Aussi notre revendication est-elle d’emblée totale et absolue

Cette nouvelle collection « Pensées d’hier pour demain » se propose d’offrir au public, jeune en particulier, de courts recueils de textes de divers-e-s actrices/acteurs qui, hier, furent au cœur de la lutte des peuples pour l’émancipation et dont, aujourd’hui, la pensée s’impose toujours comme de la plus grande actualité.

2Dans son introduction, Mireille Fanon-Mendès-France souligne les raisons de « Lire Frantz Fanon aujourd’hui » en insistant sur « le travail de déconstruction de l’ordre établi effectué par Frantz Fanon ». L’auteure analyse, entre autres, les politiques néo-coloniales, la soumission des gouvernements nationaux corrompus, les formes de recolonisation, la recherche de boucs émissaires en France et l’actualisation des références coloniales, les stigmatisations essentialistes. Elle explicite la violence défendue par Frantz Fanon : « en tant que moyen ultime de reconquête de soi par ceux qui sont niés, exploités et réduits à l’esclavage » cette violence « est celle de la légitime défense des opprimés, qui subissent une violence encore plus grande, celle de la domination, de la dépossession et du mépris ». Elle ajoute « Lire Fanon force à regarder cette réalité dans ses aspects les plus hideux, mais cette lecture fournit les instruments intellectuels nécessaires pour la déconstruire et l’expliquer ».

Les extraits proviennent d’un livre et de deux textes/interventions :

« Mésaventures de la conscience nationale » (extraits du chapitre 3 du livre Les damnés de la terre)

« Racisme et culture » (texte de l’intervention de Frantz Fanon au premier Congrès des écrivains et artistes noirs à Paris – septembre 1956)

« L’Algérie face aux tortionnaires français » (texte publié en septembre 1957)

Frantz Fanon souligne que la bourgeoise des pays décolonisées n’a ni l’ancrage économique ni la volonté politique pour se déployer comme force nationale, « incapable de dilater suffisamment sa vision du monde ». Il souligne, entre autres, le « culte des produits locaux », le « transfert aux autochtones de passe-droits hérités de la période coloniale » comme signification des nationalisations, la place du tourisme comme « centres de repos et de délassement, des cures de plaisir à l’intention de la bourgeoisie occidentale » (et avec l’extension du tourisme de masse qu’il n’a pas connu, à l’intention d’une partie du salariat occidental), le « rôle de gérance des entreprises de l’Occident », la non modernisation de l’agriculture. Ses analyses sur les transformations du nationalisme sont particulièrement intéressantes « Du nationalisme nous sommes passés à l’ultranationalisme, au chauvinisme, au racisme ». Il en est de même, sur l’abandon du combat pour l’unité de africaine ou sur la religion « A l’intérieur d’une même nation, la religion morcelle le peuple et dresse les uns contre les autres les communautés spirituelles entretenues et renforcées par le colonialisme et ses instruments », sur le racisme intra-africain contre les Noirs ou sur le parti unique et son ethnicisation, sur l’armée, le culte du leader. Il oppose à cette bourgeoisie, le gouvernement « par le peuple et pour le peuple, pour les déshérités et par les déshérités » ce qui reste cependant très vague.

Frantz Fanon analyse le racisme des groupes colonisateurs « Il n’est pas possible d’asservir des hommes sans logiquement les inférioriser de part en part ». Le dernier texte concerne notamment l’usage de la torture.

Des textes pour rappeler les nécessaires luttes d’indépendance, dont celle de la libération de l’Algérie contre les réécritures franco-nationales et reprendre les débats sur des apports et des limites des révolutions « anti-coloniales »…

Dans la même collection : Patrice Lumumba : Entre la liberté et l’esclavage il n’y a pas de compromis

Frantz Fanon : Recueil de textes introduit par Mireille Fanon-Mendès-France

CETIM, Pensées d’hier pour demain, Genève 2013, 96 pages, 8,50 euros

Didier Epsztajn

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