Comment exprimer la douleur inexprimable ?

Commercer par lire le poème de Haïm Nahman Bialik.

« Car Dieu convia le printemps et le massacre à la fois :

le soleil brilla, l’acacia fleurit et l’égorgeur égorgea. »

« Elles, elles te raconteront :

L’histoire du ventre ouvert et de plumes rembourré,

L’histoire des narines et des clous, L’histoire des crânes et des marteaux,

L’histoire des pendus sur des poteaux,

L’histoire du nourrisson trouvé tétant encore

Le sein refroidi de sa mère morte transpercée

L’histoire enfin, de l’enfant écartelé

Qui cria : « Maman ! » en expirant

Et regarde ses yeux sont là aussi

Ils me demandent, à moi, des comptes, ici. »

« Pourquoi donc me prient-ils ? Dis leur de gronder !

De lever le poing, de me demander réparation

De l’injure faite à toutes les générations,

Depuis la première et jusqu’à la dernière,

Et de briser de leur poing et le ciel et mon trône. »

5Puis lire les textes de l’auteur : « Haïfa, mars 2009 » (« J’ai fait ce voyage.

Un voyage intérieur avec un carnet de bord, rempli de notes, de textes manuscrits, et un crayon de papier, comme Bialik à l’époque avec ses carnets de notes et de poésie.

Et aussi un voyage dans le temps : dans les bibliothèques, les archives et dans la mémoire vive des gens.

Et pour finir : un retour sur les lieux, du poème, de ma naissance, de l’Histoire »),

« Tel-Aviv, mars 2009 », « Haïfa, le 21 mars 2009 », « Jérusalem, le 10 janvier 2010 », « Chisinau, le 11 janvier 2010 » et entendre la phrase d’Olga « le pogrom de 1903 est un synonyme de cette ville, qu’elle ne quitterait pour rien au monde »,

Au sortir du cimetière, se laver les mains « De l’eau sur les mains pour se purifier, pour quitter le monde des morts et passer dans le monde des vivants », même si ce jour là, l’auteur à oublié.

Relire le poème de Haïm Nahman Bialik. Et s’arrêter sur d’autres mots, d’autres sons, d’autres infamies, comme celle de ces hommes qui remercient leur sauveur et s’enquièrent « Maître ! Ma femme m’est-elle permise ou défendue ? », ces femmes qu’ils ont vu être violées « Ils virent tout cela honteux et ne bougèrent point »…

Si dans l’épilogue « La Valette, octobre 2010 », l’auteur indique qu’il est « à Malte, appelé pour jouer dans une comédie sur le conflit israélo-palestinien, un soldat israélien à Gaza », sa rencontre avec Ulla, une « musulmane palestinienne », montre son questionnement, son désarroi, son malaise mais aussi son incapacité à ressentir « Avec la création de votre État, nous les Palestiniens, sommes devenus les Juifs errants de par le monde. Vous avez pris notre place et nous, la vôtre ».

En annexes des témoignages, tiré des carnets de Kichinev de Haïm Nahman Bialik, de Jacob Cohen Bersntein et aussi un extrait de la déposition de Pinhas Dachewski sur l’accusation d’homicide volontaire contre Pavel Alexandrovitch Krouchevan.

Un siècle après le pogrom, « Zohar Wexler fait ses premiers pas dans la ville de naissance de ses grands-parents. Du voyage naît un spectacle en deux parties : un récit intime et le poème légendaire ».

Fermer le livre et se laver les mains comme au sortir d’un cimetière, et non s’en laver les mains.

Zohar Wexter : Kichinev 1903 avec le poème de Haïm Nahman Bialik « Dans la ville du massacre »

Traduit de l’hébreu par Zohar Wexter

Editions L’espace d’un instant, à l’initiative de la Maison d’Europe et d’Orient, 2013, 78 pages, 12 euros

Didier Epsztajn

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