John Coltrane « Je pars d’un point et je vais le plus loin possible »

1Ce petit volume rassemble trois entretiens réalisés par Michel Delorme pour Jazz Hot et les Cahiers du Jazz.

Dans la première interview datant de 1962, John Coltrane exprime très précisément le sens de sa musique. Là où certains ont cru voir dans son œuvre une virtuosité gratuite, un délire plus ou moins conscient, il appelle au contraire à retrouver rigueur et contrôle de soi afin d’explorer méthodiquement, obstinément toutes ses ressources et possibilités. On est également, pour le moins, surpris par sa modestie au regard de certains de ses contemporains (Charlie Mingus, Eric Dolphy, Ornette Coleman), dont les tentatives  musicales sont censées être plus avancées que les siennes. « Quant à moi, (…), je ne sais pas encore si j’ai réussi. Je pense sincèrement qu’Ornette [Coleman] et Eric [Dolphy] ont mieux réussi que moi dans leurs tentatives. » ou « Je ne pense être allé aussi loin que lui [Charlie Mingus]… Non vraiment, je ne le pense pas… ».

La seconde interview a lieu avant et après son concert parisien de 1963 salle Pleyel. Enthousiaste de sa prestation, loin des cris et hurlements de son set avec Miles Davis à l’Olympia en mars 1960, Coltrane fait part de son intérêt accru pour la composition dicté par un désir de renouvellement et par « l’obligation que j’ai de faire au moins trois séances d’enregistrement par an ».

Les choses ont changé deux ans après. Son quartette est virtuellement dissous et l’absence de cohésion plonge l’assistance dans un grand désarroi pendant qu’il interprète la longue suite A Love Supreme. Répondant à ce que l’avenir lui réserve, il répond prosaïquement: « je ne sais pas encore. Je cherche de nouveaux terrains à explorer (…). Cela m’effraie toujours un peu de penser que je vais encore devoir changer. »

1965, il ne lui reste que 2 ans pour explorer ces nouveaux terrains. Malgré les prémisses de sa maladie, Coltrane se lance à corps perdu dans de nombreuses aventures. Il multiplie les enregistrements avec les tenants de la New Thing qu’il a lui-même suscité (Pharoah Sanders, Archie Shepp, …). La musique qu’il produit s’invente sur le champ, de toute urgence, reflétant ses préoccupations tant musicales que spirituelles.

John Coltrane : « Je pars d’un point et je vais le plus loin possible », Entretiens avec Michel Delorme, Editions de l’éclat, 70 pages

Corrado Delfini

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