zeromacho@gmail.com

Site : https://zeromacho.wordpress.com

Facebook & Twitter : @zeromacho

En complément nécessaire : Kajsa Ekis Ekman : L’être et la marchandise. Prostitution, maternité de substitution et dissociation de soi La transgression fétichiste des frontières se différencie de la dissolution révolutionnaire des mêmes frontières et Victor Malarek : Les prostitueurs ; Sexe à vendre… Les hommes qui achètent du sexe Pas des clients, des prostitueurs, sans oublier Alternatives Sud : Prostitution la mondialisation incarnée (Centre tricontinental et Éditions Syllepse 2005) ou Richard Poulin : La mondialisation des industries du sexe (Imago 2005) ou Joël Martine : Le viol-location. Liberté sexuelle et prostitution (L’harmattan 2013) Acheter le consentement à un rapport sexuel non désiré est un abus de position dominante

Voir aussi, parmi les textes, publiés sur ce blog sur ce sujet, de « Dones d’Enllaç » : Syndicalisme et prostitution. Quelques questions embarrassantes et de Sylviane Dahan : De l’abolition de l’esclavage à l’abolition de la prostitution et aussi : Je demande : l’adoption d’une loi d’abolition du système prostitueur incluant les mesures suivantes et Le 13 avril, ensemble, construisons un monde sans prostitution ! | Entre les lignes entre les mots

Patric Jean : Pas « client ». Plaidoyer masculin pour abolir la prostitution Couverture PAS CLIENT

Zeromacho / Blackmoon, 2013,119 pages, 10 euros

Didier Epsztajn

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