La mort est devenue encore plus courante que la parole

1Le théâtre Ashtar a été créé en 1991 à Jérusalem par deux comédiens palestiniens, Edward Muallem et Iman Aoun. Implanté aujourd’hui à Ramallah, il propose des formations théâtrales intensives à la jeunesse locale, et se positionne clairement en agent du changement en Palestine.

Comme le dit Amani : « Mais c’est comme si une main m’avait été tendue, à travers le théâtre, une bouée de sauvetage qui m’a tirée de dessous cette vague ».

Les trente trois monologues dessinent un paysage de vie, d’humour, derrière les horreurs de la guerre, des crimes de l’armée israélienne. Gaza dans la guerre, Gaza des jeunes palestinien-ne-s.

Trente trois monologues qui en disent plus que bien des textes. Quelques extraits choisis très subjectivement.

Écoutez, écoutons Ahmed « Moi, mes rêves sont simples : je rêve de vivre ne fût-ce qu’un seul jour de liberté », Ahmad « Cette nuit-là, je suis rentré à la maison et, à cause de la peur, je suis resté éveillé toute la nuit. Je croyais qu’il n’y aurait que cette nuit-là où je ne pourrais pas dormir, mais jusqu’à aujourd’hui je les vois devant moi et je n’arrive pas à dormir », Achraf, Alaa, Amani « La guerre, ça a été comme un spectre noir qui a recouvert Gaza nuit et jour, un enfer sur terre et dans le ciel, et même dans l’air que les gens respirent », Amjad « Je déteste le silence des gens, et le fait qu’ils supportent et supportent, d’une manière qui n’est pas normale », Anas, Ihab « C’est pour ça que les enfants de Gaza, du moment où ils naissent, ils ont la tête pleine de soucis. Ils sont privés de leur enfance », Tamer (voir titre de cette note), Tima « L’occupation a déclenché contre nous une guerre terrestre et aérienne, et nous on a déclaré une guerre totale contre la nourriture », Rawand « J’aimerais vivre dans une société civile et démocratique, où il y a la paix, et plein de salles de cinéma, et je passerais mon temps à regarder des films, à m’envoler dans mon imagination et à rêver… », Rim « La chose qui me touche le plus, et qui me met le plus en colère, ce sont les larmes des enfants, des enfants du monde entier quelles que soient leur nationalité, leur religion ou leur couleur », Rima, Riham « Mais on a été très tristes pour nos poules : qu’est-ce qu’elles avaient fait de mal ? Et qu’est-ce qu’elles ont à voir avec la guerre ? », Sami, Soujoud « Qu’est-ce qu’on est aux yeux du monde », Suha « La guerre est grande et j’ai peur de grandir avec elle », Ali, Fatima « Les gens couraient la tête levée vers le ciel. Franchement, c’était un spectacle très étrange », Fatima « Je crois que jusqu’à présent j’ai peur, simplement je fais semblant que non… », Mohamed, Mohamed « Une deuxième chose, c’est quand la maison était pleine de fumée, et mon père allume une cigarette… Sans doute on manquait encore de fumée… ? », Mahmoud « Ah ! J’ai oublié de vous dire : mon frère, il avait un verre de thé à la main, et quand il y a eu la première explosion, le verre lui est tombé des mains et s’est cassé par terre. A votre avis, c’est à cause de la peur ? », Mahmoud « Et ce n’est pas seulement ma montre qui me fait peur, non, tout ce qui vole, même les mouches », Mahmoud « Il n’y a pas d’enfants à Gaza », Mahmoud « la guerre est terminée sur le terrain, mais elle continue dans ma tête », , Mahmoud, Hiba « Quelqu’un peut croire ça, que la guerre apporte des bienfaits ? », Hiba, Wi’am, Yasmine, Yasmine « Depuis la guerre, je suis tirée à quatre épingles. Comme ça, si je meurs, au moins j’aurai bonne figure ! Mais le plus gros problème, c’est si un obus me tombe dessus, parce que je me retrouverais en mille morceaux, et je préférerais quand même mourir en un seul morceau ! », Yasmine « Dans le futur, SI je grandis… »

A découvrir et à faire connaître.

« Le drame c’est que le monde entier nous regarde, comme si de rien n’était, en continuant à faire des discours ! » ou comme le dit Mohamed « pourquoi le monde entier dort-il tranquillement tandis que nous, on vit dans un brasier ? »

Théâtre Ashtar : Les monologues de Gaza

La jeunesse de Gaza raconte ses histoires de guerre et de siège

Traduit de l’arabe par Marianne Weiss

Editions L’espace d’un instant, à l’initiative de la Maison d’Europe et d’Orient,2013, 95 pages, 15 euros

Didier Epsztajn

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