Un matériau pétri de rêves et de savoirs en construction

3Retiré dans sa tour d’ivoire ou voyageur du monde et des mots, le lecteur, réduit au masculin et à l’occidental, est saisi par Alberto Manguel comme métaphore, comme arpenteur de « pages à venir », comme fasciné-éclairé par les lueurs de l’horizon, les possibilités d’un rappel, d’un revenir, d’une nouvelle exploration ou errance.

Si l’auteur plonge dans l’histoire des livres, en tant que lecteur je privilégie les temps les plus proches, les auteur-e-s peu ou pas reconnu-e-s, les ruptures stylistiques. Je ne suis pas sûr que le lecteur/lectrice d’hier éclaire celle/celui d’aujourd’hui. Mais qu’importe, il s’agit de la place des livres dans la vie, des mots, des rêves, des réflexions, du pouvoir penser et formuler.

L’auteur indique, entre autres, « Le texte a créé le paysage à parcourir et annulé les distances réelles entre les lieux ainsi que les peines correspondantes du voyage matériel ». La lecture participe bien de l’existence « dans ce monde aux allures de rêves, de la distance et de la proximité, du passé, du présent et de l’avenir ».

Réalités, intuitions, perceptions, effronteries, promesses, analyses, etc., les livres sont des ouvertures nécessaires à notre être débout, des freins à la vitesse et à la brièveté.

J’ai été notamment intéressé par les critiques sur la lecture du livre électronique, cette matérialité évanescente qui « proclame les possibilités d’une navigation illimitée » alors qu’elle est souvent « en réalité beaucoup plus restreinte et contrôlée » que d’autres formes de lectures.

Un livre saisissant aussi l’entourage des lecteurs et des lectrices : « Tout lecteur, passé et présent, a entendu un jour l’injonction : « Arrête de lire ! Sors, vis ! » – comme si lire et vivre constituaient deux modes d’existences distincts, comme si celui qui la prononce craignait que le lecteur devienne incapable de faire la différence entre ce qui est chair réelle et ce qui ne l’est pas ». Injonctions contre les livres et aussi contre les savoirs et les remises en cause des réalités construites.

Une invitation à « réapprendre à lire lentement, en profondeur, complètement, que ce soit sur papier ou sur écran ». Mais d’autres lectures sont possibles.

Je souligne aussi la qualité des illustrations.

Parmi la riche œuvre de l’auteur :

La bibliothèque, la nuit, Actes Sud, réédition Babel, Voyages

L’Iliade et l’Odyssée, Bayard, Entre exil et retour

Le livre d’images, Actes Sud, réédition Babel, Au pays d’un voyageur curieux

Sans oublier, trois ouvrages réédités en format de poche chez Babel : « Dans la forêt du miroir, essai sur le mots et sur le monde » ; « Une histoire de la lecture » et avec Gianni Guadalupi « Dictionnaire des lieux imaginaires ».

Alberto Manguel : Le voyageur & la tour

Le lecteur comme métaphore

Traduit de l’anglais (Canada) par Christine Le Boeuf

Actes sud, Arles 2013, 160 pages, 18 euros

Didier Epsztajn

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