Les zones d’ombre de l’intervention française au Mali : Eléments de contexte et d’explication

INTRODUCTION
survieLa menace que font peser les groupes armés occupant le Nord du Mali depuis plusieurs mois sur la population et l’intégrité du Mali est indéniable. Leurs exactions sont connues et ont provoqué la fuite de centaines de milliers de personnes. Aussi, leur descente vers Mopti début janvier 2013 a provoqué de
très fortes inquiétudes et a mené les actuelles autorités maliennes à demander une intervention militaire française.
L’intervention française semble avoir mis un coup d’arrêt à l’offensive vers le sud du pays de mouvements armés qui se revendiquent d’un islam radical et le soulagement des Maliens en ce moment est compréhensible.
Aujourd’hui, la France qui prétendait tout d’abord n’intervenir que pour bloquer les groupes armés au Nord, a revu ses buts de guerre et continue une phase offensive de sa guerre au Mali. Divers motifs militaires et politiques à l’opération Serval rendent cette opération critiquable.
Conformément aux objectifs de l’association Survie (1) , ce document se concentre sur le rôle de la France au Mali et aborde de façon moins approfondie le rôle des autres acteurs clé de la crise. Il ne s’agit pas de les
dédouaner ou de faire porter à la France l’entière responsabilité de la crise au Mali. Il s’agit de décrypter le rôle qu’a joué la France dans la genèse de cette crise et le jeu diplomatique qu’elle a mené pour une intervention militaire dont elle est aujourd’hui la principale force, à la lumière des enjeux français dans la zone. Notre analyse nous conduit à de très vives inquiétudes concernant l’évolution de l’intervention militaire française au Nord du Mali et ses conséquences. Nous avons rassemblé ces points de contexte et inquiétudes à travers le développement d’arguments détaillés ci-dessous.
Depuis le mois de juillet 2012, la France a promu une intervention militaire au Nord du Mali contre les groupes armés se revendiquant d’un islam radical qui l’occupent actuellement, afin de recouvrer l’intégrité du territoire malien, de lutter contre le terrorisme et du fait de la situation humanitaire catastrophique pour les personnes sur place et pour celles qui ont fui la zone (2). Les autorités françaises ont assuré pendant des mois qu’elles n’assumeraient qu’un « soutien logistique » à l’intervention africaine qui serait mise en oeuvre. Pour ce faire,
la France a participé à la marginalisation du rôle des acteurs maliens et a joué de son influence auprès des instances régionales (comme la CEDEAO, utilisée comme un faire-valoir) et internationales, alors qu’un certain nombre d’États de la zone et d’autres puissances internationales étaient très mitigés sur une intervention.
Survie considère que l’intervention de la France est contestable et inquiétante, du fait de son histoire et de sa posture de domination vis-à-vis de ses anciennes colonies dont le Mali, de ses accointances avec les pires régimes de la région, des désastres liés à ses interventions militaires en Afrique qui ont toujours visé à soutenir des dictateurs ou ses propres intérêts contre la volonté des peuples, et de son incapacité manifeste à prendre en compte les risques d’une intervention pour les Maliens et la région.
En réalité, pour Survie, la guerre que conduit actuellement la France au Mali s’inscrit dans la droite ligne de la politique qu’elle mène en Afrique depuis cinquante ans – une ingérence diplomatique, économique et financière et un interventionnisme militaire au service d’intérêts français, pour laquelle les décisions sont prises, comme à son habitude, sans réel débat entre l’exécutif et le Parlement et encore moins avec la population de la France.
Ce document a été élaboré collectivement par des militant-e-s de Survie qui suivent la situation au Mali depuis plusieurs mois ou plusieurs années. C’est un document qui ne prétend pas à l’exhaustivité, et qui pourra être amené à être complété, actualisé.

(1) Le rôle de Survie est de lutter pour un changement dans la politique de la France en Afrique, basée sur le respect de la souveraineté des peuples.

(2) Arguments avancés par François Hollande lors de son intervention à l’Evénement de haut niveau sur la situation au Sahel, tenu à l’ONU la veille de l’Assemblée générale de septembre 2012.

Sommaire :

  1. Le Mali, une « vitrine » démocratique qui a volé en éclats
  2. Participation à la guerre en Libye et posture équivoque vis-à-vis du MNLA : les autorités françaises portent une part de responsabilité dans l’éclatement de la crise au Mali
  3. L’implication de la France au Sahel est étroitement liée à la préservation de ses intérêts économiques
  4. L’intervention, préparée de longue date, permet de légitimer la présence contestée de l’armée française dans la région
  5. Les « amis » de la CEDEAO sont la ‘caution africaine’ de l’intervention
  6. L’intervention de l’armée tchadienne aux côtés de la France vise à légitimer ce régime dictatorial
  7. La France bafoue la souveraineté du Mali et contribue à la mise sous tutelle du pays
  8. La France cherche à utiliser le paravent de l’ONU au Mali
  9. La France, gendarme de l’Afrique pour l’Union européenne
  10. L’objectif de la lutte contre le terrorisme vise à créer un consensus autour de l’opération militaire française et évite toute analyse des enjeux
  11. Une intervention à l’issue incertaine pour le Mali, sa population et pour la région toute entière
    • Conflit durable, présence de troupes étrangères, atteintes aux droits de l’homme
    • Sur les prises d’otages
    • Risque d’aggravation de la situation économique et humanitaire
    • Risque de déstabilisation d’autres États et d’extension du conflit à l’ensemble de la région
  12. L’exercice d’un contrôle parlementaire vigilant, une urgence

Cliquez sur le lien pour lire le dossier complet : Dossier d’information

Contact Presse : 

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2 réponses à “Les zones d’ombre de l’intervention française au Mali : Eléments de contexte et d’explication

  1. Verroust Gérard (Paris).

    Plusieurs faits importants.
    Depuis quelques années les USA utilisent l’islamisme au service de leur impérialisme. Les réticences de Ben Laden sont sans doute à l’origine de son élimination. Il semblerait que l’opération lancée contre l’Algérie émane de la CIA. Le gouvernement algérien a fièrement répondu comme il fallait. L’Algérie a payé très cher son indépendance. Elle est menacée de néo colonisation appuyée sur les islamistes.
    Les USA cherchent depuis longtemps à s’installer en Afrique. Pour le moment leur commandement pour l’Afrique est en Italie et Allemagne !
    Par ailleurs le gouvernement de Bamako avait signé un accord minier avec la Chine. Était-ce avant ou après le coup d’État ? Je n’ai pas encore trouvé l’information qui jetterait une lumière intéressante sur l’origine du coup d’État. Bien évidemment l’intervention française au Mali vise avant tout à garder le contrôle des ressources françaises en Uranium. Nous sommes en pleines rivalités interimpérialistes.
    Lors des années 50, des accords entre ex puissances colonialistes ont confié la surveillance des ex-colonies aux ex puissances coloniales. Pour intervenir au Viet Nam, les USA ont dû avoir l’accord de la France. Lorsque les parachutistes français sont intervenus à Kolwezi au Congo belge, cela a causé un incident diplomatique avec la Belgique.
    À suivre,
    amicalement.

  2. sur le mali: voici l’analyse de Samir Amin
    http://www.m-pep.org/spip.php?article3184

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